I.KS DKMONIAOUKS oV-VUTHKH-OIS
nifestemeiit d’une hystérique, et la description que nous en donne Le Loyer est assez bien faite pour établir l’identiié de la possession d’autrefois et de l’hystéro-épilepsie d’aujour d’hui.
« La femme possédée étoit de la ville de Milan, de noble famille et de gens de bien. De longue main, le diable s’étoil emparé d’elle, et l’avoit tellement rendue défigurée, qu’elle sembloit plutôt un monstre qu’une femme. Sa face étoit tout effarée et crasseuse, son regard bigle et horrible, sa langue sortoit de la bouche fort longue, accompagnée parfois d’un grincement de dents, son haleine étoit puante, et le mal l’avoit rendue privée de l’usage de l’ouïe, de la vue et de la langue. C’étoit le propre habitacle du diable. Elle fut menée en l’église de Saint- Ambroise, devant saint Bernard qui y estoit. Le peuple avoit gardé espérance que la femme seroit secourue du saint homme. La foule étoit grande du peuple qui accouroit de toutes parts, et saint Bernard d’entrée, enjoignit à un chacun de se mettre en prières et oraisons. Quant k lui, il demeura près de l’autel avec les prêtres et quelques siens religieux, et demanda que la femme lui fût présentée par ses gardes. Ce fut la difficulté de la lui présenter, car le diable qui étoit en elle y résistoit à son possible, ruant des pieds contre scs gardes, reculant en arrière, et à belles dpnts et coups de coude, se voulant défaire d’eux. Enfin, à quelque peine, elle est menée ou plutôt traînée à l’autel, oii étoit saint Bernard, auquel de première abordée elle donna un coup de pied. Mais saint Bernard ne fit contenance de s’é mouvoir de ce coup, et s’approchant de l’autel, se met à genoux
et fait ses prières, aussi froid et tempéré que s’il n’eût rien vu.
Ce fait, il se lève, prend la chappe et commence à dire la messe. Comme il étoit ès secrets de la messe, autant de fois qu’il signoil la sainte hostie, il se tournoit vers la femme, faisant sur elle le
l’homme et l’intellfgence.
si^ne de la croix. A ces signes de la croix, le diable, contre lequel saint Bernard lesapposoit, ne se sentoit moins blessé et offensé que si on lui eût rué quelquesvives estocades qui eussent porté, et faisoit alors de si laides, et étranges grimaces, et se tempestoit en sorte au corps de la femme, qu’on voyoit manifestement qu’il enduroit. Après que saint Bernard eut élevé le corps de Notre-Seigneur, et achevé de dire l’oraison dominicale après l’élévation, il vient à la femme pour assaillir l’ennemi de plus près, et tenant la sainte hostie sur la patène du calice, et, mettant
la patène sur la tête de la femme, disoit telles ou semblables
paroles, parlant au diable : « Voici, esprit misérable et damné, ,
voici ton juge, voici cette grande et immense puissance. A cette j heure, fais-lui résistance, si tu oses; voici celui qui, étant près de souffrir la mort pour notre salut, dit à ses diciples que le prince du monde seroit jeté dehors. Voici ce corps qui fut créé du plus pur sang de la vierge immaculée, qui fut étendu en l’arbre de la croix, qui fut gisant au sépulcre, qui fut ressuscité au tiers jour, et qui en présence de ses disciples monta au ciel.
Et parlant au nom de ce grand Dieu et en vertu de son pouvoir qui t’est bien connu, je te commmande, esprit malin, que tu sortes présentement du corps de cette servante de Dieu, et que tu ne sois si hardi d’y rentrer désormais. » Aces paroles le diable hurlait désespérément, et affligeoit la démoniaque, et montroit assez que c’étoit bien malgré lui qu’il lui falloit abandonner le corps. Ce premier coup d’essai ayant été fait par saint Bernard, il retourne à l’autel et achève la messe, et, après la fraction de tla sainte hostie, et que le diacre eût donné la paix au peuple et congé de s’en aller, aussitôt la paix fut donnée à la femme, et le diable la quitta entièrement, confessant par la suite l’eflîcace et la vertu du saint sacrement de l’autel ’. »
(1) Nous auroDs l’occasion de revenir sur les all.iques de dénionomanie épidt^niique; faisons remarquer seulement l’analofiie de ces attaques avec
Liis demüniaqul;^ d’autuefois. 325
L’eau bénite, les cierges bénits sont puissans pour chasser les diables. — « Après l’eau bénite, il y a le cierge bénit en l’église, la vigile de Pâques, que les diables ne laissent d’avoir en horreur, comine ils ont les lampes ardentes, cierges et chandelles de l’église qu’ils ne peuvent voir, et en fuient la lumière. Beaucoup d’exorcistes, pour faire sortir les diables du corps des hommes, brûlent leurs noms dans le feu du cierge béait. Les diables, à ce brûlement de leur nom, s’en sentent pressés et tourmentés ; ce qui se peut connaître, parce que les diables se tourmentent et tempêtent dans le corps des démoniaques, crient horriblement et disent qu’ils souffrent. L’épreuve s’en lit de notre âge en Nicole Aubry, démoniaque de Vervins, car, l’évêque de Laon exorcisant le diable qui la possédait, et brûlant son nom de Beelzébud dans le cierge de Pâques, Ton voyoit la femme se détordre, mettre son corps en boule et peloton, s’élever en l’air, tirer la langue hors la bouche demi-pied de long, tâcher de sortir des mains de ses gardes, et faire du visage une morgue si hideuse, épouvantable et diabolique, que le plus assuré de ceux qui assistoient au spectacle n’étoit sans avoir peur. »
N’est-ce pas là le tableau singulièrement exact d’une de ces scènes démoniaques qu’on voit à la Salpêtrière, et dont la photographie a fixé le souvenir ? D’ailleurs, ainsi que la physionomie, le langage de Nicole Aubry est bien celui d’une hystérique. Elle malmène rudement ceux qui se présentent à elle pour l’exorciser, et ou retrouve dans ses paroles l’effronterie, l’audace incroyable, ({ue manifestent avec une promptitude et une vivacité surpre-
cellft? des <léiuoniafjues ruoderues. La fameuse Louise Lateau, (Belgique) a aussi des visious où le démon joue uu rôle. « Le démon se montrait à elle, plusieurs fois chaque nuit, sous toutes les formes hideuses; elle était j.dée à terre, rouée, disloquée, et serrée à la porge ; une nuit, elle fut jetée violemment contre uu des barreaux de sa couchette de fer. » {Les SLiijinu- Usés, par le docteur Imhert-Gourheyre, professeur à l'école de médecine de Cle-mont-Ferrand ; Baris, 1873. j
UiCHET. — L'homme el l’iiUelliijenee. 5il
1,’iio.m.Mk kï l’intkLlioence.
