Traité de la connaiitance de Dieu et de $oi~méme, V
C'est là sans doute une sorte de construction à priori que forme Bossuet, et une construction dont les lignes principales seules sont tracées; car l'ajustement des organes aux instincts, que pressent son génie, il lui était encore bien difficile de rétablir et de le faire ressortir avec détail. Mais il croit fermement qu'il y a tout au moins une partie considérable de vérité dans l'automatisme cartésien, vérité qui subsistera, complète ou incomplète, suivant qu'on ajoutera ou non la sensation.
Cependant cette construction ne repose-t-elle que sur des hypothèses inventées à plaisir ? Non ; Bossuet, du moins, se fait fort d'établir, grâce à la méthode qu'il a adoptée, que de ces deux moyens la nature a tiré d'admirables effets en nous-mêmes. « Nous y trouvons (en nous) des mouvements ajustés naturellement aux objets convenables ou contraires. Notre raison n'a pas fait ces proportions ; elle les a trouvées faites par une raison plus haute, et nous ne nous trompons pas d'attribuer seulement aux animaux ce que nous trouvons dans cette partie de nous-mêmes qui est animale. »
Mais ces mouvements ne doivent-ils rien à notre raison ? Bossuet estime que chez nous le raisonnement ne sert, au contraire, qu'à les modérer et même aies arrêter; et que loin que la raison, en cette partie de notre nature, fasse l'action, « il ne faut que la retirer pour faire que l'objet emporte et achève le mouvement. » Ces dernières observations sont aussi profondes que justes. Peutêtre y a-t-il seulement lieu de s'étonner que Bossuet, qui connaissait si bien Aristote, ne les ait pas complétées par une autre loi qui ne renverse pas les précédentes, mais en fait la contre-partie : La raison ne sert pas toujours à arrêter les mouvements animaux; elle sert encore bien souvent à leur poser un but ; et ce but une fois posé, les mouvements d'ordre inférieur y tendent ou y conduisent.