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III. — Du somnambulisme des animaux

Il semble que, pour juger la question de la simulation, rien no soit plus simple que d’expérimenter sur des êtres incapables de jouer la comédie. Toutefois on se heurte alors à de grandes difficultés, telles qu’elles n’ont pu encore être complètement surmontées. Il est probable, en effet, que la spontanéité cérébrale, si évidente chez l’homme, n’existe que rudimentaire chez les autres animaux. S’il est vrai, ainsi que nous allons chercher à le montrer, que tous les symptômes du somnambulisme soient dus à l’abolition de cette spontanéité cérébrale, il s’ensuit que les phénomènes du somnambulisme seront très faiblement accentués chez les animaux autres que l’homme. Aussi toutes les recherches faites sur les animaux sont-elles médiocrement probantes, n’apportant que peu de lumière dans l’obscurité de la question.

En 1646, le Père Kircher ‘ publia, dans un livre intitulé : Ars magna lucis et umbrae, sa fameuse expérience sur l’hypnotisme. En faisant, devant le bec d’un oiseau, d’un coq principalement.

(1) Il est probable, d’après Preyer (loc. ctL,p. 97), que Daniel Schwenter, dans un livre intitulé : Deliciœ physico-mathematicœ (Nuremberg, 163ti. p. ob2), et un auteur inconnu de la même époque, un professeur de l’Université de Paris, dont Scbwenter ne donne pas le nom, avaient fait avant Kircher la môme expérience. J’ai entre les mains un autre livre de Kircher intitulé: Magnes, sivede arte magnelica opus (Cologne, 1643), où l’on trouve des considérations curieuses sur le magnétisme des animaux (liber III. pars VI, p. 6o7 à 677. Magnelismus animalium). Le crapaud, l’anguille, le cerf, la torpille, le rémora, et quelques poissons fantastiques, connue la sirène, sont des animaux magnétiques.-

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une raie sur le sol avec un morceau de craie, on rend l’animal complètement immobile.

Cette expérience a été reprise par Czermak *, qui l’a étendue à d’autres animaux, à de petits oiseaux, par exemple, et à des écrevisses.

M. Preyer, reprenant ces expériences, a attribué à la frayeur les phénomènes qu’on voit survenir chez les animaux dans ces conditions. Des écrevisses, des grenouilles, des cochons d’Inde, des lapins, peuvent être rendus immobiles de différentes manières. Le plus souvent on réussit en excitant fortement les nerfs de la sensibilité. Cette excitation provoquerait la mise en jeu de l’appareil inhibiteur des centres nerveux supérieurs. Dans une communication à la Société médicale d’Iéna (28 mai 1880), M. Preyer s’exprime ainsi : « J’ai hypnotisé beaucoup d’animaux, et je suis arrivé à cette conclusion que, par des excitations périphériques, on peut produire chez eux deux actions d’arrêt différentes. Le premier état est un état de cataplexie, c’est-à-dire une sorte de frayeur et d’épouvante, une paralysie par la frayeur. Le second état est un état àliypnose. Les animaux, comme les hommes, deviennent cataplégiques à la suite d’excitations périphériques qui sont soudaines, brusques et violentes. Ils deviennent hypnotiques à la suite d’excitations péri- , phériques qui sont prolongées, faibles et uniformes. Il y a de très grandes différences individuelles, quant à la manière de réagir, entre les divers animaux, comme entre les diverses personnes. Si l’on serre légèrement, avec une pince à pression, les narines d’un cochon d’Inde, ou si on le tient doucement par l’oreille entre les doigts, au bout d’une demi-minute il devient

(1) Comptes rendus de l’Académie de Vienne, 1872, p. 361, et Archives de Pflüger, t. VII, p. 107 à 121.

hypnotique. On peut alors écarter la pmcette ou les doigts, l’animal conserve un état de stupeur telle qu’on peut le placer, sans qu’il remue, dans les positions les plus bizarres. Un léger choc ou l’insufflation suffisent pour le faire revenir à l’état normal. Cette hypnose ressemble beaucoup à la cataplexie ; elle en diffère surtout en ce que les hypnotiques peuvent remuer les membres, tandis que ces mouvements sont impossibles chez les cataplégiques

Le premier mémoire de M. Preyer sur la cataplexie est assez instructif, et, outre les faits nouveaux observés par cet expérimentateur, il contient une critique détaillée des travaux antérieurs.

