BOSSUET
cevoir séparés : l'impression des objets sur nos organes — la sensation qui suit l'impression — le raisonnement enfin qui le plus souvent s'ajoute à la sensation, mais qui souvent aussi ne s'y ajoute pas. Les deux premiers éléments suffisent-ils ou non pour expliquer les actes des animaux? Bossuet estime qu'ils suffisent, d'autant mieux que tous les actes essentiels à la conservation de notre vie animale n'ont pas en nous d'autre origine : or, ces actes, ajoute-t-il, s'accomplissent en nousmêmes avec une perfection si indépendante de notre raisonnement qu'elle en dépasse évidemment les moyens.
« Supposons donc, continue l'auteur, que la nature veuille faire faire aux animaux des choses utiles pour leur conservation. Avant que d'être forcée à leur donner pour cela du raisonnement, elle a, pour ainsi parler, deux choses à tenter :
« L'une, de proportionner les objets avec les organes et d'ajuster les mouvements qui naissent des uns avec ceux qui doivent suivre naturellement dans les autres. Un concert admirable résultera de cet assemblage, et chaque animal se trouvera attaché à son objet aussi sûrement que l'aimant l'est à son pôle. Mais alors ce qui semblera finesse et discernement dans les animaux, au fond sera seulement un effet de la sagesse et de l'art profond de celui qui aura construit toute la machine.
« Et si Von veut qu'il y ait quelque sensation jointe à l'impression des objets, il n'y aura qu'à imaginer que la nature aura attaché le plaisir et la douleur aux choses convenables et contraires; les appétits suivront naturellement, et, si les actions y sont attachées, tout se fera convenablement dans les animaux sans que la nature soit obligée à leur donner pour cela du raisonnement ». »