‹ L'homme et l'intelligenceChapitre 12 sur 71 · I.R SO.MXAMBULISMR PnOVOQUl · texte numérisé non relu

I.R SO.MXAMBULISMR PnOVOQUl

(aible, prolonyée, produirait donc l’état hypnotique, comme une excitation brusque et soudaine produirait l’état cataplégique.

Peut-être faut-il considérer les passes faites devant les yeux comme une excitation faible, prolongée, agissant par la monotonie et la répétition. Cette hypothèse est jusqu’à un certain point justüiéft par un fait observé par M. Heidenhain chez des sujets déjà endormis plusieurs fois auparavant. Le tic-tac d’une montre placée près de leur oreille ne tarde pas à les endormir. Pour ma part, j’ai vu une hystérique paraplégique qui entrait en somnambulisme sous l’intluence de cette même cause. Mais nous savons que, chez les sujets qui ont déjà présenté une ou plusieurs fois les symptômes du somnambulisme, on peut ti’ès facilement les provoquer de nouveau. Ainsi, chez les malades de la Salpêtrière, la vibration d’un diapason suffit pour provoquer le sommeil.

11 est évident d’ailleurs que des excitations faibles et répétées, comme par exemple le tic làc d’une montre, comme une mélodie rythmique et monotone, comme la vibration d’un diapason, ne réussiraient pas à provoquer le somnambulisme chez un sujet, lût-il même de tempéramment très nerveux, qui n’aurait pas encore présenté jusqu’ici les symptômes de cette névrose, quoicjue -M. Heidenhain semble pencher vers l’opinion contraire (/ot*. cil-, p. ^8). Par conséquent, l’hypothèse d’excitatiotis monotones et répétées pouvant provoquer le somnambulisme est une hypithèse, vraie sans doute dans ([uelquescas, mais qui ne peut s’appliquer à l’universalité des cas. Ces moyens simples peuvent agir chez des sujets prédisposés au somnambulisme par des expériences antérieures, mais certainement ils seraie-it inefficaces, dt-s qu’on voudrait les employer pour endormir une première fois telle ou telle personne.

220 l’homme et l’intelligence.

Une autre hypothèse a été proposée, qui ne manque pas d’avoir une certaine vraisemblance. On a dit que le patient s’endormait lui-même. Son attention étant concentrée vers l’idée du sommeil, son imagination étant préoccupée des phénomènes insolites qu’il s’attend à ressentir, il s’endort parce qu’il suppose qu’il s’endormira.

, Il y a un certain degré de vérité dans cette explication. Elle n’est pas générale cependant, .l’ai vu des personnes qui n’étaient ni inquiètes, ni émues, qui ne s’attendaient pas à dormir, et qui ne connaissaient rien de l’hypnotisme, s’endormir assez promptement sous l’influence des passes. Chez ces personnes, Vattention expectante ne joue qu’un rôle presque négligeable. Ce serait donc vouloir forcer les faits à rentrer dans le cadre des hypothèses imaginées que d’attribuer tous les cas de sommeil et d’hypnotisme à cette attention expectante. [IV^

On a fait depuis longtemps cette hypothèse que le magnétiseur agit par la volonté ; que, lorsqu’il fait des passes, ou lorsqu’il tient les pouces du patient, il dégage un certain fluide, fluide magnétique, qui force le patient à dormir. Cette hypothèse est assez commode, lorsqu’il s’agit de magnétiser quelqu’un, car on peut ainsi, pendant une demi-heure-et même plus, faire des manœuvres ridicules qui réussissent, et qu’on ne consentirait pas à pratiquer avec tant de patience, si l’on ne s’imaginait qu’il se dégage des mains un certain fluide. De plus, pendant qu’on fait des passes, on fait malgré soi des etforis d’attention et de volonté qui disposent cà croire qu’il y a là une'action volontaire, et comme un fluide qui se dégage. Chez les sujets endormis et très-sensibles, les passes provo(}uent des sensations particulières, des fourmillements, des sensations de chaleur ou de froid.

Toutefois l’hypothèse du fluide magnétique n’est prouvée par

LE SOiMNAMBÜLISAIE PHOVOQUÉ. 221

rien de démonstratif. Pour faire admettre ce fait invraisemblable, inouï, en contradiction avec toutes les notions scientifiques, que la volonté de tel individu dégage un fluide qui agit sur la volonté de tel autre individu, il faudrait un ensemble de preuves rigoureuses, indéniables. Or ces preuves font absolument défaut. L’hypothèse du fluide magnétique est assurément commode ; elle explique quelques faits qui sans elle sont assez difficiles à expliquer ; mais elle est invraisemblable jusqu’à l’absurdité, et elle ne s’appuie sur aucune bonne démonstration expérimentale.

