‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 84 sur 118 · TATIEN — ARNOBE · texte numérisé non relu

TATIEN — ARNOBE

soutiennent, avecBayle, que la distinction de l'homme et de la bête, pas plus que celle de l'âme et du corps, n'a été bien nette dans les premiers siècles de l'Eglise. Qu'estce donc qui a pu donner un certain fondement à cette assertion ?

Un apologiste fougueux et imprudent , qui apostasia dans la suite, Tatien, poursuit particulièrement de ses invectives la civilisation et la science des Grecs. D'après lui, semble-t-il, la révélation chrétienne ne marque pas seulement une ère nouvelle dans la vie des âmes : la substance même des âmes doit en être modifiée suivant qu'on adhère à la véritable religion ou qu'on la repousse, comme font les Grecs. Dans l'homme, il faut distinguer le corps, l'esprit matériel, l'esprit divin. Les deux premiers éléments sont inséparables : si la chair doit ressusciter et avec elle l'esprit qui l'anime, celui-ci n'en est pas moins mortel, puisqu'il n'a aucune indépendance. Quant à l'esprit divin et immortel, le péché Ta séparé des deux autres éléments. Quiconque persévère dans le péché devient donc tout entier mortel ; car l'esprit divin s'est éloigné de lui. Or, les païens et les infidèles ne mènent pas une vie supérieure à celle des animaux, ce n'est que par certains avantages extérieurs, comme le langage, qu'ils se distinguent des brutes, il ne sont plus de véritables hommes. Voilà un premier exemple des absurdités où entraîne l'aveugle passion de vouloir annihiler toute science naturelle et toute distinction fondée sur la seule raison '.

On trouve quelque chose d'assez semblable dans Arnobe. Cet écrivain professe, en effet, que si l'âme humaine doit jouir de l'immortalité, ce ne peut être que par une pure grâce de Dieu : car une substance qui, <lo sa nature, serait immortelle et par conséquent simple,

1. V. Ritter, H itloirc de la philosophie chrétienne, tome I.

ne connaîtrait pas la douleur K Et les arguments de Platon comme les arguments de tous ceux qui n'invoquent que des raisons philosophiques sont sans portée. Qu'estce donc, ajoute-t-il, qui, hors le don gratuit de Dieu, peut nous donner lieu de nous élever ainsi au-dessus du reste de la création ? « On dit que nous avons la raison ? Je le croirais si je voyais tous les hommes vivre en effet raisonnablement, si je les voyais remplir leurs devoirs, s'abstenir de ce qui leur est défendu et ne point faire par dépravation et par aveuglement tant de choses qui leur portent tort à eux-mêmes. Où est-elle donc cette raison qui nous élève si fort au-dessus des autres animaux? Nous nous bâtissons des abris contre l'hiver et contre les ardeurs de l'été? mais les animaux en font autant. Ne savent-ils donc pas prévoir tout comme nous 2 ? »

Finalement, Arnobe ne voit dans l'homme d'autre supériorité que la religion. Telle est aussi l'opinion de son disciple Lactance, à quelques nuances près. Lactance ne met pas (même en dehors du changement opéré par le christianisme) les bêtes sur le même pied que les hommes. Mais excepté la religion, elles ne diffèrent que du plus au moins. En toutes choses elles l'imitent et participent des divers avantages de sa nature.

La préoccupation de ce groupe d'apologistes est donc visible : abaisser la nature humaine pour mieux faire ressortir à la fois l'importance et la nécessité de la révélation.

Mais ces théories ne trouvèrent que peu d'écho. Des hérétiques ou des païens seuls les reprirent pour leur propre compte et les retournèrent contre l'orthodoxie.

Origène, par exemple, est obligé de les désavouer et de les combattre en voyant le parti que Gelse cherche à en

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