I.l;s ÜKMOMAQLKS u’aUJOUKu‘'hU
que l’application sur la peau de certains métaux, or, argent, cuivre, zinc, guérissait les névpjgies, les migraines, les paralysies. Cependant personne ne songea à vérifier scientifiquement cette étrange allégation. On ne parla plus du docteur Burq. ^^ui cependant conUnua à soutenir que le traitement des maladies nerveuses par les métaux faisait obtenir des cures merveilleuses. Il esi probable qu’il aurait ainsi prêché dans le désert jusqu’à la fin de ses jours, si M. Charcot n^avait songé à refaire ces expériences. Or il se trouva qu’elles étaient exactes, au moins en partie. Si l’application de métaux ne donne que des résultats médiocres dans beaucoup de raaladjes nerveuses, il n’en est pas moins vrai que chez les hystériques, et en particulier celles qui sont anesthésiques, ce mode de traitement modifie singulièrement les symptômes de fa maladie. Il suffit d’appliquer sur la région insensible des pièces d’or, ou d’argent, ou un autre métal, pour que, quelques heures après, la sensibilité soit complètement revenue; certaines malades guérissent avec l’or, d’autres avec l’argent, d’autres avec le zinc ou le cuivre. Aussi le procédé thérapeutique qui consiste à appliqqer sur la peau des pièces de métal a-t-il reçu le nom de métallothéfapie.
Quelque étranges que puissent paraitre ces faits, ils ont été maintenant trop de fois vérifiés, tant en France qu’à l’étranger, pour qu’on puisse les révoquer en doute. Du reste, des recherches ultérieures ont révélé de quelle manière agissent les métaux lorsqu’ils sont appliqués sur 1^ peau. Il se développe, par suite du contact entre le métal et la peau humide, imbibée de sels, de très-faibles courans électriques. Ces courans, trop peu intenses pour être sentis, sont assez puissans cependant pour modifier l’état des nerfs sensibles, de sorte qu’ils font disparaître l’anesthésie, et rétablissent la sensibilité. L’expérience a été faite directement, et a rendu très-probable cette hypothèse, que la
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métallothérapie n’agit qu’en donnant naissance à de très-faibles courants électriques, courans qui excitent les nerfs sensibles paralysés, et font renaître la sensibilité.
Les aimans peuvent être assimilés à des courans électriques faibles. Or l’action de l’aimant sur la peau insensible parait être à peu près la même que celle des métaux. Les phénomènes sont extrêmement nets ; mais, au lieu de guérir l’anesthésie, les aimans la modifient en ce sens que l’anesthésie d’un côté disparait pour passer de l’autre côté : c’est ce qu’on a appelé le transfert. Si, par exemple, à une malade insensible du côté droit ou applique un aimant, au bout d’une demi-heure, je suppose, le côté droit sera devenu sensible, tandis que le côté gauche aura perdu sa sensibilité. Il semble que, sous l’influence des forces électriques développées par l’aimant, la maladie, ne pouvant disparaître, se déplace, et que rinsensibilité du côté malade, devenu sain, ait été gagner le côté primitivement sain. Cette mobilité dans les phénomènes n’exclut-elle pas toute hypothèse d’une lésion matérielle profonde des centres nerveux ?
Tous ces faits de métallothérapie et de magnétothérapie ont un grand intérêt en physiologie comme en clinique ; mais l’exposé en est fort aride, et je crains que ce court aperçu ne paraisse encore trop long. D’ailleurs, j’ai hâte d’arriver à la description des symptômes qu’on pourrait appeler démoniaques, et qui constituent la grande attaque d’hystéro-épilepsie.
Il n’est peut-être pas de spectacle plus effrayant que celui de ces accès démoniaques. Le corps est agité de treinblemens et de secousses violentes. Tous les muscles sont contractés, tendus, au point qu’on les croit toujours sur le point de se rompre. Des bonds prodigieux, des cris et des hurlemens épouvantables, des vociférations confuses, des contorsions inouïes qu’on n’aurait
LES DÉMONIAQUES d’aUJOURD’HUI.
jamais supposé une créature humaine capable de faire, tel est le hideux tableau que présente une hystérique lorsqu’elle est en proie à une attaque. On s’étonne moins, lorsqu’on a assisté à des scènes de cette nature, que la naïve crédulité des hommes du moyen âge y ait vu l’intervention des esprits malins, et ait supposé que les démons seuls peuvent provoquer un si furieux déchaînement de toutes les forces du corps humain.
