XII. Résumé des lois du dégoût
Depuis que ce mémoire a été écrit, j’ai cherché, comme il faut toujours le faire, à le contredire ; je n’ai cependant pas trouvé d’exception véritable à la double loi formulée par moi en 1877, de la nocivité ou de l’inutilité.
Sous les formes les plus diverses, c’est toujours le môme phénomène : répulsion de ce qui est dangereux et inutile.
On peut à cet égard tenter une sorte de classification. Ainsi, parmi les choses dangereuses, il y a le groupe des alcaloïdes. Or tous les alcaloïdes sont amers, comme si tous les poisons végétaux devaient nous inspirer du dégoût.
Il y a le groupe des matières putréfiées, qui sont fétides et nauséabondes; et, en effet, les produits de la putréfaction, et les organismes inférieurs qui les engendrent, sont très dangereux pour l’organisme.
11 y a le groupe des matières excrémentilielles, rejetées par nous et inutiles, sinon nuisibles.
NOTES ET APPENDICE
Il y a enfin le groupe des animaux venimeux et malfaisants, araignées, serpents, crapauds, parasites, qui nous inspirent de la répulsion, ainsi que tous les êtres qui leur ressemblent.
De là cette conséquence, que tout ce qui ressemble à un alcaloïde, à une odeur putride, à un excrément, à un animal venimeux ou parasite, paraîtra répugnant.
Certes, pour quelques individus, il y a des exceptions à cette loi. Mais, si l'on ne tient pas compte de quelques rares anomalies, elle reste absolument vraie.
Réciproquement les substances alimentaires excitent notre goût, les odeurs suaves sont celles des fleurs et des fruits, les saveurs agréables sont celles des fruits, du lait, des aliments, que nous consommons chaque jour.
Enfin, il y a des substances chimiques qui ne sont pas dans la nature, étant seulement produites dans les laboratoires. Celles là n’exciteront ni goût, ni dégoût, à moins toutefois qu’elles se rapprochent, par leur composition chimique, des substances que nous rencontrons près de nous dans la vie de chaque jour.
Telle est, je crois, la conclusion générale que Ton peut déduire de cette étude. Je désirerais qu’elle fût examinée de plus près par des psychologues ou des physiologistes compétents.