nantes.les hystériques aliénées. Tous ceux qui ont été apostrophés par ces malades reconnaîtront que la conversation de Nicole Aubry, ou plutôt dii diable qui la possède, peut être absolumerll comparée à la conversation d’une hystérique *. Maître Louis Sourbéaü, docteur en théologie, commença les conjurations . mais le diable étant monté sur les voûtes se mit à lancer des pierres SUr la tête des assistans, et maître Sourbeau de défîuerpir. L’archevêque de Laon, duc et pair de France, voulut tenter l’aventure. « Ah ! çh, c’est vous, monseigneur, lui dit l’esprit malin ; vous me faites vraiment trop d’honneur, et, pour vous recevoir comme il convient, j’ai convoqué dans le corps de cette lille six diables déterminés. Moi et mes amis nous nous moquons de Jean le Blanc (Jean le Blanc et Jânicot sont les noms que le diable donne à Jésus-Ghrist). Je vous ferai cardinal et pape, si vhus parvenez à me chasser. En attendant; allez dormir, vous avez trop bu en dinant. » Les réformés viennent à leur tour. (1 Je suis serviteur du Christ, dit le pasteur Tournevelles. — Serviteur du Christ? reprend Satan, mais en vérité tu t’abuses, Tournevelles ; tu es pis que moi. » — Heureusement la Yierpe. plus puissante que les prêtres, réformés ou catholiques, somma Satan dé partir. Celui-ci dut obéir, mais en quittant Nicole Aubry, il alla, pour se vènget*, briser toutes les fleurs du jardin de l’évêché. Il partit ensuite pour Genève où l’appelaient tes intérêts de la réforme.
Pour chasser le diable, on peut employer des remèdes médicaux. A la vérité, ces procédés sont souvent insuffisans. Nicolas Myrepse, médecin Rrec et chrétien, donne la recette d’un suffiment ou fumée propre à chasser l’esprit immonde. Ce sufïimenl est composé de barbue en poivrette, de semence d’agnus castus,
(I) Voye;î ('|i. Lonaudre, Histoire ditdiablc, dans la Revue des Deux Mondes, du 15 août 184:2.
U;s DtiMONIAOUKS ü’autui^kois.
conie de cerf, graine de laurier, absinthe, bitume ou goudron de Judée, marjolaine d’Angleterre, cumin éthiopique, auis, castoreum, gatipot ou ongle odorant, gagate, résine de cèdre et poix liquide. D’autres auteurs affirment que le démon se gaUdit lorsque le corps est infecté par l’ittrabile, et que par bonséqueht il est opportun d’administrer des purgations qui chassent cette atrabile. Les sons de la musique sont propres à faire fuir lës démons, et, .si l’on n’en pénétre pas la vraie cause, c’est qu’on est bien peu perspicace. « Les diables ne peuvent prendre récréation en la musique, car lës tourmens, les feux perpétuels^ lé désespoir, ne donnent loisir aux diables de reposer. » Si les circonstances sont graves, il n^ést pas besoin d’être prêtre pour exofCiser ; le premier venu , pourvu qu’il soit animé dé bonnes intentions, pont remplir cet office. Au besoin même, les femnles sont exOrci'-tes. Une religieuse délivra un démoniaque par sa seule parole : « C’était Un paysan venu éh l’abbaye où était la religieuse pour lui apporter la pension que sbn père lui donnait tous les ans. Et le paysan ne fut sitôt eh présence de la religieuse que le diable n’entfa en son corps et ne le tourment§ bien âprement. La religieuse connut aussitôt que c’était le diable, se leva du lieu où elle était, et, toute courroucée et émue, s’adressa au diable avec grande clameur : Sors de cet homme, esprit misérable et damné, sors ! A cette voix, le diable répondit par la bouche dU patient : Et si je sors, où est-ce que je me retirerai ? Or, à l’heure que le diable parlait, passait un petit cochon de lait ; la religieuse dît au diable qu’il entrât en ce cochon j et aussitôt le diable, obéissant, quitta le paysan et entra dans le cochon qu’il étouffa. »
En général, l’exorciste doit être un prêtre. Si le malade est depuis longtemps possédé du démon, il est nécessaire de procéder avec solennité. C’est ce qu’on appelle la procession. L’évêque, revêtu de ses habits sacerdotaux, arrive devant le possédé; on
l/llOM.MI': I:T l/lNTliUJGKNCE.
