‹ L'homme et l'intelligenceChapitre 25 sur 71 · LES DÉMONIAQUES D’ AUTREFOIS · texte numérisé non relu

LES DÉMONIAQUES D’ AUTREFOIS

bifurques comme ceux des crabes ; sur sou front s’élèvent deux cornes toutes droites. » En vam Rémi, effrayé, écarquille les yeux pour découvrir Satan : il ne peut rien voir. L’astuce du diable fut telle qu’il ne se montra qu’à l’ànière sa complice. Une si méchante sorcière devait être brûlée : elle le fut en effet.

Parmi les femmes qu’on brûlait, les unes étaient folles, les autres hystériques. A ce titre, la marque du diable, c’est-à-dire l’anesthésie, était le plus souvent constatée. On faisait cette recherche avec d’autant plus de soin que c’est l’indice le plus grave de sorcellerie, et qu’aucune confession ne vaut la trace de la griffe de Satan. Rémi remarque avec raison que l’insensibilité est souvent accompagnée d’anémie. On a beau piquer et couper la peau où le diable a mis sa griffe, c’est à peine s’il s’écoule quelques gouttes de sang, tandis que, tout autour de la marque

diabolique, le sang, dès qu’on a fait une plaie, jaillit abondamment. Enfin l’anesthésie n’occupe que la peau, les parties profondes restent sensibles.

Pour échapper aux douleurs de la torture ou du bûcher, certaines prisonnières essaient de se tuer (rien de plus commun que le suicide dans la folie et dans l’hystérie). Souvent ces desseins aboutissent, grâce à la protection du diable : quelquefois au contraire la tentative de suicide avorte. Dieu dans sa clémence permettant que les infâmes sorcières soient brûlées, fl est encore un autre moyen de se soustraire aux douleurs de la question, c’est de se graisser le corps avec des onguents diaboliques et des poudres maudites (contenant probablement de la mandragore et de la belladone). Il peut même arriver que des geôliei s infidèles vendent ces graisses aux accusées. Elles supportent ainsi plus facilement la douleur, ce dont Rémi, naturellement, prend grande indignation. Il s’étonne surtout de voir certaines femmes envahies, pendant qu’on leur fait subir la question, par une

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L jiümmh: et l intelligence.

sorte de létliargie qui donne lirie insensihililé cdinplète. 11 est probable que cette léthargie diabolique n’était que là lin de l’attaque démoniaque, analogue â celle qiië nous avons décrite dans la première partie dé cette éludé.

A là ïiii dé son livre, kéiiii s’emporte contre les impies qui seraient tentés d’être indulgents pour les sorcières. Mallieür à ceux qui veulent amoindrir le châtiment d’un crime si horrible et exécrable, ailégüàrit pour excuse l’age, lé sexe, l’imprudence ou la fràyédr dés coupables! « tant 'd’itnpiéiés, dé maléfices, de hiohstrüéuses passions, hé peuvent 'être jüsteraerit buois que si l’bh erhpiBié t'düs les tourlhents d’aBoi’d, et le bùbhcr ensuite, v

Sut’ l’épidémie ‘de soi’éélleriè du Jura, nous avons, pàr feogilél, qui malhéul’eüséméhl eût à jiiger beàucoud de sbrciérs dans céüé cdbtréé, des d'éiàils àsséz précis. Ë'oguet, 'comme toüs les coiitéhidbr'âibs; ét plus édécialehiébt lés magistrats, ctoit aveugléméht àbx déliions ét à léur bhlssàllc'é: Cétte piiissance n’a pas de limite. « Il n’y a théologien qui pülssé hiieiix iiiterprëler la sairité Ëcritürë qh’eüx ; il h’ÿ a jürisfcorisülte qui sache ihifeux

cl'iié c’est des testàlnéris, des cbhtHls et dès àfctldhs ; il n’est médécin qlli ehtéhde rhièux la composition dçs colps humains et la verlii déS éléui, des étbilé'S, dés dlseàux, des poissons, des arbres, dés llérbeS; des hlétaux ét des pierres: » Le diàble sait tout. Le diablé pbuL tout. Vbilà raxiôme fondamental, voilà la

basé inattaquable de tons les jugements du sage Boguet. .\ussi, plüs une accusation est absUrdé, plus elle parait vraisemblable au gland jUgé. 11 raédritétrès sérieUseinentriilstoire d’une pomme plàéëé sür la inàrgélle d’uri polit, et de laquelle sortait un bruit et tihtaihàfré si grand qUé l’on avait horreur de passer bàr là; lieùreuSéliiéilt (pieUpi’UU, plils hàrdi que les autres, prit un long bâton ét jétà là ponilllé danS lé lae. Pourquoi éelte pomine étàil-elle si brüyante ? c’éSt qiié, depuis la faute tl’Ève, la pomme

LKS UK.MONlAUUliS u’AiriHül.'Olti. .'{orj

est un fruit cher au diable, et des sorciers avaient placé celle-là sur le pont alin de mettre à mal quelque chrétien.

