I.KS nK,\IOMAfJ[ ES D AUTREEOiS. 3li
(éclairée, le grand repas du peuple ; d’autre part, vers le bois, le ehreur de cette église dont le dôme est le ciel. J’appelle chœur un tertre qui domine quelque peu. Entre les deux, des feux résineux à flamme jaune et de rouges brasiers, une vapeur fantastique. Au fond la sorcière dressait son Satan, un grand Satan de bois, noir et velu, ténébreuse figure que chacun voyait diversement. »
Ces descriptions, qui sont d’un poète plus que d’un historien, ne sont guère faites pour entraîner la conviction, et il ne faudrait pas lire beaucoup de récits de sabbat, encore qu’ils s’accordent entre eux, pour être convaincu que cette conception de l’assemblée des sorcières est fantastique, et résulte de l’imagination délirante de malheureuses hystériques. Lorsqu’il s’agit de confessions faites sous la torture, est- il possible de leur accorder quelque valeur? Souvent, il est vrai, ces confessions, ces aveux étaient spontanés ; mais pourrait-on prouver qu’ils ne sont pas A dus au délire ou à la démence ‘ ? D’ailleurs, pour l)eaucoup desorcières, il y avait un prélude nécessaire au départ pour le sabbat ; c’était l’onction avec certains^ onguens dans lesquels la belladone et la mandragore jouaient le principal rôle. Or on sait (pje ces solanées sont des poisons qui agissent sur l’intelligence,
troublent la vue et les sens, et, même à dose assez faible, pro-
voquent une sorte d’ivresse. Voici, entre cent autres semblables, un des récits de Bodin : « Auprès de Rome, l’an 1526, il y eut
ü) Un seul ex«au>lü, pris entra mille, luoalrera que le sabbat ne peut t-'uère être considéré que comme une lialluciuatiou pure et simple. « Quelqu’un soupçonnant sa servante d’étre sorcière, et elle le niant, il se résolut de veiller toute une nuit, et Tayant attachée à la jambe bien serré, elle étantauprèsdufeu une nuit qu’elle devaitallerau sabbat, tout aussitôt qu’elle faisait le moindre semblant de dormir, il l’éveillait rudement ; néanmoins le diable triompha : car elle fui au sabbat, confessa y avoir été, et lui eu dit toutes tes parlicularités confirmées par une infinité d’autres. » (De Lnncre, IGlüj. Cet aveu doit donner a réllèchir sur les autres aveux, seudjlahles;
un paysan, lequel ayant vu sa femme se pcraisser la nuit toute nue, et puis ne la trouvant plus en sa maison, le jour suivant il prend un bâton et ne cessa de frapper jusqu’à ce qu’elle eût confessé la vérité, ce qu’elle fit, requérant pardon. Le mari lui pardonna à la charge qu’elle le mèneroit à l’assemblée. Le jour suivant la femme le fit oindre de la graisse qu’elle avoit, et se trouvèrent tous deux sur chacun un bouc bien légèrement. Se voyant à l’assemblée, la femme le fit tenir un peu à l’écart, et alla faire la révérence au chef de l’assemblée qui étoit habillé en prince pompeusement ; la révérence faite, on se mit à danser en rond, les faces tournées hors le rondeau, de sorte que les personnes ne se voyaient pas en face. La danse finie, les tables furent couvertes de plusieurs viandes ; alors la femme fit approcher son mari pour faire la révérence au prince, puis il se met à table avec les autres, et, voyant que les viandes n’étaient pas salées, il cria tant qu’on lui apporta du sel, et, devant que de l’avoir goûté, il dit ; « Loué soit Dieu que le sel soit venu !» A ce mot soudain tout disparut, et personnes, et viandes, et table, et demeura seul tout ayant grand froid, ne sachant où il étoit. Or il étoit loin de Rome de cent milles, au comté de Bénévent, et fut contraint mendier pain et habits, et le huitième jour il arriva en sa maison, fort maigre et défait, et alla accuser sa femme qui fut prise, et en accusa d’autres qui furent brûlées toutes vives après avoir confessé la vérité. »
On trouve dans Bodin, dans Sprenger, dans Del Rio, beaucoup de récits analogues. La sorcière se graisse avec certains onguens; tout d’un coup elle est transportée dans les airs, soit sur un bouc noir qui se trouve là tout exprès, soit sur un manche à balai, soit sur tout autre véhicule aussi commode. Elle arrive au sabbat ; elle y trouve des démons qui dansent; elle danse avec eux, et avec des sorcières et des sorciers venus des villages voisins.
