LÀ FONTAINE 40Ï
sophique encore qu'on ne l'a dit. Il reconnaît aux bêtes « de l'esprit », mais duquel?
J'attribuerais à l'animal, Non point une raison selon notre manière, Mais beaucoup plus aussi qu'un aveugle ressort.
Les bêtes ont une âme, mais analogue à une certaine âme qui est en nous, inférieure à l'âme raisonnable et perfectible. Cette âme inférieure, « imparfaite et grossière »,
Pareille en tous, tant que nous sommes,
Sages, fous, enfants, idiots,
Hôtes de l'univers sous le nom d'animaux,
ne peut jamais percer « les ténèbres de la matière. » Elle connaît, mais ne se connaît pas, comme chez les enfants, qui agissent dans une certaine mesure, qui jouissent et qui souffrent, mais sans réflexion.
Ceux-ci pensent-ils pas dès leurs plus jeunes ans? Quelqu'un peut donc penser, ne se pouvant connaître ?
En d'autres termes, l'animal aurait de moins que l'homme raisonnable la conscience réfléchie, faculté que La Fontaine analyse bien finement quand il dit :
Car nous savons, Iris, de certaine science, Que quand la bote penserait, La bote ne réfléchirait Sur l'objet ni sur sa pensée.
Or, La Fontaine connaît assez à fond la philosophie ancienne et moderne pour savoir tout ce qu'implique l'action de réfléchir sur sa propre pensée et sur l'objet. Malgré son affection pour les animaux, il a donc été d'une très-grande prudence dans cette espèce d'analyse de leurs facultés psychologiques.
Arrivons aux pages si justement célèbres deBossuet.
402 ÉTL'DE HISTORIQUE
Bossuet commence par déblayer en quelque sorte le terrain en posant une double distinction : 1° les animaux peuvent faire tout avec convenance, mais ne point connaître cette convenance. Si tout est bien ordonné dans les actes des bêtes, tout Test encore mieux dans la vie des plantes et dans l'ajustement des graines d'une grenade. Donc, « il ne sert de rien de prouver que les mouvements des animaux ont de la suite, de la convenance et de la raison; mais s'ils connaissent cette convenance et cette suite, si cette raison est en eux ou dans celui qui les a faits, c'est ce qu'il fallait examiner. » 2° Les animaux peuvent nous ressembler par quelques côtés sans qu'il doive s'ensuivre qu'ils nous ressemblent de tout point.
s Cette seconde distinction a chez Bossuet une grande importance, parce qu'il en prend occasion pour définir sa méthode. Et, à vrai dire, c'est peut-être la première fois, dans la philosophie moderne , qu'on se préoccupe d'en trouver une pour l'étude de cette question. On remarquera que celle de Bossuet est assez semblable à celle que les grands philosophes de la Grèce ont, sinon décrite, du moins appliquée.
Pour connaître les animaux il faut commencer par nous bien connaître. « Car, encore que nous ayons quelque chose au-dessus de l'animal, nous sommes animaux ; et nous avons l'expérience, tant de ce que fait en nous l'animal que de ce qu'y fait le raisonnement et la réflexion . . . Mais quand nous aurons trouvé chez les animaux ce qui est en nous d'animal, ce ne sera pas une conséquence que nous devions leur attribuer ce qu'il y a en nous de supérieur. »
Bossuet commence donc d'instituer cette analyse, et il distingue en nous trois phénomènes qui se tiennent ordinairement dans notre nature, mais qui y sont quelquefois disjoints et qu'on peut donc très-bien con-