Traité de Vexittence de Dieu
ne craignent rien, ils ne connaissent rien ; et s'ils agissent d'une manière qui marque de l'intelligence, c'est que Dieu les ayant faits pour les conserver, il a formé leurs corps de telle façon qu'ils évitent machinalement et sans crainte tout ce qui est capable de leur nuire *. »
Tous les admirateurs ou disciples de Descartes n'admettent pourtant pas avec un égal aveuglement son hypothèse. Régis, Fontenelle, madame de Sévigné résistent ou protestent.
A madame deGrignan, zélée, trop zélée cartésienne, la spirituelle marquise écrivait : « Parlez un peu au cardinal de vos machines ; des machines qui aiment, qui ont une élection pour quelqu'un, des machines qui sont jalouses, des machines qui craignent; allez, allez, vous vous moquez de nous, jamais Descartes n'a prétendu nous le faire croire. » Quant à Fontenelle, son ironie n'est pas moins piquante et elle ne frappe pas moins juste : « Mettez une machine de chien et une machine de chienne l'une auprès de l'autre. Il en pourra résulter une troisième petite machine, au lieu que deux montres seront l'une auprès de l'autre toute leur vie sans jamais faire une troisième montre. Or, nous trouvons par notre philosophie, madame B. et moi, que toutes les choses qui, étant deux, ont la vertu de se faire trois, sont d'une noblesse bien élevée au-dessus de la machine. »
Mais il est deux écrivains surtout qu'on a coutume de mettre hors de pair parmi les défenseurs des animaux, c'est La Fontaine et Bossuet.
La Fontaine ne fait pas seulement parler les animaux. Un fabuliste peut faire parler, s'il le veut, les plantes et les rochers, cela ne tire pas à conséquence. Mais dans la fable intitulée le Renard, les deux Rats et l'Œuf, La Fontaine a sa théorie, et elle est peut-être plus philo-