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Voilà ce qu’avouent toutes les accusées, voilà ce qui se trouve dans tous les livres. Mais est-ce que vraiment ces aveux peuvent servir de témoignage suffisant? Est-ce que les affirmations de raille pauvres femmes, folles ou hystériques, doivent servir de base à l’histoire ? Les historiens de ce siècle sont plus exigeans que les inquisiteurs du temps passé. Nous avons peine à croire que d’immenses assemblées aient pu se tenir pendant plusieurs siècles, depuis l’an 1300 à Toulouse jusqu’à l’an 1612 en Béarn, sans que personne ait pu surprendre en flagrant délit quelqu’une de ces sorcières. C’est toujours sur leurs aveux qu’on s’appuie pour les condamner, à moins qu’on ne les surprenne le matin courant toutes nues dans la campagne, ce qui indique la démence ou l’hystérie, mais ce qui ne prouve en rien l’existence d’une assemblée du sabbat, présidée par le diable.
Ce ne sont pourtant pas les témoignages qui manquent sur ce diable. Voici comment le décrit de Lancre : « Le diable au sabbat est assis dans unt: chaire noire avec une couronne de cornes noires, deux cornes au cou, une autre au front, avec laquelle il éclaire l’assemblée, les cheveux hérissés, le visage pâle et trouble, les yeux ronds, grands ouverts, enflammés et hideux; une barbe de chèvre, la forme du col et tout le reste du corps mal taillés, le corps en forme d’homme et de bouc, les mains etles pieds comme unccréature humaine,saufquelesdoigts sont tous égaux etaigus, s’appointant par les bouts, armés d’ongles, et les mains courbées en forme de pattes d’oie, la queue longue comme celle d’un àne. Il a la voix effroyable et sans ton, tient une grande gravité superbe avec une contenance d’une personne mélancolique et ennuyée. »
Faut-il voir dans cette image la fantaisie d’une des nombreuses sorcières que de Lancre a fait brûler (soixante en ([uatre mois;, ou bien la peinture vraie d’une idole de bois sculptée grossièrement par quelque sorcière? S’il en était ainsi, il serait éton-
l’hommk kï i/inti;u-k;i:nck.
nant qu’on n’eût jamais trouvé de semblable simula'*re. Une assemblée de six. mille personnes se réunissant sans laisser de traces serait un phénomène bien merveilleux. N’est-il pas plus simple de croire à l’aberration de toute une population craintive et ignorante ? La question reste donc tout entière de savoir si le sabbat a existé, ou s’il est une hallucination cent mille fois répétée. C’est aux liistoriens à élucider ce problème, et il ne parait pas que l’on ait encore donné des preuves bien fortes permettant d’affirmer qu’il y a eu ou qu’il n’y a pas eu de sabbat.
Quoi qu’il en soit, laissons cette question ténébreuse du sabbat. Aussi bien les croyances superstitieuses ne nous feront pas défaut. Une des plus importantes, et sur laquelle, pour des motifs que l’on comprendra, il nous est interdit d’insister, est relative à l’union du diable avec les sorcières. Dans ce cas, le diable est un incube. L’esprit malin peut aussi, sous la forme d’une femme, jeune ou viiûlle, laide ou belle, s’unir au sorcier. Alors le diable est succube. Pendant tout le xvi® et tout le xvir siècle, succubes, incubes surtout, foisonnent, et il n’est pas de sorcière qui n’avoue ses relations avec le diable. Quant à savoir si le diable peut être père, c’est un des problèmes les plus discutés. L’opinion la plus commune, c’est qu’il est père indirectement, en passant de l’état de succube à l’état d’incube. Les cérémonies infâmes, qui étaient racontées comme propres au sabbat, ont fait croire à Michelet et à d’autres auteurs encore que le sabbat était un rendez-vous de débauche. Combien n’est-il pas plus vraisemblable que les aveux des sorcières sont dus aux hallucinations qui les hantaient, à des visions dénaturé érotique, telles qu’on en constate aujourd’hui, encore de si fréquens exemples ?
