XI. Dégoût et terreur
Peut-Être l’horreur que les chiens ont pour le loup et certaines hèles fauves doit-elle être assimilée au dégoût. Cette horreur est partagée par d’autres animaux, par les chevaux notamment, que l’odeur d’un loup ou d'un fauve, d’un éléphant, par exemple, ou d’un tigre, effraie énormément. Cette terreur mélée de dégoût existe même chez les jeunes animaux qui n’ont certainement jamais vu de loup, d’éléphant ou de tigre.
Il faut rapprocher, je crois, de ces phénomènes la répulsion que les chats ont pour les chiens. J'ai vu de jeunes chats nouveaux-nés, dont les yeux n’étaient pas encore ouverts, qui, à l’approche d'un chien, n’étant avertis de sa présence que par l’odorat, faisaient déjà la grimace caractéristique et le gros dos.
Sur un tout jeune enfant, âgé de six mois, j’ai noté le fait suivant: en lui faisant toucher une fourrure il a eu aassitôt un mouvement violent de répulsion et de frayeur. Quelques semaines plus tard cette répulsion avait tout à fait disparu. Il est probable que si, par l’éducation, nous faisons acquisition de quelques habitudes qui deviennent comme des instincts, en revanche nous perdons quelques-uns de nos instincts naturels.
C’est là ce qui fait l’extrême complexité des sentiments de dégoût ; mais, sous cette complexité, le fond reste le même.