brûle une image diabolique qu’on a apporUîe à cet ellet, et, avec force prières et formules, on finit par chasser le démon. Voici une de ces formules d’exorcisme. Comme il y en a plus de mille, on comprendra qu'il est impossible de les reproduire toutes : « 0 toi, homicide, réprouvé, diable, esprit immonde, tentateur, menteur, faussaire, hérétique, ivrogne, insensé, je te conjure, par Notre-Seigneur que tu as tenté, de sortir sur-le-champ de ce corps humain ; abîme-toi dans la profondeur des mers, ou perds-toi parmi les arbres stériles, ou dans les lieux déserts que nul chrétien n’habite, que nul homme ne peut aborder, afin d’être consumé par la foudre céleste. Va, serpent maudit, pars, hàte-toi, et en quittant cette créature de Dieu, ne lui fais aucun mal, ni à elle ni à aucune autre, mais enfonce-toi dans les profondeurs de l’enfer jusqu’au jour du dernier jugement. » Qu’il est préférable, le bon sens de Jean Wier ! Il raconte l’histoire d’une bourgeoise flamande qui, allant à la messe avec sa servante, vil la donzelle, pendant qu’on chantait le Gloria en allemand, prise d’une attaque démoniaque terrible. Mais la digne matrone ne se troubla pas, et, rentrant chez elle, administra quelques vigoureux coups de verge à sa servante, ce dont l’autre incontinent guérit. Wier raconte cette histoire avec une satisfaction qu’il ne déguise pas. Il aurait pu citer aussi le fait de saint Grégoire, qui guérit un démoniaque en lui donnant un violent soufflet, [xviiij Quelquefois cependant les brùlemens de cierges, la musique, les formules, les processions demeurent vaines ; plus l’exorciste redouble ses prières, plus le possédé s’agite en contorsions et blasphèmes. Cette perversité et cette puissance du diable consternent le pauvre Sprenger. « Hélas! Seigneur, dit-il, tous tes jugemejis sont justes. Mais qui délivrera ces pauvres possédés, imrlant dans do continuelles douleurs? C’est le malin, qui, par punition de nos péchés, est plus puissant <|ue nous. Puisque par
LKS DKMONIAQUES D’aUTUIIFOIS. PiSi)
des exorcismes licites nous ne savons combattre ses cirots pernicieux, il ne nous reste plus qu’une seule ressource, c’est de châtier plus cruellement les sorcières qui l’ont amené. »
Voilà le suprême moyen, voilà la panacée merveilleuse. Gomme le diable ne peut être atteint directement, il faut agir sur ceux qui ont fait pacte avec lui, sorciers, sorcières, lamies, stryges, nécromanciens, magiciens, vampires. De là toute une procédure, barbare, terrible, expéditive, dont on ne peut lire le récit sans frémir, surtout quand on songe que, parmi les accusés, il n’y avait que des innocens. D’abord il y a les indices. Avant d’être traîné devant le juge, il faut qu’il y ait présomption do sorcellerie. C’est peu de chose que ces indices. Il suffit d’un ou deux témoins. Celui-ci déclare que son champ est ravagé par In grêle et les insectes, alors que le champ de sa voisine est intact et produit de beaux fruits. En faut-il plus pour que le maléfice soit prouvé? Cette femme a des cheveux noirs, et on ne la vil jamais pleurer; de plus elle est belle. Autant de preuves pour qu’elle se soit donnée à Satan, car le Niable aime les femmes qui ont de longs cheveux et un beau corps. Puis il y a le nom ; sorcellerie damnable que de s’appeler Verdelet, Joly-Bois, Saute- Buisson, Verdure, Esprit familier. Blanc démon, tous noms maudits, qui sont ceux du diable. A la vérité, Del Rio réprouve ces i ndices qu’il estime insuffisans. — Un des indices les plus graves, c’est d’être fille de sorcière. L’àge n’a pas d’importance. Les jeunes sorcières sont aussi instruites que les vieilles, car c’est Satan qui leur donne la science. Un jour, raconte Sprenger, un villageois qui se promenait dans les champs avec sa petite fille âgée seulement de huit ans, voyant l’aridité de la campagne, s’écria qu’il voudrait bien avoir de la pluie ; alors l’enfant lui dit naïvement qu’elle était capable do faire (nml)o.r la plnie.^
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« Gomiiiçiil ceiu ? » lui dille père éfonric. — « G esl, (Jii lii peiile, rna mère qui rpe appris; elle ni'a menée à un maître qui n/u donné le pouvoir de faire tomber Teau du ciel quand je voudrais. » Qe disant, elle prit un peu d’eau dans un torrent voisin, et la j< 1 1 en invoquant l’appui du démon. Aussitôt la pluie inonda la campagne. Le père terrifié retourne chez lui, et mène sa femme devant le juge. La malheureuse avoue, et est brûlée ; quant à l’enfant, elle eut sa grâce et fut consacrée à Dieu.