La puissancè des mauvais anges est infinie. Il suffit, pour que le diable ou un démon d'ordre inférieur s’empare du corps d’un
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malheureux, qu’il ait commis un oubli, une négligence 'd’un instant. Ainsi une religieuse ayant oublié de dire son Bénédicité en mangeant de la laitue, un diable, qui s’était caché dans cette laitue, s’empara d’elle, et pendant longtemps l’agita de convoitions terribles, jusqu’à ce qu’enün Tévêque, pris de pitié, l’eût triomphalement exorcisée. Un brave homme, nommé Pierre, ayant négligé en se couchant de faire le signe de la croix, se réveille au milieu de la nuit, croyant que le matin est arrivé, et, pensant être sur un terrain uni, se précipite du haut de son escalier, au bout duquel il arriva à demi mort à la grande stupéfaction de tous. N’est-il pas certain que le diable était l’auteur de cette malheureuse illusion ?
Tout ce qui se fait de peu ordinaire, ou même de très ordinaire est attribué au mauvais esprit. Luther y croyait plus que quiconque. Il raconte ses dialogues avec l’esprit malin, qui pendant la nuit cassait les vitres et remuait des sacs de noix sous son lit. Lorsqu’il composait ses ouvrages, Luther avait fort à faire à répondre aux arguments que Satan lui objectait. Une fois, emporté par la colèje, il prit son encrier et le jeta contre le diable avec tant de force que l’encre alla tacher le mur. On voit encore maintenant, dit M. Louandre, la tache d’encre faite par Luther dans sa lutte contre le mauvais ange. Elle se trouve dans la petite chambre de Wartbourg où il travaillait. Le diable, dit quelque part Luther, est un maitre redoutable, qui a dans sa sacoche plus de poisons que tous les apothicaires du monde. D’ailleurs, suivant Del Rio et Sprenger, l’apôtre de la réforme avait bien le droit de causeï' avec le diable, étant lui-même le fils d’une sorcière et d’un démon ‘. Savonarole, lorsqu’il était sur le point de dormir.
(l) Leé caricatures du temps eu fout foi.
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entendait le diable qui l’appelait par son nom, mais en changeant chaque fois la prononciation. Érasme, un grand esprit cependant, s’imaginait tenir des démons en prenant des puces : il admet qu’une ville tout entière a été brûlée par les démons. Mélanchthon rapporte que, lorsque certaines démoniaques arrachaient les poils du vêtement de quelque personnage que c^. fût, ces poils étaient incontinent changés en pièces de monnaie du pays. Michel Servet pensait que dans les ventricules du cerveau Satan était logé et y promenait sa fantaisie. Toutes les fois qu’un phénomène bizarre ou inexpliqué se produisait, aussitôt on y voyait l’action du diable. Un jour qu’Ignace de Loyola faisait des études grammaticales sur les déclinaisons des noms et des verbes, les idées affluaient si rapidement à son esprit qu’il ne pouvait rien apprendre ni rien retenir, et malgré toute l’attention qu’il apportait à ce travail, il lui était impossible de chasser les pensées confuses qui l’envahissaient ou de fixer ses idées sur un point précis. « Je reconnais, s’écria-t-il alors, je reconnais les ruses de notre odieux ennemi, la perfidie et l’astuce du Malin. » — « Je sais un personnage, dit Bodin, lequel me découvrit qu’il était fort en peine d’un esprit, qui le suivait et se présentait à lui en plusieurs formes, et la nuit le tirait par le nez, et l’éveillait, et souvent le battait, et, quoiqu’il le priât de le laisser reposer, il n’en voulait rien faire et le tourmentait sans cesse, lui disant ; Commande-moi quelque chose. »
D’autres exemples montreront bien quelle foi absolue, aveugle, on donnait à la puissance diabolique. Un jour, dit Sprenger, un homme fut changé en âne par une sorcière. Pendant trois ans on lit porter au malheureux jeune homme les plus lourds fardeaux. Enfin, au bout de ce temps, passant devant une église, au moment où on célébrait la messe, et n’osant pas entrer de peur d’être chassé et roué de coups, il se tint devant la porte, pliant
LRS DKMONIAOUES D’ AUTREFOIS.
