MONTAIGNE
maux qui le pressent, péché , maladie , irrésolution , trouble, désespoir. Je dis donc, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a point d'apparence d'estimer que les bêtes fassent par inclination naturelle et forcée les mêmes choses que nous faisons par notre choix et industrie : nous devons conclure de pareils effets, pareilles facultés,
et de plus riches effets des facultés plus riches » Et
Montaigne poursuit en disant que nous avons beaucoup à apprendre des animaux , beaucoup à imiter des pratiques et des procédés par lesquels ils entretiennent l'agrément de leur vie !.
Ainsi Montaigne poursuit avec Rabelais la réhabilitation de la nature et de l'animalité dans la vie pratique, comme les Jordano Bruno et les Gampanella s'efforçaient de réunir la nature et Dieu au sein d'une matière infinie, partout sensible et intelligente. C'est la réaction incessante de la Renaissance contre la scholastique et le moyen-âge. Quoi qu'il en soit cependant, n'avons-nous pas à tenir compte des arguments de Montaigne? Mais ces arguments sont difficiles à saisir. Notre intelligence, dans ce qu'elle a de meilleur, est-elle pure nature ? L'industrie des animaux connaît-elle un art pareil au nôtre? Et comment faire dans les deux ordres l'exacte répartition de Fart et de la nature ? A vrai dire, Montaigne ne cherche guère qu'à embrouiller la matière; et ici, comme en tout le reste, la conclusion dernière est le « que sais-je? » suivi de cette autre, pourtant : Que dois-je faire sinon céder à la bonne loi naturelle ? Que si l'on croit pouvoir dégager de sa polémique cette opinion que l'instinct de l'animal n'a pas d'autre origine qu'une intelligence semblable à la nôtre, Descartes et Bossuet ne tarderont pas à nous fournir une ample réfutation de cette théorie.
En 1620, alors qu'il cherchait du Nord au Midi de