Si l’on saisit brusquement un cochon d’Inde de manière à le maintenir de force dans l’immobilité, le ventre en l’air, au bout d’une ou deux minutes il restera tout à fait stupide, inerte et sans mouvement. Avec une poule, un coq, même avec un lapin, la même expérience réussit très bien. On peut alors l’exciter en soufflant sur lui, en l’éclairant vivement, en faisant vibrer un timbre à côté de lui, sans que ces excitations fassent sortir l’animal de sa stupeur. En liant rapidement avec un fil le bec d’un coq ou la patte d’une grenouille, on peut provoquer le même état de cataplexie.

Les excitations tactiles semblent être plus aptes que toutes les autres excitations à produire la cataplexie. Ainsi l’éclat de la lumière électrique, un bruit strident et soudain, restent sans effet. A ces faits, bien démontrés par M. Preyer, je puis ajouter cette expérience que j’ai souvent répétée : une excitation électrique soudaine et violente (décharge d’une forte batterie de Leyde )

(1) Cette distinction entre la cataplexie et l’hypnotisme ne laisse pa» que d’être arbitraire et hypothétique. Les phénomènes qu’on observe ne se présentent pas inalheureuseineut avec cette netteté caractéristique.

l'hümmk kt l’intklugence.

portant sur la tête même de l’animal, amène un mouvement brusque et total de tous les muscles du corps, mais on n’observe aucune cataplexie consécutive.

Chez les très jeunes sujets, il n’y a pas de cataplexie possible. Des cochons d’Inde nouveau-nés ou âgés de dix jours au plus ne peuvent jamais rester immobiles, après avoir été pendant une minute brusquement saisis et maintenus. Mais les mêmes animaux, qui jusqu’à l’âge de dix jours ne présentaient aucun phénomène de cataplexie, finirent, lorsqu’ils avancèrent en âge, par en donner plus tard tous les signes, quand on les soumit à l’expérience.

M. Heubel ‘ a fait sur les grenouilles des expériences analogues. Quoique les faits soient bien observés, les conclusions qu’il en tire ne me paraissent pas pouvoir été défendues.

J’ai souvent répété l’expérience de M. Heubel. Voici en quoi elle consiste. On prend une grenouille bien vigoureuse et bien agile, on la tient pendant deux minutes environ entre les doigts, le pouce sur le ventre et les quatre doigts sur le dos, en ne la serrant que juste ce qu’il faut pour l’empêcher de s’enfuir. Cependant les mouvements de la grenouille deviennent de plus en plus lents et paresseux ; c’est à peine si elle fait des efforts pour fuir ; finalement, quand on la place sur la table, elle reste le ventre en l’air, immobile, et cela pendant un quart d'heure, quelquefois une heure, et même plus.

M. Heubel a pensé que cet état d’inertie et d’immobilité de l’animal était une sorte de sommeil, et que la cause même de ce sommeil était l’absence d’excitations extérieures. Suivant lui, quand aucune excitation périphérique ne vient ébranler le cerveau, le sommeil survient nécessairement, l’état de veille ne

(I) Archives de Pflüger, t. XIV, p. 158 à 210 : L’état de veilte du cerveau dépend des exciiaiions exiérieures.

LF. SOMNAMBULISMK PROVOQUÉ.

pouvant être conservé que par l’influence incessante des excitations périphériques qui retentissent sur le système nerveux central.