Peut'être y a-t-il lieu d’attribuer à des courants électriques extrêmement faibles une partie des phénomènes observés. On sait que tous les tissus sont le siège de forces électromotrices très-faibles, appréciables cependant à un galvanomètre délicat. Ces courants électriques augmentent d’intensité avec les mouvements des muscles, le glissement des tendons dans leurs gaines, le frottement des surfaces articulaires, les changements dans la vascularité et l’humidité de la peau, etc. Lorsqu’on fait avec la main des passes magnétiques, il y a certainement dans cette main formation de courants électriques appréciables. Peut-être ces courants sont-ils les agents des modifications qui se produisent dans le système nerveux des individus qu’on endort avec les passes. En effet, il a été démontré par M. Burq et M, Charcot que des courants électriques très-faibles, prenant naissance par le contact d’un métal peu oxydable, comme l’or, par exemple, avec la peau, peuvent très-rapidement modifier la sensibilité de tout un côté du corps.

Il est possible — c’est une hypothèse que je propose timidement — que la répétition de ces courants électriques très-faibles, se faisant dans le même sens pendant près d’une demi-heure,

222 i/hommk f.t i/intf,m,ioknci:,

agisse puissamment sur les centres nerveux d’un individu excitable. Pour prouver que cette supposition est vraie, il faudrait endormir quelqu’un, en faisant passer rapidement des courants électriques faibles au devant de son front et de ses yeux. J'ai fait construire, sans conviction d’ailleurs, un petit appareil de c^ genre ; mais je n’ai pas encore eu l’occasion de l’expérimenter dans de bonnes conditions. [VII]

Si donc en définitive nous examinons de près toutes les suppositions qui ont été faites pour expliquer la production du sommeil magnétique, nous voyons qu’aucune d’elles n’est satisfaisante.

On peut résumer ainsi ces huit suppositions :

1° L’hypothèse de l’éclat d’un objet brillant ;

1° L’hypothèse de la fixation du regard (avec plus ou moins de strabisme et de spasme de l’accommodation) ;

3® L’hypothèse de la frayeur ;

4° L’hypothèse de l’attention expectante ;

L’hypothèse d’un fluide particulier au magnétisme animal ;

(1° L’hypothèse d’excitations monotones, faibles et répétées ;

7® L’hypothèse de courants électriques faibles et répétés ;

8'’ L’hypothèse de l’absence d’excitations extérieures.

Aucune de ces causes ne peut être considérée comme définitivement démontrée. Ce sont des mots dont on se paie quand on ne connaît pas la véritable cause, et, pour ma part, j’accorderais volontiers que la cause du somnambulisme nous est encore tout à fait inconnue.

Dans l’état actuel de la science, ce qu’il y a de mieux évidemment, c’est d’admettre que plusieurs de ces diverses causes agissent simultanément et concurremment. L’attention expectante par exemple est favorisée par des excitations visuelles et atiditives qui vont par leur monotonie et leur répétitiou ébran-

LR SOMNAMBULISMK PROVOOUR, 22*'

1er le système nerveux prédisposé. L’inlluence de la volonté se traduit peut-être par ce fait que l’état électrique de la main du magnétiseur se modifie sous l’influence des émotions qu’il ressent et des mouvements qu’il fait.

Tout cela certes est bien hypothétique, et nos conclusions sont tontes négatives ; mais c’est quelque chose déjà que de savoir l’avouer. [VIII]

Toutes les causes que nous indiquons peuvent échouer et échouent, lorsqu’on veut rigoureusement en adapter l’application à tel ou tel individu qui n’a jamais été endormi. Au contraire, chez des individus sensibles, tout réussit, et la difficulté est inverse. Au lieu de chercher un moyen qui réussisse toujours, il s’agit alors de trouver un moyen qui échoue toujours, et on n’en trouve pas. Le tic-tac d’une montre, le contact de la main, la vibration d’un diapason, le simple contact d’un objet inanimé, un geste brusque, une lumière vive, une parole, un regard même, sont devenus des causes suffisantes. De sorte que, dans un cas, l’insuccès des tentatives; dans l’autre cas, leur trop de facilité, doivent nous faire douter de la valeur des explications que nous donnons.