Dès que les témoins ont été entendus, et qu‘’il y a des indices suffisans de sorcellerie, il s’agit de se rendre maître de la sorcière à tout prix; il faut entrer dans sa demeure, en parcourir attentivement tous les recoins, chercher s’il n’y a pas en quelque cachette des instrumens de sorcellerie. Si elle a une servante, il faut emprisonner la servante, car ce témoignage peut être utile à la justice ; en tous cas, il ne faut jamais laisser la sorcière rentrer dans sa maison, car elle se procurerait ainsi des philtres à l’aide desquels elle accomplirait encore quelque nouveau maléfice. Les gens chargés de là saisir doivent l’empêcher de toucher terre, car, en frappant le sol du pied, souvent les sorcières ont pu s’enlever dans les airs. Il est bon, il est même nécessaire, afin d’éviter l’effet funeste de son regard, d’entrer dans son réduit en tournant le dos. Souvent en effet les inquisiteurs ont eu à souffrir d’un maléfice dû à l’œil mauvais d’une sorcière. « Il y a des exemples, dit Sprenger, de lamies, qui, en regardant en face une personne à qui elles voulaient- nuire, lui ont 'ait subitement gonfler toute la ligure, et lui ont donné la lèpre. Ge n’est pas une consolation suffisante que de pouvoir brûler ensuite cet infâme suppôt do Satan. »
Une fois que la sorcière est prise, on la jette au cachot. Et ijuel cachot? Un pourrissoir, suivant l’expression énergiipie (l’.Vxcnfcld : « D’aucuns sont assis par un grand li’oid, que les
r.F,S OKMONIAOI’KS n’AUTRK! OIS.
pieds Ipiir pfNent, et se détachent, et, s’ils récliappent, ils demeurent estropiés pour la vie ; d’autres, en l’obscuvité, sans une lueur de soleil, ne savent jamais s’il fait jour ou nuit, et, parce qu’ils ne peuvent remuer pieds ni mains, ils sqnt mangés par la vermine et les rats. Ils sont mal nourris, joint que le bourreau et ses valets à toute heure les raillent et les injurient. Ils ont des pensées lourdes, de mauvais rêves, des frayeurs continuelles. Aussi voit-on pareilles gens, de patiens, sensés et hardis qu’ils étaient auparavant, devenir moroses, impatiens, mal courageux et denai fols, et a-t-on bien raison de dire : tout prisonnier malheureux. »
Ensuite il fallait comparaître, subir les premiers interrogatoires. On devine en quoi ils consistent. Avez-vous jeté un nialéticp sur le champ de votre voisin'? Avez-vous frécjuenté le sabbat ?
Quelle prudence, quelle sagacité il eût fallu pour déjouer les interrogatoires cauteleux du juge? Les moindres faiblesses sont épiées; les aveux les plus innocens deviennent de terribles ' révélations. On fait les demandes ]§s plus étranges; tous les malheurs privés ou publics qui Ont frappé les habitans du village sont attribués à la pauvre sorcière, qui n’en peut mais.
Voici, par exemple, un extrait de rinieri'ogaloired’Arnoulelte Defrasne ., dit la Boyne des sorcières (lo février 1603) ’.
« Enquise de la cause de son emprisonnement,
« Répond l’ignorer.
« elle dit qu’elle a été emprisonnée pour la réputation «pi’elle a d’être sorcière.
« Répond qu’on l’a emprisonnée ii tort, puiscju’elle n’est telle.
tl) De In ffnrre.llerie et de la Justice rriminelle à VnlenrJennes. pti: Tli.l^om'sp; V .In 1801
l’iiommk kt l’intklligknce
« Chargée d’avoir fait quelque maléfice au fils de Marie Dusart, garçon âgé de douze ans, et qu’il en seroit décédé peu après,
« Répond qu’elle n’est Dieu pour faire mourir les gens, et qu’elle n’est sorcière, et qu’elle n’a rien fait au dit enfant.
« Chargée d’avoir pareillement ensorcelé un autre garçon plus âgé qui en a cependant été guari par exorcisme,
« Répond n’être véritable.
\ « Chargée qu’elle a usé de menaces à l’encontre de Catherine
Rombaud, un jour qu’elle la rencontra sur la rue, et que depuis ses menaces ladite Rombaud étoit tombée en d’étranges maladies jusqu’à jeter des vers à queue, des chenilles et des muchoreilles, et qu’à présent elle ressent encore les effets de ces dites maladies,
« Répond n’être véritable, qu’au contraire elle vérifiera qu’elle étoit malade auparavant.
« Chargée qu’elle auroit fait caresses à un petit enfant du I sieur JeanMembrée, et qu’à l’instant il seroit devenu malade, et
mourut le lendemain,
« Dénie l’avoir caressé, et qu’ayant été à la dédicace (ker- * messe) à son village, elle a appris que l’enfant dudit Membrée
étoit mort. »
Au cas où la sorcière n’avoue pas, il y a des preuves graves I de culpabilité, lorsqu’ellene peut satisfaire à tous les essais qu’on
! tente sur elle. L’épreuve de la balance est fondée sur la légèreté
des complices du diable ; mais cette épreuve, condamnée par I un certain nombre de théologiens, dut bientôt être abandonnée,
j II y avait aus.si l’épreuve par l’eau. En effet, une sorcière, jetée
i à l’eau, surnage. A la vérité, les opinions ne sont pas d’accord
sur ce point; car, suivant certains inquisiteurs, par suite de la nature pesante du démon, au lieu de surnager, les sorcières s’enfoncent dans l’eau. Cette épreuve, tentée communément en
LES nÉMONi \Qri:s n’AL’TiiKi'oi';.