Une semblable hypothèse ne s’applique pas du to ut aux faits qu’on peut observer sur la grenouille. En effet, si l’on excite légèrement la grenouille immobilisée, elle sortira de sa torpeur ; mais, si l’on continue à l’exciter en lui chatouillant légèrement le dos avec le doigt, au lieu delà réveiller de plus en plus, comme cela devrait être si la théorie de M. Heubel était exacte, on la rend de plus en plus paralytique; si bien que finalement elle ne peut presque plus se remuer. On peut alors la poser sur la table, le ventre tourné en l’air, et étendre les deux pattes postérieures, sans provoquer de mouvements réflexes. On peut aussi la placer dans des positions invraisemblables, tout à fait contraires à la situation normale d’une grenouille ; par exemple, l’adosser à une planche en lui étendant les deux pattes, sans qu’elle réagisse notablement. Il semble qu’elle ait été empoisonnée par une substance toxique ou qu’on ait détruit sa moelle épinière.

Qu’on fasse la même expérience sur des grenouilles décapitées (moelle sectionnée au-dessous du bulbe), on n’obtiendra pas de semblables résultats. La grenouille décapitée conserve toujours ses mouvements réflexes, et on ne peut l’étendre sur une table sans qu’aussitôt elle retire ses membres postérieurs.

Au contraire, les grenouilles non décapitées et tenues au préalable, pendant quelques minutes, dans la main, conservent, si on les étend sur la table, l’attitude qu’on leur a donnée, et cela pendant un quart d’heure, une demi-heure et même plus L

Ce qui prouve bien que l’hypothèse de M. Heubel — sommeil dû au défaut d’excitations périphériques — n’est pas exacte, c’est

(1) Ces expériences ne concordent pas avec quelques faits observés par M. Preyer, loc. cü., p. 63.

l’fiomme et l’intelligence.

qu’une grenouille ainsi stupéfiée peut être touchée, remuée, excitée, sans se déplacer. Voilà des excitations extérieures, bien fortes cependant, qui ne suffisent pas pour réveiller l’animal. Est-il légitime d’admettre que ce sommeil est dû à l’absence d’excitations extérieures ? Souvent j’ai fait cette expérience : une grenouille, stupéfiée par les procédés indiqués plus haut, était étendue sur la table, et, à côté d’elle, je faisais vibrer un timbre très bruyant. Ce son ne provoquait aucune réaction de l’animal.

Enfin l’opinion de M. Heubel est encore infirmée par une expérience de Gzermak répétée par M. Preyer Si l’on pince brusquement la queue d’un triton ou la patte d’une grenouille, l’animal devient subitement immobile, stupéfié, et cette stupeur dure quelquefois plusieurs minutes. Ainsi le sommeil est provoqué, non par l’absence d’excitations périphériques, mais au contraire par une excitation forte. Il est donc difficile de trouver une théorie qui soit, plus que celle deM. Heubel, en désaccord avec les faits.

La théorie de M. Heubel n’est su’aiment pas admissible, et, au lieu de voir dans cette sorte de sommeil des grenouilles la conséquence d’une absence d’excitation, il faut y voir plutôt la conséquence d’un excès d’excitation. Il est probable que, sous l’influence des excitations périphériques, les parties du cerveau qui président à l’arrêt des actions réflexes et volontaires, entrent en jeu et paralysent les parties sous-jacentes de la moelle épinière*.

(1) Eine neurophysiologische Beobachtung an cinem Triton cristatus {Zeitschrift fur wiss. Zoologie, 1836, p. 340).

(2) Loc. cit. Voyez la planche photographique 3, placée à la fin de son mémoire.

(3) Mon intention est de publier ces recherches avec plus de détails et de’ développer dans un travail spécial les conclusions auxquelles j’ai été amené. Aussi n’insisté-je pas davantage sur le sommeil des grenouilles, et les considérations de psychologie physiologique qui pourraient prendre place ici. Quant aux rares observations de sommeil des animaux produites par les

LE SOMNAMBULISME PROVOQUIÎ. 21 i

Telles sont, très rapidement résumées, les recherches faites jusqu’ici sur l’hypnotisme des animaux. Il est à désirer qu’elles soient reprises, car elles donneront certainement des résultats fort Intéressants. En tout cas, celles qui ont été faites jusqu’ici nous seront de quelque utilité pour l’explication des causes qui produisent le somnambulisme'chez l’homme.

rv. — Des moyens de provoquer le somnambulisme.

