‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 99 sur 118 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

Après cette synthèse et cette analyse menées de front, Tune vérifiant l'autre, Bossuet prévoit certaines objections. On alléguera que les animaux sont capables d'éducation et de langage ; mais pour lui l'éducation des animaux est une habitude ou une série d'habitudes analogues à celles que peuvent contracter les organes du corps vivant, les plantes et même les corps bruts. Attribuer l'habitude aux corps inorganiques, évidemment cela est de trop ; et cela marque bien que Bossuet conserve de la vie, des mouvements des esprits animaux et des aptitudes ou des tendances physiologiques, une conception bien mécaniste et bien cartésienne. Quoi qu'il en soit, rien n'est plus ingénieux que l'observation qui suit. « La raison a si peu de part dans nos habitudes qu'on distingue agir par raison d'avec agir par habitude. » Apprendre véritablement , apprendre intelligemment , c'est apprendre par la connaissance « des principes universels qui, une fois pénétrés, nous fassent toujours tirer de semblables conséquences... » (dans l'infinité des cas simplement analogues qui pourront se présenter, cela est sous-entendu, cela est compris avec Descartes). Ainsi, en vertu de ces principes, nous inventons des procédés par lesquels nous savons rendre l'exécution de nos dessins indépendante « d'une manière particulière et déterminée. » L'art de l'animal au contraire est tout subordonné à la matière.

Que si, d'autre part, les animaux paraissent sensibles aux sons et à la parole, c'est qu'ils sont organiquement sensibles aux impressions des sons, et nous le sommes, nous aussi ; mais les sons pour eux restent sons, ils ne deviennent pas signes. Ainsi, dans leur prétendue éducation, « rien ne sert que les impressions réelles et corporelles... Qui dresse un chien... * lui enfonce, pour

]. Encore une explication ou tout au moins un exemple bien micanitte. Cette conclusion ne Test pas moins : « aussi la raison nous |< r-

ainsi parler, les objets matériels sur tous ses organes, et le dresse à coups de bâton, comme on forge le fer à coups de marteau... » Si cela était apprendre, toute le nature apprendrait; et « rien ne serait plus docile que la cire qui retient si bien tous les traits du cachet qu'on appuie sur elle » ■ .

Enfin, Bossuet rappelle que l'animal n'invente rien, pas une arme pour se défendre, pas un signe pour s'entendre contre nous avec ses pareils. C'est, conclut-il, qu'il lui manque les deux choses auxquelles nous devons , nous, nos inventions, et qui sont : 1° notre réflexion, 2° notre liberté.

Ce n'est pas tout cependant. Il faut se demander ce que c'est que cet instinct qu'on attribue aux animaux.

Il y a là-dessus, dit Bossuet, deux opinions.

La première (celle de saint Thomas) voit dans l'instinct un sentiment, rien de plus : elle met donc dans l'animal tout ce qui en nous ne raisonne pas, c'est-à-dire non-seulement le corps et les organes, mais les sensations, les imaginations, les passions (en enlevant toutefois à ces deux dernières ce que nous y ajoutons par raisonnement), enfin « tout ce qui suit les dispositions corporelles et qui est dominé par les objets. »

Cette opinion très « vraisemblable » a deux difficultés. Si les animaux sentent, ils ont donc une âme? Et s'ils ont une âme, sont-ils donc immortels ? Cependant cette difficulté peut être levée par la distinction de l'immatérialité et de la spiritualité.

L'autre opinion est celle « que M. Descartes a expliquée par de meilleurs principes que tous les autres. » Bossuet l'expose très-sérieusement. Ce qu'il en dit de pis est ceci, que « cette opinion jusqu'ici entre peu dans l'es-

suade que ce que les animaux font de plus industrieux se fait de la

même sorte que les fleurs, les arbres et les animaux eux-mêmes »

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