les pattes de derrière, et joignant les pattes de devant, c’est-àdire les mains, ajoute Sprenger, en les élevant au ciel. Au moment où l’on admirait ce prodige, arrive la sorcière qui sc met à frapper l’àne à coups de bâton. Mais l’on devine bien qu’il s’agissait d’un maléfice ; on la traîne devant le juge, on l’interroge, on la torture, elle avoue son crime, on obtient d’elle qu’elle rende le jeune homme à sa forme première, et, pendant qu’elle expie son crime, le jeune homme revient plein de joie vers les siens (p. 286).
Les pires sorcières sont les sages-femmes, qui, au moment où les enfans viennent au monde, les A'ouent au démon; il en est qui leur coupent les membres avant qu’ils soient baptisés pour composer des onguens magiques ; dans le diocèse de Constance, on brûla une sorcière sage-femme qui avait tué plus de quarante enfants en leur enfonçant une épingle dans la tête.
Les sorcières disposent detous moyens pourdonnerles maladies, priver de lait les vaches, faire tomber la grêle ou détruire les moissons. Pour faire tarir le lait des vaches, il suffit de mettre par terre un seau vide, de planter couteau dans le mur et d’invoquer le diable; aussitôt le diable va prendre le lait d’une vache féconde qu’il porte dans le seau de la sorcière. Un jour, une jeune fille, n’ayant pas été invitée à un festin, et irritée de cet oubli, appelle le diable qui vient à elle, et, comme elle déclare vouloir faire tomber la grêle sur toute la société, il lui accorde sa demande : aussitôt une grêle violente afflige la ville, tandis que la sorcière est enlevée dans l’air par le démon aux yeux de certains bergers. Comme elle rentra dans la ville, les bergers l’accusèrent. On l’appréhende, on l’interroge, et, après qu’elle a confessé toute l’horreur de son crime, elle est brûlée sans délai.
Souvent les sorcières prennent la forme d’animaux. Un jour.
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un bûcheron, pendant qu’il coupait du bois, fut attaqué par
trois chats qui se mirent à lui mordre les jambes. Effrayé, il se défend comme il peut, et, ayant fait le si^ne de la croix, parvient à se débarrasser de ses agresseurs. Il rentre dans la ville, mais aussitôt on l’accuse d’avoir porté un maléfice sur trois femmes qui, -au même moment, ont été grièvement blessées. Il allait être jugé et probablement condamné, si le juge n’avait découvert que ces trois bêtes n’étaient autres que les trois femmes, c’est-à-dire trois abominables sorcières, qui par l’a.ssistance du démon avaient été métamorphosées en chattes. Souvent aussi les sorcières se transforment en louves. Boguet raconte sérieusement cette histoire d’un chasseur qui, ayant coupé d’un coup de fusil la patte d’une louve, s’égare, et va demander l’hospitalité dans un château. Requis s’il avait fait bonne chasse, il veut montrer la patte de la louve, mais, à sa grande surprise, c’était un bras de femme. Le châtelain y reconnaît son anneau de mariage ; il va trouver sa femme, qui cachait son bras ensanglanté. Point de doute ; elle était sorcière et courait la forêt sous la forme d’une louve. On croirait que c’est une fable, si la malheureuse femme n’avait été brûlée.