Certes l’étude des symptômes et des formes du somnambulisme est encore bien obscure. Elle est très avancée cependant, si Ton compare ce que nous savons des symptômes à ce que nous savons des causes du magnétisme. Ce n’est pas que les théories fassent défaut, mais^^elles sont toutes extrêmement insuffisantes.

Tout d’abord, il est évident que le même procédé, appliqué à des personnes différentes, ne peut pas réussir de la même manière. M. Preyer a observé de semblables différences individuelles chez les cochons d’Inde et les grenouilles. Que sera-ce donc quand il s’agira d’êtres humains ? On a remarqué avec raison que plus l’espèce est élevée dans la série, plus les individus sont dissem-

magnëliseurs de profession, elles sont incohérentes, incomplètes, et méritent peu de créance, car on ne peut pas reproduire ces faits toutes les fois qu’on le désire : ce qui entraîne une incertitude bien naturelle. Il parait qu’en Orient les charmeurs de serpents arrivent à des résultats étonnants ; mais il faudrait que ces faits fûssent observés scrupuleusement par des naturalistes ou» des physiologistes expérimentés, pour qu’ils pûssent avoir droit de cité dans la science. En Perse il y a des charmeurs de lièvres (Tour du monde. 1862, II, p. 127).

Peut-être aussi y a-t-il lieu d’assimiler au magnétisme la fascination exercée sur certains animaux par les reptiles ; l’arrêt du chien de chasse, etc. Est-il permis de faire appel à l’attention des observateurs pour tâcher d’apporteriUn peu de lumière sur tous ces points ? Jusqu’à présent, la question du somnambulisme des animaux n’a été qu’ébauchée. Le mémoire de M. Preyer est à coup sûr ce qu’il y a de plus précis sur le sujet.

M. Danilewsky a produit quelques phénomènes hypnotiques sur un crocodile (Archives de Pflüger t. xxiv, p. 593.

blants entre eux. Il y a plus de différences entre les grenouilles qu’entre les huîtres, entre les chiens qu’entre les grenouilles ; il y en a bien plus entre les hommes qu’entre les chiens. Gela est déjà vrai des organes de la vie de nutrition : mais combien plus vrai encore pour les organes de la vie de relation et surtout pour l’intelligence ? De sorte que les expériences de somnambulisme portent sur l’organe le plus diversifié de l’être le plus complexe, chez qui les différences individuelles ont leur maximum de variabilité. Quelle difficulté pour l’expérimentation I Quoi qu’il en soit, certaines conditions favorables peuvent être déterminées avec assez d’exactitude. Les femmes sont plus sensibles que les hommes. Relativement à l’âge, je suis porté à croire que les enfants peuvent être endormis; mais je n’ai jamais tenté d’expérience chez les très jeunes sujets, pour ne pas faire naître chez eux un état nerveux qui ne serait pas sans inconvénient. Je suis même convaincu qu’il ne faut pas magnétiser de jeunes enfants ; car, au moment où tous les organes sont en voie de développement, ils peuvent être facilement déviés dans leur direction, et on imprimerait alors à tout l’organisme une sorte de nervosisme funeste et presque pathologique. J’ai endormi des jeunes filles de dix-sept à dix-huit ans. Mais cet âge ne paraît pas être le plus favorable. Il semble que ce soit surtout de vingtcinq à quarante ans qu’on puisse facilement être endormi. Quant aux vieillards, je croirais volontiers qu’ils sont assez rebelles au magnétisme. J’ai réussi à endormir une femme de soixante ans ; mais chez elle le sommeil n’a jamais été complet, et les symptômes ont été peu intéressants.