Allemagne, parait à Del Rio sans valeur, et Wier appelle bouchers ceux qui établissent le crime d’une sorcière sur ce seul signe.
Une troisième épreuve consistait à faire un fromage de forme spéciale avec le lait de plusieurs vaches, et à le traverser ensuite avec uue aiguille ; par ce fait on met à nu la trace de la griffe du diable, trace (ju’il a imprimée au front de la sorcière, alors (|ue la malheureuse a renoncé au baptême. L’épreuve du stylot avait une très grande importance. Il s’agissait de chercher si en quelques points du corps existent des parties insensibles; en etfet, le diable, lorsqu’il met sa griffe sur un corps humain, rend insensible le point qu’il a touché ; on a beau piquer, brûler cette région stigmatisée, il ne s’écoule pas une goutte de sang, et la sorcière n’éprouve aucune douleur. Alors le bourreau, pour constater cette anesthésie, enfonçait profondément des aiguilles et des stylets de fer dans le corps. L’épreuve du fer rouge, renouvelée des anciens jugemens de Dieu, et qui consistait à faire tenir à la main par l’accusée un fer ardent, pour savoir s^il produirait ou non une blessure, est généralement récusée, 11 y a plus; si la sorcière demande cette épreuve, c’est un signe qu’elle est protégée par le démon ; elle doit donc être véhémentement suspecte. Un des signes les plus graves, c’est l’absence de larmes « qui est une présomption bien grande, d’autant que les femmes jettent larmes et soupirs à propos et sans propos. » Les sorcières ne peuvent pleurer ; c’est une vérité connue de toute antiquité, et attestée parles auteurs les plus vénérables. Quel- • [uefois l’accusée essaie de donner le change, et de simuler les pleurs ; mais le bon inquisiteur ne doit pas se laisser abuser. Il
lui est même recommandé de pratiquer une conjuration spéciale
pour faire couler les larmes. L’expérience a appris que, s’il s’agit d’une vraie sorcière, plus on lait de conjurations pour appc-
1,’llOMMK KT :.’[\Ti:i,Ur,KNCK.
ai'i
1er les lartnes, moins les larmes arrivenl.il est cepeinlant (hs cas, ajoutent les inquisiteurs, où des sorcières peuvent pleurer, mais ces pleurs sont la preuve de l’astuce du démon : il ne faut pas se laisser abuser par ces apparences, mais chercher des preuves plus certaines pour les convaincre de leur crime.
Souvent aux tortures, aux interrogations, aux conjurations, aux exorcismes, la sorcière ne répond que par Je silence. C’e.O là un maléfice grave, celqi de . la taciturnüé. Ce sil>*nc.c absolu est un des plus redoutables obstacles que rencontre l’inquisiteur. Pour y remédier, il faut raser tout le corps de l’accusée; car souvent le charme de taciturnité est caché entre les cheveux des sorciers. 11 faut chercher s’il n’y a pas quelque part une amulette, un anneau naagique ; le détruire si on l’a trouvé ; choisir de préférence, pour pratiquer les interrogations, c’est-àdire la torture, les jours de fête pendant lesquels le charme n’opère plus, allumer des cierges sacrés et essayer de faire boire à l’accusée de l’eau bénite. Si néanmoins l’accusée n’avoue pas, il est permis de lui faire de terribles menaces, de fausses promesses. Sprenger le dit explicitement, On peut assurer à la sorcière qu’elle aura la vie sauve, au risque de ne pas tenir sa promesse si elle est trop coupable. Au cas où la pauvre femme demande un avocat, le juge pourra refuser quand le crime sera évident. Si le juge l’y autorise, elle pourra chercher un défenseur.
Mais quelles restrictions dans la défense ! D’abord le nom des ténaoips restera secret ; ensuite l’avocat sera à l’avance averti par le juge que, s’il défend une mauvaise cause, c’est à ses risques et périls, qu’il ne doit pas crier trop fort, qu’il n'ait à compter sur aucune rétribution, et qu’enfin, s’il se montre dans sa plaidoirie hérétique, ou plutôt hérésiarque, les juges aviseront. En aucun cas d’ailleurs, l’tvocat d’une sorcière ne doit
M-:s nr.MONiAot’rs n \rrnr,i’ois.
réclamer nne nuire procédure que In pro^’é liiro soiumniro, expéditive, des procès criminels. Il lui est interdit d’interjeter appel ou de demander un sursis. Voilà comment Ips droits do la défense .étaient sauvegardés. Une bulle du pape Inpocent YI{I fait tomber cette bien faible barrière: désormais op copflnmnera les sorcières sans être gêné par le l^avardage 4ès avocats (a strepilu avocat ornm) .