Cependant, à mesure qu’on étudie de plus près les attaques d’hystérie épileptique, on s’aperçoit que, malgré ce désordre violent, la maladie présente des périodes régulières, bien distinctes. Rien n’est livré au hasard. Chaque symptôme, quelque désordonné qu’il paraisse, se manifeste à son heure, avec une régularité, je dirais presque une ponctualité, surprenante. M. Charcot et ses élèves (1) ont montré qu’il y avait à l’accès démoniaque trois périodes bien caractérisées.
La première période est analogue à l’attaque d’épilepsie proprement dite. Brusquement il y a perte de connaissance. La malade tombe par terre. Ses muscles se contractent, sê raidissent; la face bleuit; le cou se gonfle; les traits de la figure font une grimace horrible ; les bras se flécljissent ; les poings se ferment; quelques instans après, tous les muscles sont animés detremblemens convulsifs qui vont, en augmentant d’abord, puis en s’affaiblissant de plus en plus. Enfin, les muscles, épuisés par cet effort violent et prolongé, se relâchent ; un sommeil complet, stupide, profond, succède à l’accès tétanique.
Cependant ce sommeil dure très peu de temps, et quelques minutes à peine après le début de l’attaque apparaît la seconde
(1) Paul Uicher, Étude descriptive de la grande attaque hystérique, 187!). Les uooibren.x dessins annexés à cet ouvrage, ainsi que les belles pliotocraphies de .MM. Recnard et llourneville (Iconographie photographique de l'i Salpétrière), permettent de se faire une très bonne idée des différentes pé' riodes d’une attaque d’bystérie épileptique.
l/lIOMMIC KT L’iNTIXI.IOKNr.K.
période, celle que M. Charcot a appelée période de clovmmne, car elle rappelle les attitudes bizarres et les dislocations invraisemblables dont les clowns nous donnent le charmant spectacle dans les cirques. A ce moment de leur accès démoniaque, les malades exécutent des bonds prodigieux. Le corps se courbe en arc de cercle, de sorte qu’il ne repose plus sur le lit que par la tête et les pieds. La figure est grimaçante, quelquefois terrible, et les traits tirés en tous sens donnent une expression hideuse à la physionomie ; quelquefois tout le corps se soulève d’un coup, brusquement, puis retombe pesamment sur le lit. « La malade ePtre en furie cohtre elle-même, dit M. P. Richer en décrivant une de ces attaques ; elle cherche à se déchirer la figure, à s’arracher les cheveux, elle pousse des cris lamentables, et se frappe si violemment la poitrine avec son poing qu’on est obfigé d’interposer un coussin ; elle s’en prend aux’ personnes qui l’entourent, cherche à les mordre, et, si elle ne peut les atteindre, déchire tout ce qui est à sa portée, ses draps, ses vêtemens ; puis elle se met à pousser des hurlemens de bête fauve, frappe son lit de la tête en même temps que des poings, répétant ce mouvement jusqu’à satiété ; elle se redresse, jette les bras de tous côtés, fléchit les jambes pour les étendre brusquement, secoue la télé en la balançant d’avant en arrière, et en poussant de petits cris rauques, ou bien, assise, elle tourne alternativemènt le corps d’un côté à l’autre en agitant les bras. »
Ce qui n’est pas moins surprenant que cette violence de l’atlaque, c’est la facilité avec laquelle on peut l’arrêter. Tout ce dé bordement effréné cesse subitement si l’on comprime l’abdomen. Il semble que le point de départ de l’accès démoniaque soit dam l’ovaire; car, en appuyant fortement la main sur l’abdomen, précisément au point qui répond à l’ovaire, aussitôt la fureur cesse, 1 I conscience revient. La pauvre démoniaque, revenue à elle.