Les tempéraments nerveux sont, comme on le pensera sans peine, plus susceptibles que les autres. En général, les femmes petites, brunes, aux yeux noirs, aux cheveux noirs abondants, aux sourcils épais, sont des sujets très favorables. Cependant

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quelquefois on réussit très bien avec des femmes pâles et lymphatiques, et on échoue avec des personnes très nerveuses. En somme, les femmes délicates, nerveuses, languissantes, atteintes d’une maladie chronique ou relevant de maladie, sont certainement, plus que toutes les autres, aptes à subir l’influence du magnétisme.

D’ailleurs la condition qui domine toutes les autres, c’est ce que nous avons appelé plus haut Véducation. Par le seul fait d’avoir été endormi une première fois, on devient très apte à être endormi une seconde fois. Même lorsqu’une première expérience n’a pas réussi, elle a modifié de telle sorte le tempérament que la seconde expérience pourra réussir. Donc les conséquences de la magnétisation ne sont pas aussi passagères qu’elles le paraissent, puisqu’un changement définitif s’est produit dans l’organisme ‘ . En réalité, les sujets les plus sensibles au magnétisme sont ceux qui ont été endormis souvent. Ils deviennent même tellement sensibles que les moyens les plus simples réussissent à provoquer chez eux l’état somnambulique.

Il est donc absolument nécessaire, quand on veut étudier les moyens de provoquer le somnambulisme, d’établir une distinction entre les personnes qui n’ont jamais été endormies et celles

(1) Je puis citer, comme exemple de cette sensibilité au magnétisme croissant au fur et à mesure que les expériences ont été faites plus souvent, l’exemple de S*", observée par Dupotet et Husson {Expériences publiques sur le magnétisme animal faites à l’ Hôtel-Dieu de Paris, 1826). 1'® séance : durée, 30 minutes ; nul effet. — 2° séance : durée, 30 minutes ; nul effet. — 3” séance : durée, 4o minutes; sommeil. — 4« séance ; sommeil au bout de .30 minutes. — 6* séance : sommeil au bout de IS minutes. — 6* séance : sommeil au bout de 13 minutes. — 7° séance : sommeil au bout de 2 minutes ; etc. — Comment supposer qu’il y ait simulation, puisque tous les observateurs ont vu de pareils faits ? Ceux qui soutiennent celte ridicule hypothèse seraient donc forcés d’admettre que tous les simulateurs simulent le sommeil de plus en plus vite, à mesure qu’on a essayé de les endormir plus souvent. — Chez les hystériques l’éducation au somnambulisme est loin de se faire avec la môme régularité.

RICHET. — l’homme ET l’iHTELLIGENCE . 14

l’hommi-: i;t L’iNTKU.uiKNa;.

qui Font été déjà. Chez les premières beaucoup de moyens échouent: chez les autres, tous les moyens réussissent.

Supposons d’abord qu’on veuille expérimenter sur une personne n’ayant encore jamais été endormie. On peut, pour l’endormir, procéder par deux méthodes dilférentes, soit par j’hypnotisme, soit par les passes.

Pour ce qui est de l’hypnotisme, l’explication est au premier abord assez facile. Les yeux étant fixés sur un objet brillant, l’éclat de cet objet peut produire une excitation prolongée des centres cérébraux qui sont en rapport avec les nerfs optiques. Cette excitation entraînerait la paralysie de la spontanéité intellectuelle, soit par une sorte de fatigue cérébrale, soit, ce qui est plus vraisemblable, par une sorte d’aciion d’arrêt. L’excitation des centres nerveux visuels se propagerait à certains centres inhibiteurs. Ces centres inhibiteurs entrant en jeu feraient que la cérébration spontanée, volontaire, serait supprimée, l’automate remplaçant le moi.

On voit qu’on est forcé d’avoir recours à toute une longue série d’hypothèses presque vraisemblables, mais qiii ne sont cependant que de pures hypothèses.

Depuis les premières expériences de J. Braid, beaucoup d’expérimentateurs ont pu l’eproduire l’état hypnotique en faisant fixer un objet brillant. Les poules, les cochons d’Inde, à qui l’on met de la craie ou un cristal devant les yeux, ne tardent pas à éprouver des symptômes assez analogues au sommeil.

