XIII. Les poisons de l’intelligence sur les animaux
Les expériences sur les animaux ne donnent que d’assez médiocres enseignements sur les poisons intellectuels. En effet, comparée à l’intelligence de l’homme, l’intelligence de l’animal est si petite qu’on ne peut espérer déduire d’une expérience sur l’animal des conclusions applicables à l’homme.
Cependant, avec Talcool, l’absinthe, le chloroforme, la morphine, on obtient sur les animaux quelques phénomènes se rapprochant assez de ce qu’on voit sur Tbornme intoxiqué.
Un chien, s’il a absorbé une dose assez forte d’alcool, titube, est engourdi, paresseux, se traîne en chancelant, et en se heurtant contre les objets qui l’entourent. Mais on ne voit pas chez lui d’excitation intellectuelle. De même que les individus grossiers, peu intelligents, n’ont pas cette ivresse légère et gaie dont sont capables quelques personnes à tempérament nerveux, et à intelligence vive ; de même les animaux ne peuvent éprouver de l’ivresse que l’hébétude, la stupidité, l’engourdissement et le défaut d’équilibre.
Les phénomènes de délire que M. Magnan a observé sur des chiens ne surviennent que dans Talcoolisrne chronique. Là se retrouvent les
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mêmes formes de délire, hallucinations, terreurs, qu’on voit chez les alcooliques.
Sur les animaux, le chloroforme, le’ chloral, l’éther, ne produisent pas non plus d’excitation intellectuelle bien manifeste. Toutefois les chiens chloralisés, avant que commence l’anesthésie complète, gémissent, hurlent, aboyent, en un mot se comportent à peu près comme le malade qu’on soumet à l’action de chloroforme.
La morphine produit des effets fort curieux qui ont été bien étudiés. Elle ne donne jamais l’anesthésie complète. Môme avec des doses énormes de morphine, on n’ari'ive pas à détruire la sensibilité, mais on la diminue énormément. Ün chien qui a reçu un demi-gramme de morphine reste couché par terre, engourdi, plongé dans une sorte de coma; mais toute excitation douloureuse peut le réveiller. Si on le pince, il se met à hurler, et à gémir; puis presque aussitôt il se calme, et reprend son sommeil.
Cette expérience, que tout physiologiste a faite souvent, me paraît confirmer ce que j’ai dit plus haut sur la douleur et le retentissement de la douleur dans les centres nerveux. L’excitation arrive toujours au cerveau et <à la conscience, qui sont capables de percevoir la douleur : mais, au lieu de provoquer une vibration prolongée, qui va en s’amplifiant, et qui émeut pendant longtemps la conscience, ce n’est plus qu’une vibration passagère, qui décroît promptement, et s’éteint très vite, par suite de l’état d’inertie dans lequel la morphine a placé les centres nerveux.