‹ L'homme et l'intelligenceChapitre 16 sur 71 · I.KS DKMONIAOUKS fi’ÀuJüÜhD’HUl · texte numérisé non relu

I.KS DKMONIAOUKS fi’ÀuJüÜhD’HUl

(leux siècles, le souille du diable et de tous les démons de l’enler I

Peut-être sera-t-on étolmé de savoir qü^il y a des hystériques enterniées à la Salpêtrière. En effet on n’est pas habitué à fconsidérer l’hystérie comme une maladie grave, nécessitant ou autorisant la réclusion. Assurément on n’a pas tout à lait tort; car, en vérité, la maladie est à tous les degrés. t)e même qu’il y a certaines brûlures tellement superlicielles qu’on les ressent à peine, et d’autres tellement étendues et profondes qu’elles entraînent immédiatement la mort, de même qu’il y à des fièvres insigniliantes et des fièvres rapidement mortelles, de même il y a des hystéries légères, presque imperceptibles, une disposition de l’organisme plutôt qu’une maladie, et à côté d’elles des hystéries graves, si graves qu’elles se confondent avec la démence, la paralysie générale et l’épilepsie.

A la Salpêtrière, comme on le prévoit sans peine, il n’y a guère que l’hystérie grave. Quant à l’hystérie légère, on la trouve partout. Les médecins, quand ils parlent d’une femme nerveuse, disent : une femme hystérique ; et quoique ce langage, trop médical peut-être, paraisse déplaisant dans une conversation oU dans un roman, on peut dire qu’il n’est pas déplacé dans une étude psychologique, car ce qu’on appelle les nerfs d’une jeune femme, c’est tout simplement de l’hystérie.

.le m’imagine que tout le monde connaît plus ou moins les bizarreries du caractère des femmes nerveuses. Tous leurs sentiinens sont portés à l’extrême. Il suffit du plus petit événement [)Our provoquer leur enthousiasme ou leur désespoir. Personne ne pleure avec autant de facilité. Il semble même qu’elles possèdent la clé des larmes, au moins pour les faire couler, car pour y mettre un frein, c’est une autre affaire. Dire que les liystéri((ues pleurent pour peu de chose est encore exagéré, cai*

l’hommk et l’intelugence.

elles pleurent pour rien ; elles se sentent tout d’un coup envahies par une douleur indéfinissable, par une tristesse incompréhensible, vague, à laquelle il n’est pas possible de résister. C’est comme une boule qui remonte de la poitrine à la gorge, qui empêche de respirer et qui étouffe. Il faut alors se retirer, se cacher dans le coin le plus obscur de la maison, et là, sans être vue ni entendue, pleurer, sangloter pendant des heures entières; puis, subitement, cette crise de tristesse cesse, et fait place à une étonnante gaité.

Tout ce qu’on a coutume d’attribuer au tempérament nerveux de la femme rentre dans le domaine de l’hystérie. L’appétit est capricieux, fantasque : aujourd’hui, par exemple, tout déplait, et il est impossible de faire accepter la moindre parcelle de nourriture ; demain ce sera tout différent, et rien ne pourra apaiser la faim. En général les hystériques ont un goût très marqué pour le vinaigre, les fruits verts et à peine mûrs, régime éndemment peu favorable à la santé. Cette alimentation irrégulière €t défectueuse fait que la nutrition générale périclite, et que le sang s’appauvrit. Par une sorte de cercle vicieux très commun en pathologie, cette anémie augmente l’hystérie qui l’a fait naître, et presque toujours les jeunes filles anémiques sont, plus que les autres, sujettes à l’hystérie.

Le caractère des hystériques est fort étrange, comme chacun sait. On pourrait dire, en empruntant une expression à la peinture, qu’il est très pittoresque, présentant des points de vue variés et toujours imprévus. Telle jeune fille, par exemple, a eu hier un caractère charmant, facile, aimable ; mais aujourd’hui, sans qu’on sache pourquoi, tout est changé. Elle ne souffre pas la moindre observation, est mécontente de tout, fait mauvaise mine à tout le monde, enfreint toutes les recommandations qu’on a pu lui faire ; en un mot, elle est devenue aussi indocile que le

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plus polisson des collégiens. Cette indocilité est d’autant plus surprenante qu’elle survient tout à coup, sans cause, et disparaît de la même manière.

