‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 87 sur 118 · SAINT AUGUSTIN — LA SCHOLASTIQUE · texte numérisé non relu

SAINT AUGUSTIN — LA SCHOLASTIQUE

l'intégrité des éléments de l'organisme ; 3° le corps, à lui seul, serait tout à fait incapable de se souvenir et surtout de rêver, comme font les chevaux et les chiens. Cependant, si l'âme des bêtes est distincte du corps, elle est plus enfoncée que la nôtre dans le corps ; et de là vient cette espèce de supériorité apparente qu'ils ont sur nous, la supériorité des sens.

Bref, « les animaux sont soumis à l'homme, non pas à cause du corps , mais à cause de l'intelligence que nous avons et dont ils sont dépourvus. » Saint Augustin ne paraît donc admettre aucune réunion de l'intelligence et de l'instinct chez les bêtes; et tous leurs arts industrieux, il les met, sans plus de développement, au compte de l'imagination, de la mémoire et des sens, assurant que ces facultés ont dans le règne animal un mode de développement irraisonnable, inintelligent. Il est permis de croire que nous recevons ici de saint Augustin la formule même de la philosophie et de la théologie traditionnelles du christianisme sur la question.

Quoi qu'il en soit, ces formules nous ramènent à une philosophie vraiment digne de ce nom. Abordons maintenant le développement philosophique du moyen-âge. La scholastique a-t-elle ajouté quelque chose aux assertions de saint Augustin?

Il ne paraît pas, d'après les textes , que la question des rapports de l'homme et de l'animal ait été mêlée aux grandes controverses du moyen-âge. Réalistes, nominalistes , conceptualistes, prennent généralement pour la base de leur argumentation la distinction suivante : Socrate, l'homme, l'animal. En quoi consiste ontologiquement la socratité (c'est-à-dire l'individualité), l'humanité et l'animalité? c'est sur quoi l'on combat, mais on est généralement d'accord sur ces formules : ajoutez à la vie et à la sensation , qui se trouvent chez l'animal, la raison accompagnée de la mortalité, vous avez l'homme.

Tous les docteurs du moyen-âge s'inspirent, on le sait, de la psychologie d'Aristote : tous ils distinguent la vie végétative, la vie sensitive, la vie intellectuelle. Attribuer à l'animal la vie sensitive était une manière commode et prompte de trancher la difficulté. Aussi ne voyons-nous cette difficulté traitée à part que dans la somme de saint Thomas.

La doctrine de saint Thomas est au fond celle d'Aristote. Les animaux ont des âmes ; mais ces âmes ne sont point « subsistantes » 4 ; elles périssent donc avec le corps, car elles ne sont que sensitives et il n-est aucune de leurs opérations qui ne suppose un certain changement dans le corps. L'âme intellectuelle de l'homme est seule une forme ou un acte : elle est donc seule incorruptible et immortelle ; du moins n'a-t-elle en elle-même aucun principe de corruption.

Quelles opérations comprend l'âme sensitive 2? Elle en comprend quatre, qui sont le sens, l'imagination, l'estimation et la mémoire. Les animaux ne sont pas seulement mus par les objets présents; car ils se mettent souvent en mouvement pour poursuivre des objets qu'ils ont perçus, mais ne perçoivent plus. Il est donc nécessaire, non-seulement qu'ils perçoivent les espèces sensibles des objets, mais encore qu'il les retiennent et les conservent. D'autre part, l'animal n'est pas mu seulement par ce que ses sens trouvent d'agréable ou de désagréable : « Il est obligé de rechercher ou de fuir certaines choses nonseulement parce qu'elles peuvent lui être agréables ou désagréables , mais encore parce qu'elles peuvent lui être avantageuses ou nuisibles sous une foule d'autres rapports. Ainsi la brebis prend la fuite à la vue du loup qui s'avance de son côté, non parce que la couleur ou la

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