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X. Des actions psychiques réflexes

L’impression d’une substance caustique sur la langue et sur les premières voies alimentaires ne peut être comparée à l’impression que fait sur ces mêmes parties une substance répugnante.

Supposons, en effet, le cas d’une goutte d’acide sulfurique tombant dans l’arrière gorge; aussitôt il y aura deux phénomènes qui se produiront ; d’abord douleur de l’individu atteint, et ensuite réflexe énergique de l’isthme du pharynx ; peut-être même vomissement réflexe. Mais ce mouvement réflexe ne sera pas produit par la douleur; la perception cérébrale ne sera pour rien dans cette constriction de l’isthme

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du pharynx. C’est un simple phénomène bulbaire, auquel un phénomène de douleur sera surajouté.

En outre, cette douleur n’aura rien de spécial. En effet, si la brûlure avait porté sur d’autres points du corps, l’œil, ou l’oreille, ou la main, ou le cou, il y aurait eu aussi douleur.

Mais, lorsqu’il s’agit de sensation de dégoût, le phénomène est tout différent. L’excitation des muqueuses linguale et pharyngienne n’est pas assez forte pour provoquer delà douleur; elle provoque seulement une sensation d’une nature spéciale, qui est le dégoût.

Ce qu’il y a de différent entre la douleur et la constriction du pharynx d’une part, d’autre part, le dégoût et le vomissement répulsif, c’est que, dans le cas d’un caustique, il y a désorganisation de la muqueuse, brûlure, traumatisme, action chimique. Alors, de môme que l’aurait été en pareil cas un nerf 'sensitif quelconque, les nerfs sensitifs de la région buccale sont violemment ébranlés. Mais, avec une substance répugnante, il n’y a pas de brûlure, il n’y a pas d’action chimique, caustique ; le dégoût qui survient est le résultat d’une élaboration spéciale par les centres nerveux. Il aurait pu se faire que, si les centres nerveux avaient été autrement constitués, le dégoût n’aurait pas eu lieu; et, en réalité, telle substance qui répugne à un individu ne répugne pas à un autre ; telle substance qui répugne à un animal ne répugne pas à un autre animal. Au contraire toutes les substances caustiques sont, sans aucune exception, douloureuses pour tous les individus et tous les êtres.

En somme, il n’y a véritable dégoût, répulsion du goût, que si l’on fait intervenir une influence psychique, une élaboration spéciale de l’impression reçue dans les centres nerveux. C’est une de ces actions que j’ai appelées actions psychiques réflexes.

Quelques détails sont nécessaires pour bien expliquer ce phénomène. La figure ci-jointe permettra de comprendre la différence qui existe entre une action réflexe simple et une action réflexe psychique.

Soit une excitation périphérique quelconque portant sur les nerfs sensitifs A de la muqueuse du pharynx, cette excitation, transmise au bulbe B, va provoquer une action réflexe, qui, par l’intermédiaire des nerfs moteurs C, va déterminer un mouvement réflexe. Par exemple, le contact, par le doigt, de la muqueuse de l’arrière-gorge provoque un effort de vomissement. C’est un réflexe simple, bulbaire, pour lequel nulle élaboration psychique n’est nécessaire. Si l’excitation qui porte en C est caustique, il y aura aussi un réflexe analogue, constriction du pharynx et efforts de vomissement. Dans l’un et l’autre cas, il y a uniquement réflexe bulbaire.

Mais, si l’excitation est plus faible et d’une nature spéciale ; comme par exemple s’il s’agit d’un aliment répugnant, il faudra alors faire

L iiOMMi': KT l’intici.lioenci-:.

inlcrvenir une élaboration particulière (par les centres nerveux) de l’excitation provoquée. Il y aura dans ce cas transmission de l’excitation par les voies centripètes SA', jusqu’aux centres encéphaliques E.

rigure C. — Schéma de l’aclinn réflexe psychique. — E’ Cenlres nervenx encéphaliques, psychiques. B' Centres nerveux bulbaires. S' .Nerfs sensitifs, qui vont en B (S') et en E (S"). C' Nerf moteur. A' Nerf sensitif. .A' Voies sensitives p.ar lesquelles l'oi citation liulbaire se transmet aux centres psychiques. C' Voies motrices par lesquelles l’excitation psychique se transmet aux centres bulbaires.

Par suite de l’excitation de ces centres, impressionnés d’une certaine manière, et se trouvant dans un certain état dynamique spécial, il y aura sensation de dégoût, et simultanément transmission d’une excitation au centre bulbaire B, qui provoquera le vomissement par les voies centrifuges C.

On voit (lue si les centres encéphaliques n’intervenaient pas pour modifier, transformer, renforcer, l’excitation faible et de nature spé-

NOTES ET APPENDICE

ciale qui a porté sur la muqueuse, il n’y aurait pas de vomissement ; car l’excitation produite par l’aliment répugnant serait insulBsante pour déterminer un réflexe quelconque, et surtout le vomissement; il faut donc pour le vomissement et le dégoût une élaboration spéciale de l’excitation extérieure par les centres encéphaliques.

On voit aussi par ce schéma que le dégoût peut être provoqué par des excitations autres que celles de la muqueuse pharyngienne. En effet, une odeur mauséabonde, la vue d’un objet dégoûtant, le contact avec un corps étranger qui répugne, sont toutes sensations capables de provoquer le dégoût. Le souvenir môme peut aboutir au dégoût et au vomissement. Dans ces cas, c’est une e.xcitation quelconque S qui va atteindre les centres nerveux encéphaliques E, où s’élabore la sensation du dégoût. L’excitation transmise en E par S" se propage par les voies G’ au centre bulbaire B, et, de là, se transmet par Gaux muscles qui produisent le vomissement. On comprend qu’il y a une très grande différence entre telles excitations qui, fatalement, déterminent le vomissement par voie réflexe, et telles autres excitations qui n’agissent ainsi que par suite de la disposition particulière des centres nerveux. De fait, rien n’est plus variable que cet état des centres nerveux. Ce qui, chez un individu sensible, dégoûté, comme on dit, paraîtra répulsif, ne le sera pas pour un autre. L’imagination exerce une très grande influence. Vous avalerez sans répugnance et très facilement un verre d’eau sucrée. Mais qu’on vous dise que ce verre d’eau sucrée contient un vomitif, par exemple, et il vous sera impossible de l’avaler sans nausées. Dans ce cas, c’est l’élaboration spéciale par les centres nerveux qui fait qu’il y a vomissement.

Certes cela est une action réflexe, mais une action réflexe psychique ; car un certain état psychique des centres nerveux est nécessaire pour qu’elle ait lieu; et c’est môme cet état des centres nerveux qui joue le rôle prépondérant.

Il y a beaucoup d’actions psychiques réflexes analogues. Beaucoup de réflexes ne peuvent avoir lieu que si les centres psychiques influencent d’une certaine manière les centres bulbaires et médullaires où se fait la réflexion. L’exemple le plus frappant de cete action psychique réflexe est le réflexe génital de l’érection. Chacun sait ijue l’érection ne peut avoir lieu que si les centres médullaires (|ui président à ce phénomène sont influencés d’unecertaine manièrepar les centres psychiques. D’autre part, il suffit de certaines influences psychiques extrêmement faibles, et souvent môme très bizarres, pour paralyser complètement l’érection.

Nous n’avons pas à faire ici l’étude très difficile, et à peine ébauchée encore, des actions psychiques réflexes. Il nous suffira d’indiquer qu’elles jouent un rôle très important dans la vie do l’individu.

l’hommk et l’intelligence.

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