L’amour-propre est toujours extrêmement développé, à ce point que la plus légère plaisanterie devient souvent une cruelle offense, subie avec indignation, et contre laquelle il n’y aura pas assez de larmes pour protester. Tout devient un sujet de drame. L’existence apparaît comme la scène d’un théâtre. La vie régulière, simple, facile, qu’amène le va-et-vient de chaque jour, est transformée par les hystériques en une série d’événemens graves propres à tous les développemens dramatiques. Elles sont sans cesse à jouer avec un égal succès la comédie et la tragédie sur les scènes plates delà néalité. Rien n’est plus simple que de vi\Te;rien n’est plus compliqué que la vie ; a dit un écrivain. Les hystériques sont de ce dernier avis ; elles ne comprennent pas la simplicité. Terreur, jalousie, joie, colère, amour, tout est exagéré, hors de proportion avec les sentimens justes et mesurés qu’il est convenable d’éprouver.

Il semble qu’il y ait chez tout être humain deux forces contraires : le sentiment et la volonté. Par la volonté on arrive (ou on croit arriver, ce qui est tout un) à dompter ses sentimens, à faire taire l’exubérance instinctive et passionnée de la nature brute. On est maître de soi, compos sui, comme disaient les anciens. On sait que telle chose est bonne à dire, telle autre bonne à cacher, qu’il y a des sentimens nobles et des passions basses, qu’on doit obéir aux uns et écraser les autres. Les hystériques ne savent pas tout cela; elles ne comprennent pas ce qu’on entend par pouvoir dominateur de la passion. La passion les mène, et elles se laissent conduire où la passion veut. Si c’est le vent de la colère ou de la jalousie qui souffle, tant pis ; elles se laissent aller, sans opposition, à la colère ou à la jalousie.

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Tant mieux, si c’est le vent de la charité ou de rohéissancc,car elles seront alors charitables ou obéissantes. Si la fantaisie de dire une impertinence ou une inconfîruité traverse leur cervelle, voilà que déjà l’impertinence ou l’incongruité est lancée. Les hystériques sont un peu semblables aux personnes qui ont pris du hachich. J’ai raconté plus haut ce qui m’était arrivé après avoir pris une petite dose de cette substance. N’étant plus maître de niQi, je me laissai aller sans détour à l’enthousiasme qu’avait provoqué un accident insignifiant. Cette exubérance, que je ne pouvais maîtriser, m’a sans doute rendu ridicule aux yeux des étrangers qui étaient à côté de moi.

Aussi ne sait-on jamais exactement à quoi s’en tenir sur les sentimens de-telle ou telle personne hystérique. Toute prévision serait téméraire, et il y aura autant de bonnes raisons pour trouver cette personne bien disposée que pour la trouver mécontente. Ses sentimens d’ailleurs seront très passagers, et elle ne croira pas nécessaire d’établir de transitions entre le rire et les larmes, le dépit et la satisfaction. Sa mauvaise humeur durera « le tenips de retourner un sablier ; » et elle se comportera comme les enfans qu’on fait rjre aux éclats, alors qu’ils ont encore sur la joue les larmes qu’ils viennent de répandre.

Malgré cette mobilité, cette spontanéité irrésistible, les hystt^ riques mf^nquent absolument de franchise : elles sont toutes plus ou moins menteuses; moins peut-être pour faire un mensonge intéressé que pour Oh forger d’inutiles. Elles ont l’amour du mensonge ou plutôt de la tromperie- Rien ne leur plaît plus que d’induire en erreur ceux qui les interrogent, de raconter des histoires absolument fausses, qui n’ont même pas l’excuse de la vraisemblance, d’énumérer tout ce qu’elles n’ont pas fait, toiit ce qu’elles ont fait» avec un luxe incroyable de faux détails. Ces gros mensonges sopt dits audacieusement,, crûment, qvec UH

