‹ L'homme et l'intelligenceChapitre 35 sur 71 · VI. L’analgésie · texte numérisé non relu

VI. L’analgésie

J’ai réuni dans un travail déjà ancien (1) un certain nombre de cas d’analgésie.

Dans ces exemples on voit que la sensibilité au contact est conservée, alors que la sensibilité à la douleur a disparu. Il n’y a plus alors cette vibration prolongée qu’une excitation forte détermine dans les centres de la conscience. Il ne reste qu’une vibration faible, celle qui suffit pour éveiller une perception dans la conscience.

.Mon père raconte (2) que, s’étant fait chloroformer pour l’extirpation d'une dent, il sentit le contact de l’instrument, entendit tout ce qui se passait, et cependant n’éprouva aucune douleur.

-Madame X..., respire à peine G grammes de chloroforme ; on lui fait alors quatre incisions. Elle sent le contact des ciseaux, et distingue bien qu’on lui fait quatre incisions, mais ne soull're en rien de l’opération qu’on lui fait.

X... est opérée par M. Verneuil et chloroformée pour une opération

(1) Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilité. Th. de doctorat. Paris. 1877. p. 238 et[sniv.

(•2) Anal. méd. dur., édit., p. 31G.

l’homme et l’intelligence.

Irès douloureuse. Pendant le temps le plus douloureux de l’opération, je lui demande : « Quel âge avez-vous? » Elle me répond ; « J’ai 41 ans. « Elle ne se plaint pas du tout. Une fois réveillée, elle ne sent rien, ni la blessure, ni la brûlure; pendant une demi-heure, elle croit qu’elle n’est pas opérée, et se lamente, s’imaginant qu’on l’a négligée.

X.... est chloroformée. Pendant l’opération je lui dis ; « Comment cela va-t-il ? » Elle répond ; « Cela ne va pas mal. » Ace moment je la pince très-fortement, et elle ne sent rien.

X.., pendant qu’on l’opère, ne respire plus bien. Je lui introduis fortement dans la bouche une pince pour lui prendre la langue. « Otezmoi donc cette cigarette, » dit-il aussitôt. Réveillé, il ne conserve aucun souvenir.

X... est chloroformé pour une amputation du pied ; pendant qu’on lui lie les grosses artères, temps très-douloureux de l’opération, je lui passe une barbe de plume sous le nez. < Xe me chatouillez donc pas les narines » dit-il.

Un jeune homme, étant chloroformé, pendant qu’on lui liait le cordon spermatique, entendit à la pendule de sa chambre sonner la demie, et il dit tranquillement; « Voici onze heures et demie. » Au réveil, il n’eut aucun souvenir de ce fait.

Un malade, chloroformé pour une résection partielle du pied, prétendit avoir été mal endormi, et cependant n’avoir pas souffert : « Je sentais tout ce qu’on me faisait, disait-il, mais c’était comme sur une jambe de bois. »

Ces exemples ressemblent étrangement aux rêves du sommeil ordinaire et du somnambulisme. Une excitation extérieure détermine une série d’idées, plus ou moins délirantes, mais qui se relient de près ou de loin à l'excitation qui les a provoqués.

Dans le sommeil, dans le somnambulisme, il y a hypéresthésie. Une excitation faible provoque alors l’idée d’un traumatisme, avec les associations communes, tandis que dans l’intoxication chloroformique, comme il y a anesthésie, un traumatisme provoque l’idée d’une excitation faible avec les associations d’idée communes.

Dans riiii et l’autre cas, par suite de l’état anormal des centres nerveux, il y a illusion sur l’excitation du dehors : grossissement de l’objet dans un cas, diminution de l’objet dans l’autre.

Si j’insiste tant sur ces faits d’analgésie, c’est qu’ils me paraissent prouver la vérité de mon hypothèse sur la cause de la douleur, vibration forte et prolongée des centres nerveux de la conscience, 'fout ce qui amoindrit cette vibration, sera un analgésique. Tout ce qui la supprime sera un anesthésique.

NOTES ET APPENDICE

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