Imaginez maintenant une malheureuse paysanne, hystéri(pic. demi-sauvage et demi-folle, dont l’imagination malade est bnntée par les visions confuses de l’ignorance superstitieuse et de la maladie. On la saisit, on la jette dans un trou noir, puis brusquement, au bout de deux ou trois jours de réclusion, on la mène dans une grande salle tapissée de hideux instrumens, en présence du bourreau. Des hommes sévères soTit devant elle qui lui parlent avec, persistance des visions qui l’ont obsédée si longtemps ; on la dépouille de ses vêtements ; on lui rase les cheveux, on explore avec un fer aigu « tout son cuir; » on Iqi parle de Satan, du sabbat, des maléfices ; on lui montre des images hideuses ; on apporte des cierges, des étoles, des crucifix, une Bible. 0 la maudite I elle les rejette avec horreur ; elle se débat, crie, veut se défendre ; des convulsions de désespoir la secouent tout entière. « Misérable ! c’est toi qui as tué Pierre, c’est toi qui en soufflant sur Brigitte lui as donné la lèpre. Confesse que tu leur as parlé. — Je ne suis pas une sorcière. — C’est toi qui as rendu stériles les vaches de Madeleine et le champ de Claude. Confesse que tu es sorcière. — Je ne sais pas, dit la malheureuse, hébétée. — Avoue, et on te laissera vivre ; avoue, et tu ne seras pas damnée éternellement. — Je ne sais pas. » Et pendant qu’on l’interroge, elle entend le bruit des sinistres préparatifs. Voilà les chevalets, le collier, les roues, les brodequins, les fers rouges, tout l’arsenal de la méchanceté huinaine. lié!
336 L’tlOMMK RT R’iNTRI.MGKNCR.
misérable stryge, (luel est ton espoir? Que n’as-tu déclaré, que ne déolares-tu que tu es coupable? Suis mon conseil, dis tout de suite que tu es sorcière, dis-le, et meurs une fois plutôt que de subir mille morts \
Maintenant que les mœurs se sont adoucies, nous avons quelque peine à comprendre la cruauté de nos pères. Le brave Perrin Dandin, un bon homme cependant, déclare que la tf rt’ire est encore divertissante.
Bon ! cela fait toujours passer une heure ou deux.
Si l’on n’a aucune pitié d’un criminel vulgaire, que sera-ce de la sorcière qui s’est vouée au diable, a rejeté le Christ et mis à mal tant de créatures de Dieu ! C’est à peine si, de loin en loin, on trouve quelque trace de miséricorde : une bulle du pape Paul III pour que la torture ne dure pas plus d’une heure ; un édit du roi Louis XII pour que la torture ne soit appliquée qu’après certains témoignages d’autorité suffisante ; quelques conseils de prudence donnés par Del Rio, qui recommande de ne soumettre un accusé à la question qu’après avoir réuni un certain nombre de preuves.
En général, on ne trouve pas trace de ce noble sentiment, la pitié pour ses semblables. « Il faut, dit Del Rio, un des moins cruels parmi tant de bourreaux, que par la torture l’accusée ne soit pas grièvement blessée, de manière à ce qu’elle puisse rester vivante, soit pour la liberté, soif pour le châtiment. » Ce-
(1) « Il faut, devant qu’appliquer la question, faire contenance de prépa-cr des instrumens en nombre, et des cordes eu quantité, et tenir quelque temps l’accusée en cette frayeur et langueur. Il est aussi expédient, auparavant que faire entrer l'accusée en la chambre de la question, de faire crier qiielqu’un d’un cri épouvantable comme s’il était gehenné, et qu’on die à l’accusée que c’est la question qu'on donne, l’élouner parce moyen et art acher la vérité. J’ai vu un juge qui montrait le visage si atroce et la voix >i terrible, menaçant de faire pendre si on ne disait, q e les acensés confessaient soudain, nyaiiL ]terilu tout courage •
LKS DEMONIAQUES o’aUTUKEOIS. 3;i7
pendant il ajoute: « Pour ce qui est du la-oiement des os et des articulations, il ne peut guère être évité dans la torture. » Bodin, le plus crédule de tous, est aussi le plus cruel. « En Allemagne, dit-il, ils ont une très mauvaise coutume de ne faire mourir le coupable s’il ne confesse, quoiqu’il soit convaincu de mille témoins. Vrai est qu’ils appliquent la question si violente et si cruelle que la personne demeure estropiât toute sa vie. » •Ailleurs il dit : « On le lit étendre avec poulies, et tirer de telle force que les bourreaux étoient las, encore qu’on lui mît des pointes entre les ongles et la chair des pieds et des mains, la plus excellente gehenne de toutes les autres, et pratiquée en Turquie. »
Il y avait deux sortes de questions, la question ordinaire et la question extraordinaire. Toute l’humanité des juges consistait à se contenter de la question ordinaire. (Test d’abord la privation prolongée de sommeil, torture actuellement encore employée en Chine, je crois, et à laquelle les plus courageux résistent difficilement. C’est ensuite la suspension par le cou ou les épaules avec des poids lourds aux pieds. Le patient étant piqué ou recevant des affusions'd’eau glâcée sur le dos, s’agitait, et chacun de ses mouvements redoublait sa torture. Quelquefois l’accusée était mise à cheval sur une pièce de bois triangulaire, dont Tuu des angles faisait saillie, en même temps qu’on attachait un poids énorme à chaque pied. Dans l’estrapade, on disloquait tous les membres. Le collier consistait à appliquer un garrot au cou avec des cordes neuves (ju’on serrait graduellement. La confession extorquée à Taide de ces petites tortures était dite bénévole. Si elles ne réussissent pas, il faut alors avoir recours aux grands’tourmens. Les jambes martelées, les pieds serrés par dos cordes, et des coins de bois eidoiicés entre eux, les mamelles ar-
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iMchées, les bras grillés, les articulations disjointes, les os brisés jusqu’à en faire yssir la moelle.
