‹ L'homme et l'intelligenceChapitre 28 sur 71 · I.KS UKMONIAQUES d’aüTHEFOIS · texte numérisé non relu

I.KS UKMONIAQUES d’aüTHEFOIS

Grandier ressemble au procès de Gaufridi. Les personnages ont changé; mais le drame est le même. Des religieuses folles, hystériques, accusent un prêtre de les avoir ensorcelées, et le prêtre expie sur le bûcher ce crime imaginaire.

La scène se passe à Loudun, au couvent des Ursulines. Les Ursulines étaient des demoiselles nobles, assez instruites, ayant lu la Bible et parlant quelque peu le latin. L’une d’elles, Claire de Sazilly, était parente du cardinal de Richelieu ; la supérieure, celle qui fut malade la première, s’appelait Jeanne de Belciel. La maladie épidémique qui sévit plus tard, et avec tant de fureur, parmi les religieuses, commença en 1631, et peut-être plus tôt. En tous cas, le fait resta à peu près ignoré, connu seulement de Mignon, confesseur de la supérieure. Mignon fit comme Romillion à Aix ; il essaya d’exorciser les diables ; mais, n’y réussissant pas, il s’adjoignit un prêtre fanatique, nommé Barré, qui était curé de Saint-Ghinon. Le premier exorcisme public a lieu le 11 octobre 1631 devant Guillaume de Gerisay, bailli de Loudun, homme d’un esprit terme et d’un grand coursge, et devant Mannoury, chirurgien, lequel joua dans toute cette affaire un assez vilain rôle. Les démons exorcisés disent qu’Urbain Grandier est le sorcier qui les a convoqués.

Ge Grandier, curé de Loudun, élevé par les jésuites de

ilier, sa rencontre avec Gaufridi (in-8°, 1631) ; la Démonomanie d Loudun (Loudun, 1634) ; Admirable changement de vie d'un jeune avocat (in-12, Loudun, 1636) ; Véritable relation, etc., par le père Tranquille (in-12, La Flèche, 1634) ; Interrogatoire de M. Grandier (in-8°, Paris, 1634). Il faut joindre à ces WvresVIIistoiredes diables de Loudun (Amsterdam, 1694) ; Cruels effets de la vengeance du cardinal de Richelieu{A.msleTdam, 1716) ; Examen et discussion critique, etc. (Liège, 1749). On voit que c’est toute une bibliographie. Cependant il n’y a là qu’une indication sommaire.

Récemment .M. le docteur Légué a publié un livre intitulé Urbain Grandier et les Possédées de Loudun. (L. Baschet Paris, 1880). Il a pu, en un sujet si souvent traité, et qui paraissait épuisé, réunir un très grand nombre de précieux documents inédits. Malheureusement les limites que je me suis assignées m’empêchent d'entrer dans plus de détails.

Btciift — l/homme et l'intelligence.

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Bordeaux, était un orateur éloquent et passionné. Intelligent et orgueilleux, ‘il avait par ses allures provocantes, son mépris de l’opinion vulgaire, plus que par ses mœurs trop galantes, mécontenté et excité contre lui une partie de la ville. Quant aux religieuses, on ne peut douter que cet homme 4’un esprit supérieur et d’une grande renommée n’ait fait une vive impression sur leur imagination, Grandier dédaigne l’accusation que portent contre lui Mignon et Barré. Son supérieur de Bordeaux, le belliqueux évêque de Sourdis, ancien marin, ne fait que rire de ces histoires de diables. Le bailli, sa courageuse femme, et un médecin nommé Duncan, avaient par des preuves irréfutables démontré la vanité de tous les motifs de l’accusation, de sorte que pendant l’année 1632 et le commencement de 16335 on put croire qu’Urbain Grandier était sauvé.

Les démons cependant n’en continuaient pas moins leurs ébats. La renommée porta le récit de leurs hauts faits dans toute la France. On venait de Paris, de Marseille, de Lille, pour les voir à l’œuvre. Richelieu, voulant faire cesser ce désordre, envoya à Loudun M. de Laubardeinont, comme commissaire royal, avec pleins pouvoirs (novembre 1633). Les historiens et les poètes ont été sévères pour Laubardemont, Ils l’ont accusé de poursuivre Grandier par animosité personnelle, et le représentent comme un sinistre bourreau. Il est possible que cette légende ne soit pas tout à fait conforme à l’histoire, et je m’imaginerais volontiers que Laubardemont, comme de Lancre, Boguet, Bodin, comme tous les grands juges et commissaires des Parlemens, croyait à la possession démoniaque et à la sorcellerie de Grandier. Dans ce lamentable procès, si injuste, il semble que tout le monde a été de bonne foi, Grandier en niant. Mignon, Barré et Laubardemont en affirmant, les Ursulines en accusant dans leur délire les maléfices de Grandier.