D’autres fois c’est le diable lui-même qui se déguise en un animal. Il peut être loup, ours, araignée, crapaud, jamais cependant il ne revêt la forme d’un agneau ou d’une colombe. Un jour, en Angleterre, un possédé, toutes les fois qu’on approchait de lui la sainte hostie, poussait des hurlements et des blasphèmes. « Vraiment, disait-il, une araignée mérite plus de respect. » Aussitôt, une araignée, immense et hideuse, descend du dôme de l’église, et, suspendue par son fil, arrive jusqu’à la bouche du blasphémateur. Lorsque les sorcières basques furent brûlées, en 1009, par de Lancre, à la dernière sorcière qu’on brûla, une nuée de crapauds sortit de sa tête ; le peuple se rua sur eux à
LES DliMONIAQUES d’aUTREKOIS.
coups de pierre, mais on ne purent venir à bout d’un crapaud noir qui échappa aux flammes, au bâton, aux pierres, et se sauva, comme un démon qu’il était, en lieu où l’on ne sut jamais le trouver, [xvii]
Il s’agit maintenant de savoir comment le démon pénètre dans les corps. Or il y a deux sortes d’actions : la possession et l’obsession. Dans la possession, le démon s’est emparé complètement du corps et de l’àmé du malheureux. Au contraire dans l’obsession, il n’y a qu’une persécution superficielle, qu’il est facile de combattre par le jeûne, par les prières, par l’aumône. Le plus souvent la possession est un pacte par lequel on s’est voué au diable. Quelquefois cependant ceux qui en sont les victimes ne sont pas les coupables ; il faut les exorciser et non les punir. Les inquisiteurs discutent gravement la question de savoir si le démon entre en substance ou en puissance dans le corps ou dans l’àme humaine, et ils se livrent sur ce point à des argumentations approfondies. Mais c’est surtout le témoignage des possédés que nous devons invoquer à ce sujet. « Je puis me comparer, dit Angèle de Foligno, à quelqu’un suspendu par le cou, dont les mains sont liées derrière le dos, et dont les yeux sont fermés. C’est en me mettant dans cet état que les démons me tourmentent cruellement. Il semble que je sois sans soutien, et que toutes les forces de mon esprit disparaissent sans que je puisse y résister. Quelquefois une colère violente 'et un désespoir amer m’envahissent ; si bien que je ne peux m’empêcher de me déchirer le corps. Je me frappe de coups terribles, de sorte que toute ma tête et tous mes membres sont gonflés de meurtrissures. Ainsi je vois que je suis livrée à de nombreux démons et plongée dans d’horribles ténèbres. » Hildegarde raconte à peu près la même chose. « La noirceur et les fumées diaboliques
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m’obsèdent et m’obscurcissent; une ombre pestilentielle se répand sur tous mes sentiments, et m’empêche de dire telles paroles et faire telles actions qu’il convient. De vrai, ce diable n’entre pas dans l’homme comme diable, mais comme fumée diabolique. Car si c’était le diable lui-même, aussitôt tous les membres seraient réduits en poudre et dispersés par le vent, ainsi qu’il appert de la nature spirituelle du prince des ténèbres, mais Satan se sert du corps de l’homme comme d’une fenêtre, et meut tous les membres à des actions mauvaises, inconj^ues et véritablement diaboliques. » Elle conclut donc en admettant que ce n’est pas le diable lui-même, mais seulement la vapeur méphitique du diable qui pénètre dans l’homme.
Cependant en général les exorcistes sont plus précis; ils admettent plusieurs causes pour lesquelles le démon entre dans les corps, la crainte, la colère, le maléfice et les maladies de l’imagination. Quelquefois il y a un seul démon, quelquefois il y en a plusieurs, rarement toute une légion, c’est-à-dire six mille six cent soixante-six diables. Ces misérables se logent dans le cœur, parfois dans les reins, le cerveau, le poumon, la gorge, l’oreille : ils s’installent aux endroits qu’ils ont choisis, et font du corps humain leur résidence. Le démon profite de la langue du possédé pour proférer toutes sortes d’injures et de blasphèmes ; de ses bras pour s’agiter, se mouvoir en tous sens ; de ses jambes pour faire des bonds étranges et des sauts capricieux. C’est aussi le propre du démon de parler plusieurs langues, et indifféremment le grec, le latin, l’hébreu, voire même l’iroquois et les autres dialectes peu connus. De fait, dans le délire hystérique, l’intelligence étant surexcitée, il peut y avoir, par suite de souvenirs inconsciens, des réminicences inconnues. Quelques aliénistes ont observés des faits analogues. Cela n’avait pas échappé aux médecins du xvi® siècle. « Ceux (|ui ont fréquenté les
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malades et les fréquentent journellement trouveront vraisemblable qu’on peut parler langage étrange, comme grec, lalin, allemand, hébreu, encore qu’on ne soit possédé d’aucun malin esprit. Cela peut procéder des humeurs si véhémentes que, sitôt qu’elles sont enflammées, la fumée d’icelles étant montée au cerveau, fait parler un langage étrange comme nous voyons aux ivrognes » (Louys Guyon cité par Simon Goulard). Un si grand bon sens était rare, et on resta convaincu, jusque au milieu du .xvii® siècle, que, lorsque un malade dans son délire parlait en un langage étranger, c’était le démon qui se servait de la langue du malheureux possédé.