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sang-froid qui déconcerte. Le médecin qui examine des hystériques doit songer sans cesse qu’elles veulent le tromper, lui cacher la vérité, et lui montrer des choses qui n’existent pas, aussi bien que lui dissimuler celles qui existent. Les enfant sont dans ce cas, et c’est une grosse erreur de les croire pourvue d’une sincérité native. Personne n’est moins sincère qu’un enfant; n cet âge on ment effrontément et pour le plaisir de mentir. Chez les races inférieures, rebut de l’humanité, et qui par leur infériorité se rapprochent des enfans et des hystériques, on retrouve cette même tendance à la tromperie. La loyauté et la sincérité ne sont pas nées avec nous. Ce ne sont pas des dons naturels : ce sont des conquêtes sur la nature brute, et, si l’homnte fait est loyal et sincère, c’est qu’il a su corriger ses instincts mauvais.

On voit combien l’hystérie diffère de la folie. Dans la folie, l’intelligence est profondément atteinte, tandis que l’hystérie est plutôt une forme de caractère qu’une maladie de l’intelUsence. De là l’intérêt psychologique de cet état. L’intelligence est brillante, la mémoire sûre, l’imagination vive. Il n’y a qu’uq seul côté défectueux dans l’esprit, c’est l’impuissance de la volonté à refréner la passion. La volonté semble être en effet le rouage le plus délicat de l’organisme mental , et, dès. qu’une suhstanee toxique vient troubler les fonctions intellectuelles, elle débute toujours en supprimant l’influence de la volonté sur les mouveraens de la passion.

L’hystérie, au moins dans sa forme légère, est extrêmement fréquente. Les causes qui la déterminent doivent dope être très communes. L’une des principales est l’hérédité. Si le père ou la mère ont un tempérament nerveux, il est vraisemblable que la fdle sera prédisposée à l’hystérie. Entendons-nous bien cependant sur le sens du mot hérédité. Il n’est pas nécessaire que la

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même forme de maladie se retrouve chez les pareils et chez les enfans. Pourvu qu’il y ait chez les parens du nervosisme, ce nervosisme, chez les enfans, se reproduira sous divers aspects. Par exemple un père épileptique peut avoir un fils idiot, un fils fou, et une fille hystérique. Cette loi de la fatalité héréditaire est également vraie, lorsqu’au -lieu d’une maladie nerveuse aussi grave que l’épilepsie ou la folie, il s’agit simplement d’un tempérament nerveux. De même que la couleur des cheveux, la configuration du nez et le timbre de la voix se ressemblent chez les parens et les enfans, de même la forme du caractère se transmet d’une génération à l’autre. L’observation médicale de plusieurs siècles se rencontre avec le bon sens vulgaire. Au temps de la sorcellerie, la fille d’une sorcière, c’est-à-dire la fille d’une hystérique, était fatalement considérée comme sorcière, et il n’était pas besoin de chercher d’autres motifs d’accusation.

D’ailleurs les causes accessoires viendront aider cette infiuence prépondérante de l’hérédité. Une jeune fille élevée dans une certaine recherche, et qui voit autour d’elle ses compagnes d’autrefois parvenues à une situation meilleure que la sienne, deviendra hystérique, parce que le sort ne lui a pas donné les satisfactions rêvées. Les songes déçus, les illusions évanouies, les espérances chimériques, sont des motifs presque su ffisans pour faire naître l’hystérie. A Paris, par exemple, et dans les grandes villes , où les jeunes filles des classes inférieures et de la petite bourgeoisie reçoivent une éducation supérieure à leur état social, l’hystérie est très fréquente. En effet il est souvent bien difficile de trouver le mari idéal qui a été rêvé. Le mariage n’est donc pas un remède ; car les difficultés mesquines, quotidiennes, et les soucis étroits du ménage seront une pâture insuffisante aux A'astes aspirations d’une imagination déréglée, .\ussi, chez certaines jeunes filles, comme chez certaines jeunes Jtemmes, qui n’ont

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