Chez les hystériques de la Salpétrière, on provoque un accès de somnambulisme en faisant briller soudain une vive lumière. En projetant par exemple un faisceau de lumière électrique sur les yeux de G..., immédiatement elle tombe en état de somnambulisme. Ce phénomène n’est pas différent peut-être de celui

LK SOMNAMBULISME PBOVOQUÊ. 215

qu’on observe chez les gens qui regardent pendant cinq minutes une boule de cristal. Ce qui diffère, c’est la réceptivité du sujet. Par suite de son état hystérique, par suite aussi peut-être des nombreuses tentatives faites antérieurement, G... est devenue d’une extrême sensibilité à des actions qui sur d’autres personnes resteraient inefficaces.

Une expérience que j’ai faite bien souvent sur moi montre que la fixation du regard sur un objet brillant agit peut-être moins par l’éclat de l’objet que par la fixation du regard. Souvent, la nuit, alors qu’il n’y a aucune lumière dans la chambre, et que je suis dans mon lit à attendre le sommeil, j’emploie pour m’endormir un procédé fort simple et qui me réussit presque toujours. Je fixe dans l’espace un point imaginaire, et je le regarde obstinément, tout en fermant les paupières. Bientôt je vois apparaître des raies fines dont l’ensemble fait comme un petit damier qui chemine lentement devant l’œil. A ce damier succède un point plus éclairé que je fixe attentivement, et qui me parait jaune d’abord et circulaire. Ce rond jaune se déplace, se transforme rapidement, pour prendre des apparences changeantes, comme la forme des nuages amoncelés dans le ciel est modifiée incessamment par les vents. A mesure que les formes changent, elles semblent devenir plus confuses : ce sont des figures humaines, des objets fantastiques, qui passent, changent, reviennent, disparaissent. Cependant l’attention engourdie les discerne de moins en moins. Le souvenir en est de plus en plus confus. Dans cette procession des formes il n’y a pas de dernière image. La conscience du monde extérieur disparait peu à peu, et le sommeil arrive progressivement. Toutes les formes vont s’éteignant dans la mémoire, à mesure ([u’elles deviennent plus mobiles et plus fantasques.

Certes, entre le sommeil ordinaire et le somnambulisme, il y

l’homme et l’intelligence.

a de notables différences. On ne peut nier cependant l’analogie de ces deux états. Ce qui s’applique à l’un peut s’appliquer probablement à l’autre, La fixation de l’attention fait que l’attention se fatigue : or cette fatigue de l’attention est un des éléments essentiels du sommeil.

Il n’est donc pas permis de dire que l’hypnotisme est provoqué par l’éclat de l’objet fixé. Au demeurant une expérience importante de M. Preyer en donne bien la preuve. Après avoir montré que les cochons d’Inde, les poules et les lapins peuvent être stupéfiés, si on les prend brusquement par le cou,- il a réuni un grand nombre de ces animaux dans un endroit très obscur. Puis brusquement il a projeté sur eux un rayon de lumière électrique éblouissante. Aucun animal n’a eu de cataplexie. Loin de là, un animal cataplégié dans l’obscurité recomTe l’intégrité de son intelligence lorsqu’on projette sur lui un rayon de lumière électrique. Ainsi une lumière très forte est beaucoup moins active pour produire la cataplexie que le contact de la peau.

Peut-on dire d’ailleurs qu’une boule de cristal, quand elle n’est pas éclairée directement par le soleil, soit un objet très brillant? Si la vue de cet objet provoque le sommeil, certainement ce n’est pas par son éclat, qui est en somme assez modéré. Combien de personnes regardant longtemps des objets très lumineux ne deviennent pas somnambules ! Les voyageurs qui dans les régions polaires traversent des champs de neige où se réfléchit le soleil, deviennent presque aveugles et sont atteints d’ophthalmies graves ; mais ils ne sont pas hypnotisés.