L’approche de l’huile sainte ou d’un objet sacré fait hurler et vociférer les diables. Ce sont des scènes de cette nature que représentent souvent les tableaux des maitres italiens des XV et XVI® siècles. Quelquefois cependant l’esprit malin est plus patient et supporte en silence l’approche des sacrements. Un jour, dit Sprenger, un prêtre possédé du démon fut exorcisé. L’exorciste demanda au démon comment il lui était possible de rester dans le corps du possédé pendant la sainte communion, a C’est, dit le démon, que je me cachais sous sa langue. » Et le malin ajoute, en manière de satanique raillerie ; «Est-ce que,pendant qu’un saint homme passe sur un pont, un méchant ne peut pas se cacher sous les arches ? »
Quand l’exorciste arrive en présence d’un possédé, il doit observer strictement certaines règles pour l’indication desquelles je me contenterai d’énumérer quelques-uns des chapitres du manuel de l’exorciste. — Est-il permis d’exorciser quelqu’un qui ne présente aucun signe évident, mais seulement des probabilités d’obsession ? Est-il utile de demander au démon de quel nom il s’appelle ? Faut-il demander au démon s’il est seul ou accompagné de beaucoup de ses camarades? Peut-on lui de-
L'hoMMK F/r F*INTKLrJfïKNCk.
mander comment il est entré dans le corps du possédé ? Peut-on l’interroger sur les saints qu’il faut invoquer pour qu’il parte, sur ses ennemis dans le ciel et dans l’enfer, sur les paroles qui le feront souffrir le plus, à quelle heure, à quel jour il doit partir.
où il ira pour lors, quel est son chef, si c’est un démon d’ordre supérieur, comme par exemple le grand Lucifer? — « C’est une curiosité dangereuse de demander au diable qui possède un corps d’oü il vient, de quelle légion et de quel ordre de diables il est ; quels morts sont en état de grâce, quels sont les damnés, où est l’enfer, s’il est en cavernes de la terre et au centre d’icelle ; quelles peines les damnés endurent, et quelle est leur gehenne. » Il faut que l’exorciste soit toujours ; très prudent, car il lui arrive souvent d’être déçu et trompé par le démon. Il est bon de se servir d’injures et d’outrages quand on s’adresse au diable, de l’appeler faquin, drôle, cuisinier de l’Achéron, mais on ne doit pas trop longtemps plaisanter avec i
lui, car ces plaisanteries coûtent souvent fort cher. A ce propos, j
Nider nous raconte l’histoire d’un rnoine de Cologne, fameux
exorciste, quoique un peu trop facétieux. Un jour que ce moine exorcisait un possédé, le démon lui demanda en quels lieux il devait faire retraite ; lors le moine lui désigna certain endroit écarté, et se gaudit fort de la farce jouée au malin. Mais, la nuit,
le pauvre moine, ressentant certaines importunités au basventre, se rendit dans le lieu qu’il avait indiqué au démon. Or, à peine y fut-il entré, qu’il fut appréhendé à la gorge par ce démon fort irrité, et si cruellement qu’il en pensa mourir.
Les histoires de démoniaques sont cxtrèmemement fréquentes ! chez les écrivains du xvi" siècle. Comme elles se ressemblent t toutes plus ou moins, il nous suffira d’en rapporter une avec 1
quelques détails. Elle a d’autant plus d’intérêt qu’il s’agit ma- ^