Un moment arrive Où, épuisée par la douleur, mutilée, sanglante, la pauvre vieille fait signe qu’on s’arrête, et s’écrie: «Confession ! «Alors on l’entoure, le notaire (greffier)écrit soigneusement toutes les monstruosités qu’elle avoue. C’en est fait, elle a avoué sOn crimè. Il n’y a plùs qu’à la punir.
Le procès d’Arnoulette Defrasnes, à Valenciennes, est d’une concision èloquënté : <:( Ladite Arnoulette n’ayant voulu recounoitre la vérité. Messieurs avoient ordonné à l’officier de l’appli- (juer à la question du collier, pendant laquelle elle a de rechet été interrogée comme s’ensuit :
« Interrogats d' Arnoulette lorsqu’elle étoit appliquée à la question.
« S'il n’èst véritable qu’elle ail causé du mal à Catherine Rombaud, et fait qu’elle a jeté une infinité d’ordures, et comme des wrs à queue, dés chenilles èt autres semblables, voire même des inuche-orèillés, par les breilles, et lui avoir envoyé des vermines en telle quantité qu’ellë éu avoit jusqu’aux extrémités des doigts,
« Le dénie.
« Et lui ayant sur ce été liées les jambes àved cordes neuves, et les bras fortèment liés derrière le dos, assise sur la sellette avec le collier au col, pendant quoi elle lançoit quelques cris, pressée de rechef de reconnoître la vérité,
« A persisté èil sa déùégation.
« Si elle il’a, un jour, touché lé mari de la dite, de sorte que, depuis lors, il est déVènu malade, et après un languissement de huit mois il en est décédé,
« Répond qu’il n’est véritable, et ne sait ce qu’on lui veut dire.
« Cliargée d’avoir les marqu-^^ du diable en divers endroits de
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son corps, savoir: derrière l’oreille droite et sut- la luêiné épatlle, aussi une en la cuisse,
« Répond qu’il n’est véritable, s’écriant et se lamentant hautr'mcnt pour la douleur qu’elle disoit sodlRlr, sails cependant jeter aucune larme, ((uoiiju’elle fit mine de pleurer fortement.
« Pressée de dire la vérité,
« Persiste en ses dénégations.
« Ayant été quelque peu plus moléstén par l’exéitation et renouvellement de ses douleurs, avoue qu^elle est sorVière.
« Enquise depuis quand, répond qu’il y a douze ou quinze ans, le diable lui apparut de nuit èn forme de jeune homme, vêtu d’un habit brun, lui demandant si elle voUloit être son amoureuse. A quoi elle répondit que oui. Sur ce, qu’il lui montra plein son chapeau d’argent, et fut avec elle l’espace d’une heure pendant laquelle il lui tint les discours ordinaires aux gehs amoureux... Il se retira après lui avoir donné à reconUoitrë qu’il étoit diable, lui disant qu’il s’appeloit Verdelet. »
la suite de cette confession, Arnoulette fut étranglée et brûlée. Voici l’acte du jugement : ^
« Vu et examiné ultérieurement le procès crimlhëllenièht instruit à la charge d’Arnoulette Defrasnes, ses interrogats et réponses personnelles par le soussigné lieutenant-prévost Lecomte, établies par lui, par lequel elle est atteinte et convaincue d’avoir renoncé à Dieu, à la sainte Vierge, au saint sacrement de bap-^ lême et autres, pour se faire sorcièi’e et se vouer éomme elle ii fait au service du diable, passé vingt-cinq à Vingt-six ans, d’avoir été plusieurs fois aux danses et assemblées nocturnes, y transportée par le diable, son amoureux, qu’elle dit avoir nom Verdelet, y commettant les abominations ordinaires des sorciers, savoir depuis ((u’elle s’est vouée au Sâtan, avoir été plusieurs f is à la sainte coinniuniou, à dessein de lui rapporter la sainte
3'tO l/llOMMIv KT I.’INTKLLIGKNCE.