M***, que j’endormais à l’hôpital Beaujon, était devenue tellement sensible, que lorsque j’entrais dans la salle, avec ou sans volonté de l’endormir, elle s’endormait. C’est progressivement qu'elle était arrivée à un tel degré de sensibilité. Ainsi, la première fois, je n’ai pas pu l’endormir; la seconde fois, le sommeil est arrivé au bout de dix minutes ; la troisième fois, au bout de cinq minutes, etc. A la cinquième expérience; je l’ai endormie en lui touchant le front. Quelque temps après il me suffisait d’approcher de son lit. Plus 'tard enfin, dès que j’entrais dans la salle, elle s’endormait aussitôt qu’elle m’avait vu. Ce qui rend

l’homme et l’intelligence.

l’explication difficile, c’est que le sommeil ne survenait pas toujours. Souvent je m’approchais de son lit, et je causais avec elle, sans qu’il y eût de changement dans son état. Il suffisait alors, pour provoquer le sommeil, d’une excitation quelconque. Un bruit sec, par exemple, le choc des deux mains l’une contre l’autre, ou une parole prononcée à voix forte, comme : « Dormez ! » amenait soudain l’état somnambulique. On peut comparer l’état physiologique de cette malade à la situation d’un objet en équilibre instable, qui, sous l’influence d’un minime ébranlement, tombe aussitôt.

Même en éliminant ces cas où la sensibilité au somnambulisme est extrême et presque maladive, on constate des faits curieux, qui doivent nous faire séparer complètement les cas où le somnambulisme a été la px’emière fois obtenu, et les cas où le sujet a été rendu extrêmement sensible par les expériences antérieures.

M. A. Heidenhain, d’abord endormi difficilement par son frère, l’a été très-facilement ensuite ; même lorsque les mains de M. R. Heidenhain étaient recouvertes de gants épais. De même, mes amis F***, R***, et S***, chez qui le sommeil est survenu d’abord avec peine, ont fini par être très-sensibles, et je pouvais les endormir rapidement avec des passes |'aites à une distance de 2 mètres, et même plus.

Ce sont tous ces faits, et d’autres, aussi difficiles à comprendre, qui expliquent cette opinion vulgaire, et très-probablement erronée, que la volonté du magnétiseur est la cause du sommeil du magnétisé. Ce dernier s’endormant très-facilement, et le magnétiseur voulant l’endormir, tout naturellement on établit une relation de cause à ett'et entre ces deux phénomènes, quoique cette relation ne soit appuyée sur .aucune preuve, et soit resiée jusqu’ici inaccessible h toute démonstration scientifique.

LIi SO.MNAMBULISME PnOVOQUÉ. 225

Peut-on endormir non-seulement à distance, mais même lorsque le patient n’est pas averti de la présence du magnétiseur, et ne le voit ni ne l’entend? Quoique certains faits m’aient paru, à de rares intervalles de temps, confirmatifs de cette opinion étrange, je n’ai pas pu cependant la mettre encore hors de contestation. En pareille matière, lorsqu’il s’agit d’idées aussi étonnantes et invraisemblables, on ne doit pas se contenter d’un fait isolé ; il faut accumuler les preuves, les précautions, s’entourer de toutes les garanties contre les erreurs ou les tromperies, de manière à pouvoir affirmer qu’un fait est, parce qu’on sait qu’on le reproduira toutes les fois qu’on le désire. Ce dernier caractère est le seul qui distingue une vérité scientifique d’une téméraire allégation. Aussi, tout en étant résolu à poursuivre les difficiles expériences qui sont à tenter dans cette directfon, je suis porté à croire que le sommeil ne peut être provoqué lorsque le patient n’est pas averti de la présence du magnétiseur, quels que soient les efforts de volonté que celui-ci déploie pour amener le sommeil.

Il pourra même paraître singulier à certaines personnes que l’on fasse des expériences dans ce sens ; on m’accusera probablement d’être crédule à l’excès. Je crois cependant me conformer à une impartialité scientifique élémentaire, en ne repoussant pas d priori une opinion, quelque éti’ange qu’elle paraisse. En pareille matière, ce qui est peu intelligent, c’est la négation à outrance. Que savons-nous de définitif sur les fonctions du système nerveux ? Quel plus grand aveuglement que de se refuser à chercher, sous prétexte que nous en savons assez pour nier ? Si l’on avait annoncé, sans plus de détails, à un contemporain de Galilée qu’on peut entendre à Paris une conversation qui a lieu à Rome, comme cela se fait aujourd’hui, grâce au téléphone et à l’électricité, le contemporain de Gallilée aurait peut-être nié

à priori, et considéré comme absurde et contraire à toute science une pareille affirmation.

Il aurait eu tort cependant ; de même que nous aurions tort de repousser sans plus ample examen tout ce qui semble contredire nos petites connaissances actuelles. — Pour préciser ma pensée sur ce point, si l’on arrive à me prouver, par une expérience bien faite, que le sommeil peut-être provoqué par le magnétiseur à l’insu du magnétisé, je croirai que cela est, car les faits ont une autorité supérieure, et devant laquelle je saurai toujours m’incliner.

Page 1