LKS nKMONlA.QUKS d’aUJOUHD’hUI.
jette un regard étonné sur ceux qui l’entourent, ne comprenant pas tout d’abord pourquoi on s’est ainsi réuni près de son lit ; car, lorsque son accès a commencé, elle était seule, et de tout ce qui s’est passé depuis, elle n’a conservé aucune connaissance. Pendant tout le temps que l’ovaire est comprimé, la malade a toute sa conscience; elle peut remettre en ordre ses vêtemens que les contorsions ont dérangés, causer, rire, s’amuser tranquillement avec ses voisines; mais,siron vientà relâcher quelque peu la compression de l’ovaire, aussitôt l’accès reprend avec autant de force qu’auparavant. En comprimant de nouveau l’ovaire, l’accès cesse encore. Si une phrase avait été commencée, puis interrompue par l’attaque, la phrase est reprise à l’endroit où elle avait été interrompue. Pendant l’attaque, il y a eu une absence complète : la vie intellectuelle avait absolument disparu, et elle recommence dès que l’accès a pris fin, comme si rien ne s’était passé. Pour prendre une comparaison grossière, mais intelligible, il semble que la compression de l’ovaire soit à l’attaque d’hystérie comme un robinet est à l’écoulement d’mi tnyau rempli d’eau. Si l'on tourne le robinet, l’écoulement cesse, pour reprendre dès qu’on a de nouveau ^emis le robinet dans la position primitive. De même, en comprimant Tovaire, on fart cesser l’attaque hystérique, qui recommence dès qu’on ne comprime plus. A la Salpêtrière, les malades connaissent si bien ces phé-
noraènes que, dès qu’une d’entre elles est prise d’une attaque, les autres se mettent aussitôt à son lit, et compriment l’ovaire, fût-ce pendant plusieurs heures, pour faire cesser l’accès démoniaque.
Si nous appelons indifféremment ces attaques accès démoniaques ou accès dhystéro-épilepsie, c’est que pendant longtemps on a cru que les démons éiaient les agens réels, vivans, qui provoquaient ces phénomènes morbides effrayans. Les symptômes sont tout à lait les mômes, et il suffit de lire la description de
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l’attaque démoniaque d’autrefois pour reeonnaitre qu’elle est absolument identique à l’accès hystéro-épileptique d’aujourd’hui. Voici ce que raconte à ce propos Esprit de Bosroger, père capucin, qui était chargé d’exorciser les religieuses de Louviers « Le jour delà Pentecôte (1644), le même Dagon (c’était le nom du démon qui possédait la sœur Marie du Saint-Esprit) fut quatre bonnes heures dans la plus grande rébellion qu’on puisse imaginer pour empêcher la fille de communier, et, pendant tout ce temps-là, il fit souffrir à la fille d’étranges contorsions, la jeta par terre plusieurs fois, lui fit faire cent bonds, cent courses autour de l’église, la fit pousser, choquer et renverser le monde... 0 bon Dieu! quels étonnans mouvemens! quelles étranges contorsions I quels furieux roulemens, tantôt en boule, tantôt en d’épouvantables figures I Quelles fréquentes et rudes convulsions en de si délicates créatures, et avec tant de réitération et de renforcement! L’on m’aura beaucoup persuadé, je vous assure, quand je croirai que les hommes sensés et judicieux feront passer toutes ces convulsions pour maladie, et tous ces étranges mouvemens et roulemens pour gentillesse de bateleurs. Mais ce qui démonstrativement convainc tout esprit humain, et qui est entièrement sans réplique, et ce que hautement ont avoué tous les fameux médecins, est ceci : qu’il est du tout impossible que des convulsions, et de si terribles, arrivent naturellement par maladie, durent si longtemps, reprennent si fréquemment, et qu’elles soient sans lassitude après qu’elles sont passées, et enfin qu’elles ne détruisent pas le sujet. »
(1) La Piété ngUgée, ou Discours historique et théologique île la possession des religieuses dites de Sainte-Élisabeth, à Louviers, par Esprit de Bosroser, capucin. Rouen, 1682, p. 237. C’est cet ouvri\.ce e.xtrêmenient curieux que Michelet appelle un livre immortel dans les annales de la bêtise humaine. Nous aurons l’occasion d’y revenir. .\u demeurant on pourra déjà juffer du style (l’Esprit de Bosrocer par la citation que nous donnons ici.