hostie et la lui délivrer comme elle a fai', d’avoir avec de la poudre qu’il lui avoit donnée fait mourir Pasquet, après une langueur de six mois, d’avoir, par le même moyen, ensorcelé Catherine Rombaud pour la faire languir bon nombre d’années comme elle fait encore présentement... De plus, d’avoir en son retour du sabbat jeté quelquefois de la poudre sur les grains de la campagne, y fait pleuvoir de la grêle et envoyé des brouillards, à la sollicitation et au commandement du dit Verdelet, son amoureux, outre qu’elle se déclare la royne des sorciers, conclut à ce que, pour expiation de crimes si horribles et détestables, elle soit condamnée d’être amenée de la prison sur le marché, devant la maison échevinale, pour, sur un échafaud y dressé à cet effet, y être étranglée et billoignée, et à l’instant brûlée. Ce 23 de mars 1603. »
Il est certain qu’en cherchant dans les archives communales des anciennes villes de France, d’Allemagne, d’Espagne, on trouverait des documents très curieux et très instructifs pour l’histoire de la sorcellerie. Malheureusement, peu de travaux de ce genre ont été faits encoi’e. Aux Archives nationales, à Paris, j'ai trouvé une collection de documens relatifs à la sorcellerie pour une seule ville, Montbéliard, qui était alors ville d’empire. On voit par ces documens, qu’il serait sans doute très intéressant de publier, que la justice de l’empire sévissait sur les sorcière.«, aussi bien que Injustice du roi de France ou de l’inquisition. De 1617 à 1620, on brûle douze sorcières. Voici la formule de la condamnation de l’une d’elles, 1618: « Le nom de Dieu premièrement invoqué, est condamnée ladite Pierrote, pour scs sortilèges, blasphèmes, apostasies, et autres crimes et délits, des- ([uels elle est suffisamment atteinte et convaincue, d’être mise en main du maitre exécuteur de la haute justice, et par lui-même au lieu et place où on a accoutumé d’exécuter les malfaiteurs en
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dernier supplice aliii d’ètre brûlée vive, de son corps réduit en cendres, la condamnant aux dépens, en déclarant le surplus de ses biens confisqués au profit de son altesse. »
Le mémoire de l’exécuteur ne s’élève pas à un prix considérable, comme on peut le voir par les chilfres suivants:
« Pour les peines et salaires d’avoir mis et appliqué la feue Jappy (Richarde) à la question ; ayant été à cet elïet tout exprès au Blamont où il a séjourné trois jours entiers... 9 francs.
« Encore pour les peines et salaires de M, l’exécuteur, ayant été une autre fois à Blaùïont à l’effet de, derechef, mettre et appliquer à la dite question la sieure Jappy... 3 francs.
« Pour ses droits et peines d’avoir brûlé et réduit en cendres le corps de la sieure Jappy... 3 francs. »
A la marge on a ajouté le mot nihil, et le conseil, trouvant les prix trop élevés, a décidé : « A l’avenir l’exécuteur aura 4 francs pour ses dépens lorsqu’il fera des exécutions de mort et en dernier supplice, et pour ce qui est des peines du carcan, du fouet, et lorsqu’il appliquera quelqu’un à la torture, il aura 2 francs pour ses dépens. » f
En somme, pour un procès de sorcellerie, tous les frais de justice et tous les droits s’élevaient, à Montbéliard, vers 1620, à 3o0 francs environ.
Les exécutions continuèrent encore jusqu’en 1660. Néanmoins, vers cette époque, les mœurs s’adoucissaient déjà. En 16u6, pour une sorcière nommée Thibaude, la peine fut changée... « Préférant miséricorde à la rigueur du droit, déclarons par manière de modération qu’elle aura la tête tranchée. » En 16o4, une sorcière condamnée à être arse et brûlée toute vive, et son corps réduit en cendres, témoignant quelque repentance de ses forfaits, on l’autorise sur sa demande instante à recevoir auparavant le saint sacrement de la cène. A partir de 1660 (cette année-là, lilCHET. — L’homme et l'inteUiyeiiee. 22
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deux sorcières fureul brùléesj, . il u’y a plus, à .Monlbéliarfl, d’exéculion capitale pour crime de sorcellerie.
Oui, c’est une lamentable histoire que celle de ce passé, mais il ne faut pas en détourner les yeux ave.c horreur, il faut le regarder en lace pour comprendre les bienfaits de la tolérance. Ce que lurent l’ineptie et la cruauté d’autrefois, deux citations de boÿuet, grand juge au comté de Bourgogne ‘, vont nous l’aji-
prendre (les citations en pareille matière sont plus éloquentes
que les discussions): « Le samedi cinquième de juin de l’an lo98, Louise, âgée de huit ans, fut rendue impotente de tuus ses membres, de façon qu’elle étoit contrainte de marcher à quatre, et si de plus elle tordoit la bouche d’une façon fort étrange; ce mal lui continua par quelques jours jcsqu’à ce que ses père et mère, qui prirent opinion à son maintien qu’elle étoit possédée, la lirent exorciser en l’église de Saint-Sauveur. Là se découvrirent cinq démons, les noms desquels étaient: Loup, Chat, Chien, ioli et Criübn, et comme le prêtre demanda à la îille qui lui avoit baillé le mal, elle répondit ([ué c’étoit Françoise Secretain, qu’elle montra au doigt. Pour ce jour-là les démons né sortirent point... Le lendemain matin, sur l’aube du jour, la fille se trouva plus mal que de coutume, mais enfin, s’étant penchée contre terre, les démons sortirent par sa bouche, en forme d’une pelotte grosse comme un poing, et l’ouge comme feu, sauf que le Chat était noir. Les deux que la fille estimoit être morts se partirent les derniers et avec moins de violence que les trois
autres. Tous ces démons étant dehors firent trois ou quatre
voltes à l’entour du feu, et disparurent, et dès lors la fille commença à se mieux porter qu’auparavant. » Voilà pour Tineptie.
(t) Discours exècrabios des sorciers, ensemble l’urs procès, faits dej)uis deux ans en ilivers endroits de ta fyancc, avec tine tnslrurlion poiif un juge en fait de sorcelleri , par Menvy HulupI, rrniid jure au comté «te ltourr'0"UP, rtoucii ; cliez Ituiuaiu de Iteiiuvais-, iu-12. I(iu3.