‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 93 sur 118 · CARTÉSIENS — PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

CARTÉSIENS — PORT-ROYAL

nèrent lieu les différentes parties du Cartésianisme ', on sait qu'il n'en fut pas de plus vive, de plus ardente et de plus générale que celle que provoqua l'automatisme des bêtes. Résumer cette polémique serait bien long, d'autant que si les théories des grands philosophes peuvent toujours se faire comprendre en quelques lignes, les idées des gens médiocres et leurs menus arguments ne supportent guère d'être abrégés.

Qu'on nous permette de ne pas nous engager dans les Voyages au monde de Descartes, de ne pas suivre le P. Pardies dans ses ingénieuses tentatives pour montrer ce que peut une machine bien agencée, dans sa description de toutes les machines merveilleuses exécutées par l'art des hommes depuis le commencement du monde jus-

ques et y compris le dix-septième siècle Prenons les

hommes marquants de l'époque et rappelons la part qu'ils prirent dans ces discussions.

Tout Port -Royal crut aux bêtes machines : il y croyait si fermement qu'on y ouvrait des chiens tout vivants pour y étudier la circulation du sang : on était vraiment persuadé que l'animal ne souffrait pas. Les auteurs de la Logique, reprenant pour leur compte les arguments théologiques et moraux du Discours de la méthode, vont jusqu'à trouver dangereuse toute doctrine contraire ; et ils donnent à leur opinion un air de vraie science et de nouveauté en en faisant en même temps une protestation contre les formes substantielles des scholastiques. « Par le moyen des formes substantielles, écrivent-ils, on fournit, sans y penser, aux libertins des exemples de substances qui périssent, qui ne sont pas proprement matière et à qui on attribue dans les animaux une infinité de pensées, c'est-à-dire d'ac-

1. La partie la plus intéressante de ces controverses se troure parfaitement résumée dans M. F. Bouilier, Histoire du cartésianisme, tome 1", ch. 7.

tions purement spirituelles. » Cette opinion des auteurs de la Logique était bien celle de tous les solitaires, et Pascal lui-même, soit avant les Pensées, soit dans les Pensées , retient fermement l'opinion de Descartes. « Il était de son sentiment sur l'automate » , ce sont les expressions dont se sert Marguerite Périer, sa sœur, dans ses Mémoires. Et d'ailleurs , les écrits de Pascal confirment assez ce témoignage. L'opposition entre l'instinct et la raison « marques de deux natures » s'y rencontrent plus d'une fois. Cet instinct lui paraît un principe parfaitement distinct : il en décrit brièvement les caractères principaux qui sont de ne changer jamais, d'agir sous l'empire de la nécessité pressante, de n'acquérir aucune expérience. Quant à éclaircir la nature de ce principe, c'est là sans doute une question qu'il dédaigne, car il se borne à reconnaître le caractère ■ occulte » (il ne recule pas devant l'expression) du mouvement des animaux. Mais, dira-t-on, ne croit-il pas qu'il y a dans l'homme quelque chose de la bête? oui, mais précisément ce quelque chose de distinct ou d'ennemi de la raison, c'est la machine, c'est « l'automate ». On sait à quel point Pascal dans les Pensées se préoccupe de la nécessité de plier cette machine humaine et de dresser cet automate à la pratique habituelle de ce que veulent Dieu et la religion. Il admet donc les idées scientifiques de Descartes, il admet cette conséquence particulière de son mécanisme universel comme il admet le mécanisme tout entier. « Il faut dire en gros : tout se fait par figure et par mouvement ; car cela est vrai, » lisonsnous dans les Pensées. Seulement, Descartes comptait sur l'automatisme pour établir une différence radicale entre l'homme et la bête : Pascal, non moins préoccupé de rabaisser notre orgueil que de nous apprendre la vraie grandeur de notre nature, met en avant cette même idée de la « machine, » pour montrer que l'homme tient à

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