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N’en déplaise au brave capucin, ces accès de démonomanie: sont une maladie véritable. On peut en classer les symptômes, les phases, le début, le milieu et la fin, et on peut affirmer que les « étranges roulemens » de la sœur Marie de bouviers appartiennent à la seconde période de l’accès hystéro-épileptique.
A la troisième période, on n’observe plus ces attitudes bizarres, acrobatiques, qui ont caractérisé la phase précédente. Les membres ne sont plus projetés dans tous les sens par l’excitation démesurée de la moelle épinière. La vie cérébrale, qui, depuis le début de l’attaque, avait été complètement abolie, est revenue, et la conscience a reparu, au moins en partie. C’est le moment où se dressent des hallucinations de toute sorte, tantôt gaies, tantôt tristes, tantôt amoureuses, tantôt religieuses ou extatiques. Chaque fois qu’une image a surgi dans l’esprit, aussitôt les mouvemens des membres, les traits de la physionomie, l’attitude générale du corps, tout se conforme à la nature de cette hallucination. Ces poses, ces attitudes passionnelles , ont une vivacité, une vigueur d’expression qu’on ne saurait retrouver ailleurs. Le plus habile acteur ne sera jamais en état de représenter l’effroi, la menace, la colère, avec autant ^e véracité et de puissance que ces pauvres fdles hystériques, qui se démènent agitées par un furieux et mobile délire. Celle-là se croise les bras et lève les yeux aux ciel dans une attitude de religieuse admiration, comme si elle voyait les nuages s’entr’ouvrir pour lui montrer des saints ou des dieux. Cette autre parle à sa petite fille dont elle est éloignée depuis longtemps et à qui elle adresse les plus tendres paroles. Celle-ci voit des animaux immondes, des lézards au bec rouge, aux yeux tout sanglans, des chauves-souris énormes, et ses traits expriment une indicible horreur.
En général, on observe toujours deux variétés de délire répondant à deux formes d’hallucinations. Il y a la forme gaie et la
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forme triste. Le |jIijs souvent elles se mf-laiificnt et passent aver une extrême rapidité de l’une à l’autre. « M..., dit .M. Paul Richer, est avee e Ernest ’ » en partie de plaisir dans un restaurant des environs de Paris, où les tables sont dressées sous des treillages garnis de fleurs et de plantes grimpantes. A droite est une négresse entourée d’hommes noirs aux bras robustes, tatoués, complètement nus, qui saisissent la malheureuse négresse par les cheveux et veulent la scalper. Le sang coule à flots sur le visage de l’infortunée, qui pousse des cris lamentables, et appelle au secours. A gauche, au contraire, le spectacle est bien difïérenf. Il y a une société nombreuse. Ernest a une foule d’amts qu’accompagnent d’autres jeunes filles. Tons les personnages n’ont pour vêlement qu’une large ceinture rouge, à l’exception d’Ernest, qui porte un costume espagnol. On s’attable, on mange des huîtres, on boit du vin blanc, on chante, on rit beaucoup. »
En somme, chaque démoniaque a une forme de délire qui lui est propre, de sorte que les divers accès se ressemblent toujours chez la même hystérique. Ce sont les mêmes personnages qui apparaissent, les mêmes scènes qui se reproduisent à toutes les attaques. L’ordre dans lequel les hallucinations ont lieu n’est pas modifié, et pour peu qu’on ait déjà assisté à quelques accès subis par la même malade, on peut prévoir la fin de son attaque par la nature de ces hallucinations. Chez l’une, c’est la fanfare d’une musique militaire ; chez une autre, c’est le bruit du chemin de fer ; chez une autre encore, c’est l’apparition d’animaux immondes, de vipères, de corbeaux, de crapauds, de rats. La régularité de ces délires frénétiques est bien faite pour surprendre. A entendre les vociférations, les hurlemens des démoniaques, à
(1) Des uouis de jeunes fieas oui remplacé les noms de diables que les liéinoniaques d’nnlrefois doimaieul aux persounaïesde leurs iialluciiiatiüus.