C’est à Saint-Claude, dans le Jura, à quelques lieues de Ferney, que les sorciers avaient machiné leurs trames : c’est là (juc Henri Boguet tint assises de justice. Quelle justice, grand Dieu ! Françoise Secrétain, accusée par un enfant de huit ans, possède un chapelet dont la croix n’a que trois côtés; d’où l’on tire un indice contre elle. Elle ne pleure pas pendant que le juge lui parle ; l’indice est plus grave encore. Elle a les yeux penchés contre terre pendant qu’on l’interroge; assurément cela est grave, car elle consulte Satan sur ce qu’elle doit répondre au juge

qui l’inteiToge. Enlin on lui coupe les cheveux ras: elle est ter-

riliée, et avoue tous ses crimes ; 1° qu’elle avait baillé cinq

démons à Louise Maillat; 2’ qu’elle s’était dès longtemps baillée au diable, et que le diable avait la semblance d’un grand homme noir; 3® <]ue le diable... 4® qu’elle avait été une infinité de fois au sabbat, et (|u’elle y allait sur un bâton blanc; 5® qu’étant au sabbat, elle y avait dansé, et bat4i l’eau pour faire la grêle ; ()® qu’elle et Gros-Jacques Bocquet avaient fait mourir Louis Honoré d’une poudre que le diable leur avait baillée !

Voilà déjà deux coupables. Avec une louable persévérance, Boguet iinit par en trouver d’autres. Thiévenne Paget, gardant des vaches aux champs, en perdit une ; comme elle se déconfortait, Satan s’adressa à elle et la gagna. 11 eu lit de même ;i Georges Gaudillon, qui se contristait de ne pouvoir conduire certains bœufs. Pierre Gaudillon, lâché de ce que sa faux ne coupait si bien que celle de ses compagnons, se donna au diable ‘. Satan apparut à Finstaut à lui et le gagna. Claude Gaillard ayant souillé contre Claude Perrier, tout aussitôt celle-

(1) l^esl lie là évideilliiieiit que vient f'e.xpressiuu pujiiiliiire : on se 'cluniiii au diable, quand oi* ne réussit jias u faire ce qu’on a entrepris.

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ci tomba malade et enfin mourut. Tous ces malheureux, des fous, selon toute vraisemblance, sont saisis, interrogés, et ils confessent qu’ils vont au sabbat; les uns sur un bâton blanc, les autres sur un gros mouton noir, tantôt encore aurun bouc, sur un cheval, et le plus souvent par la cheminée. Quelquefois ou va au sabbat à pied, quelquefois on n’y va pas du tout, et on y assiste cependant. Ainsi, un jour, « un mari s’aperçoit que sa femme pendant la nuit ne soufüoit ni ne pipoit. Il l’espoinçonne, et s’aperçoit avec horreur qu’elle ne sent pas. » ce moment, le coq chante, et l’épouse se réveille en sursaut. N’est-il pas évident qu’elle revient du sabbat ? d’autant plus, ajoute judicieusement le mari, qu’il est mort du bétail à quelques miens voisins. Boguet, lui, n’admet pas qu’on puisse aller au sabbat en esprit seulement. Il semblerait alors qu’il dût conclure que cette femme n’est pas sorcière. Point du tout, c’est une sorcière, mais qui n’a pas été au sabbat.

A ces accusées on en joignit deux autres, dénoncées aussi par Françoise: Pierre Uvillermoz et Rolande Duvernois. o Cette Rolande, amenée devant le juge, se mit à japper comme un

chien, roulant les yeux dans la tête avec un regard affreux et épouvantable. On jugea qu’elte étoit non-seulement sorcière, mais possédée,,cejqui fuLconiirmé, car il lui fut impossible de prononcer le saint nom de Jésus. » On dut procéder alors, avant la punition de la sorcière, à l’exorcisme de la possédée. Le prêtre arrive, conjure le démon de lui dire son nom; le démon, non sans difficulté, répond qu’il s’appelle Chat, qu’ils étaient deux, que son compagnon se nommait Diable. Alors se livre un combat entre le prêtre et Satan. Le prêtre s’aidait de prières et de conjurations, le diable se défendait avec blasphèmes et moqueries. C’était une chose étrange de voir comme il se servait du corps et des membres de la possédée. Tantôt elle regardait le

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