‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 94 sur 118 · FÉNELON — MALEBRANCHE · texte numérisé non relu

FÉNELON — MALEBRANCHE

la bête et dans Lien des cas mérite d'être traité comme elle.

Fénelon porte naturellement son attention sur les merveilles des industries animales. Mais il est tellement préoccupé de remonter presque aussitôt et pour ainsi dire d'un seul bond à la cause première, qu'il ne s'attache que très-peu à la cause seconde. Il n'admet pas que les bêtes aient la raison ; en cartésien et en homme de bon sens, il allègue justement ce fait que si elles avaient de la raison, elles en auraient plus que nous, plus facilement que nous. « Elles n'ont aucune méthode, aucune science, aucune culture; ce qu'elles font, elles le font tout d'un coup et sans tenir conseil. » L'instinct des bêtes, observe- t-il, est infaillible en beaucoup de choses. Mais il ajoute immédiatement : « Le mot d'instinct est un mot vide de sens. » Ce qui est vrai, si l'on veut tout expliquer par le seul mot d'instinct, sans se demander ni en quoi il consiste ni de quelles conditions naturelles il dépend, ni quelle cause métaphysique il suppose en dernier ressort. Mais cette dernière question est précisément celle dont Fénelon s'occupe. Il doit y avoir «une merveilleuse raison ou dans l'ouvrage ou dans l'ouvrier ! » ; et nous sommes renvoyés pour toute explication à la raison divine. Il est vrai, Fénelon écrivait sur Dieu, non sur les bêtes; mais il aurait dû se rappeler que Dieu est un ouvrier d'ouvriers et que l'animal n'est pas un simple « ouvrage » ; ou bien alors, il aurait dû dire franchement qu'il les regardait, lui aussi, comme des machines. C'était là, vraisemblablement, le fond de sa pensée.

Malebranche est un automatiste convaincu. Les animaux, dit-il, « mangent sans plaisir; ils crient sans douleur, ils croissent sans le savoir : ils ne désirent rien, ils

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