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Celles-là surtout étaient de bonne foi. Quelques pamphlétaires protestans du xviii® siècle, et quelques historiens du xix® siècle, ont imaginé je ne sais quelle comédie jouée de concert par les . Ursulines, Laubardemont et Richelieu, pour perdre un prêtre .ibre penseur. C’est du roman. La vérité est que les Ursulines furent terriblement et follement sincères. Leur maladie n’était pas simulée, mais réelle, tout aussi réelle que celle des folles que l’on enferme.

Voyons en effet quels symptômes elles présentent. « Au jour de l’exorcisme, la supérieure passa dans la chapelle, voulant frapper les assistans, et faisant de grands efforts pour outrager le père même (le père Surin). Au chant des hymnes, le diable commença à se tordre, et en se vautrant et en se roulant, il conduisit son corps, (le corps de Jeanne de Belciel) jusqu’au bout de la chapelle, où il tira une grosse langue bien noire, et lécha le pavé avec des trémoussemens, des hurlemens et des contorsions à faire horreur. 11 fit encore la même chose auprès de l’autel, après quoi il se releva de terre, et demeura à genoux avec un visage plein de fierté, faisant mine de ne vouloir pas passer outre; mais l’exorciste, avec le sain^ sacrement en mains, lui ayant commandé de le satisfaire de parole, ce visage changea, et devint hideux, et la tête se pliant en arrière, on entendit prononcer d’une voix forte tirée du fond de la poitrine : « Reine du ciel et de la terre, pardon. »

Les autres religieuses ont des accès analogues. « Étant renversées en arrière, la tête leur venoit aux talons, et elles marchoient ainsi avec une vitesse surprenante et fort longtemps. J’en vis une qui, étant relevée, se frappoit la poitrine et les épaules avec sa tête, mais d’une si grande vitesst; et si rudement qu’il n’y a au monde personne, pour agile qu’il soit, qui puisse rien faire qui en approche. Quant à leurs

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cris, c’étoient des hurlemens de damnés, de loups enragés, do bêtes horribles. On ne sauroit imaginer de quelle force elles criaient. Rien en cela comme dans le reste qui fût humain. » Quelquefois les convulsions sont remplacées par l’extase, la catalepsie, et des symptômes analogues au somnambulisme. « Dans leurs assoupissemens elles devenaient souples et maniables comme une lame de plomb, en sorte qu’on leur pliait le corps en tous sens, en devant, en arrière, sur les côtés, jusqu’à ce que la tête touchât par terre, et elles restaient dans la pose où on les laissait, jusqu’à ce qu’on changeât leurs attitudes. » M. Figuier, qui a donné l’histoire détaillée de ce fameux procès, pense qu’il y* a eu à Loudun des faits analogues à la prétendue lucidité des somnambules *. Mais ces faits sont des plus contestables ; car il faut ajouter peu de foi au témoignage des exorcistes d’alors, fort crédules en général, et en particulier acharnés contre Grandier. Aussi bien rappelons-nous que l’hystérie, l’hystéro-épilepsie, la catalepsie, le somnambulisme, sont des maladies voisines, que l’on passe facilement de l’une à l’autre, et que, dans tout accès démoniaque, il y a certaines périodes qui ressemblent à l’accès de somnambulisme.

Le lendemain de son arrivée à Loudun, Laubârdemont fait arrêter Grandier, l’auteur de toutes ces misères. Grandier persistant dans ses dénégations, on le fait comparaître devant les possédées pour confronter les démons et leur prince. La scène fut dramatique : car la présence de Grandier provoqua chez les religieuses de terribles accès. « Toutes les possédées firent entendre des cris fort étranges, persistant d’accuser Grandier de magie ; ce furent des convulsions si horribles, des postures si épouvantables, que cette assemblée pouvoit passer pour un sabbat. »

(1) Gaston, duc d’Orléaus, venu à Loudun ponr voir les possédées, lémoipna que les ilénions pouvaient txécuter des ordres secrètement donnés.

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