Nous arrivons donc à cette conclusion que l’état lumineux ne peut produire l’hypnotisme que dans certaines conditions particulières, et que la fixation du regard joue un rôle plus important (|ue la lumière qui frappe la rétine.

Mais on ne peut pas non plus toujours attribuer à la fixation

du regard tous les phénomènes qu’on observe. En effet, chez les grenouilles par exemple, à aucun moment de l’expérience le regard n’est fixé. Les cochons d’Inde qu’on prend brusquement par le cou, les tritons qu’on pince par la queue, deviennent subitement cataplégiques, sans que l’effort d’attention ou la fatigue de la rétine puissent être incriminés. Même lorsque les nerfs optiques sont coupés, la cataplégie peut survenir, comme l’a montré M. Heubel.

Se fondant sur les divers faits observés par lui, M. Preyer a admis que l’état de stupeur oii étaient plongés ces animaux dépendait de la frayeur ; une impression brusque et forte provoquant chez ces êtres de l’épouvante mêlée à la sensation de Timpuissance vis-à-vis du danger qui les menace. Cette sorte de frayeur particulière serait la cause de la paraplégie.

L’explication est séduisante ; mais d’abord elle ne peut s’appliquer à l’homme, ce qui lui ôte beaucoup de sa valeur. Et puis, lors même qu’on l’aura admise, est-ce bien une explication? Dire que la cataplexie est un effet particulier d’une certaine frayeur spéciale, c’est en vérité avouer implicitement que nous ne connaissons pas sa cause. Nous voyons un phénomène provoqué par un choc qui peut produire aussi de la frayeur. Avons nous le droit d’en conclure que c’est la frayeur qui est cause du phénomène ? En aucune manière. Il nous est seulement permis de dire que des excitations terrifiantes provoquent la cataplexie ; mais, que ce soit la terreur qui provoque cette cataplexie, voilà une conclusion qui est extrêmement contestable.

En définitive, nous voyons que pour les différentes variétés d’hypnotisme on peut invoquer diverses causes, mais qu’il est presque impossible d’aboutir à une conclusion vraisemblable.

Pour ce qui est des passes magnétiques, la difficulté est plus

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grande encore. Il n’y a alors en effet ni fixation du regard, ni

objet brillant, ni terreur soudaine.

Voici comment je procède en général. Ma méthode est tout empirique, et n’a d'intérêt que parce que, m’ayant souvent réussi, elle réussira aussi à d’autres expérimentateurs. Plusieurs de mes amis et de mes confrères ont, en faisant comme moi, obtenu les mêmes résultats.

Je fais mettre le patient dans un fauteuil, bien en face de moi; puis je prends chacun de ses poucès dans une main et je les serre assez fortement, mais d’une manière assez uniforme. Je prolonge cette manœuvre pendant trois à quatre minutes; en général, les personnes nerveuses ressentent déjà une sorte de pesanteur dans les bras, aux coudes, etsurtout auxpoignets. Puis je fais des passes en portant les mains étendues sur la tête, le front, les épaules, mais surtout les paupières. Les passes consistent à faire des mouvements uniformes de haut en bas, au devant des yeux, comme si, en abaissant ainsi les mains, on pouvait faire fermer les paupières. Au début de mes tentatives, je pensais qu’il était nécessaire de faire fixer un objet quelconque par le patient, mais il m’a semblé que c’était là une complication inutile. La fixation du regard a peut-être quelque influence, mais elle n’est pas indispensable.

Gomment agissent ces passes? le serrement des pouces a-t-il une certaine action ? Voilà ce que je n’ai pas encore pu éclaicir, et les hypothèses qu’on peut proposer sont assez invraisemblables.

D’abord, pour le serrement des pouces, ne voit-on pas une certaine analogie entre cette manœuvre et l’expérience, citée plus haut, de Czermak? Si on lie la patte d’une grenouille avec un fil, l’animal devient presque immobile; si l’on entoure d’un ruban le bec d’un coq, il devient somnolent et stupide. Une excitation

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