‹ L'homme et l'intelligenceChapitre 8 sur 71 · I.’nOMMK KT iViNTKLUGENCE · texte numérisé non relu

I.’nOMMK KT iViNTKLUGENCE

bondes ; de respirer avec délices de l’ammoniaque ou de l’acide sulfureux ? Voilà des supplices qu’on endurerait pour le seul plaisir de duper le naïf médecin qui regarde cela curieusement et prend des notes. Presque toutes les somnambules en sont là, A chaque épreuve qu’on tente, elles n’opposent aucune résistance ; elles ne se débattent, ni ne tressaillent, restant impassibles et distraites, supportant sans sourciller des épreuves aussi désintéressées que douloureuses . Faut-il supposer chez elles de l’héroïsme (et un héroïsme bien mal placé) ou de l’anesthésie ?

Je pourrais multiplier les exemples qui prouvent combien l’hypothèse de la simulation est absurde. Ainsi, rien que le fait de pouvoir faire vomir à volonté indique bien qu’il y a alors un état psychique différent de l’état ordinaire. Quelle est la personne qui pourrait vomir, parce qu’on lui dit : « Voilà une mauvaise odeur ! » C’est pourtant un phénomène constant chez les somnambules ; et, pour provoquer les vomissements, il n’est pas besoin d’un appareil plus compliqué. — Une somnambule pleure dès qu’on lui dit de pleurer, verse un flot de larmes, et sanglote bruyamment. Croit-on qu’il soit facile de pleurer quand on veut pleurer ? Qu’on fasse l’expérience soi-même, l’on verra que cela est presque impossible.

Récemment, j’ai été témoin d’un accident qui aurait pu être très-grave, mais qui n’a eu heureusement aucune conséquence sérieus'e. Il s’agit d’une jeune femme qui est un excellent sujet magnétique. Voulant provoquer chez elle la frayeur, je lui dis : « Tenez, je prends votre bras et je le coupe. Regardez le sang qui coule. » Immédiatement, sans pousser un cri, sans faire un geste, elle tomba par terre tout de son long, comme morte. En effet, la vie avait cessé pour un temps, le cœur ne battait plus, et il n’y avait plus aucun mouvement respiratoire. Cet état dura environ

une demi-minute, un siècle d’angoisses pour moi ; puis une respiration profonde annonça le retour des phénomènes de la vie. Peut-être, dira-t-on, cette syncope n’est-elle qu’une habile comédie. En tout cas, au risque de passer pour trop naïf, je ne voudrais à aucun prix recommencer cette expérience.

On peut donc, ce semble, sinon trouver une preuve absolue et irréfutable, au moins accumuler des preuves très-convaincantes pour démontrer qu’il y a un état somnambulique.

Examinons maintenant quelles sont les objections qu’on oppose. Voici, si je ne me trompe, les principales ;

l^e objection. — Les phénomènes du somnambulisme sont incompatibles avec les données de la science. Il est impossible d’admettre que des passes produisent le sommeil, qu’un fluide s’échappe du corps à la volonté du magnétiseur, que la pensée se transmette sans une manifestation extérieure, que la vision se fasse par l’épigastre, l’audition dans la paume des mains et la perception des saveurs par le front.

Il y a là une confusion qu’il est nécessaire de faire disparaître. Le somnambulisme, cette névTose dont les causes et la nature sont encore si mystérieuses, n’a rien à faire avec les explications que tentent d’en donner les charlatans. Il ne s’agit pas de réfuter leurs divagations plus ou moins intéressées, mais d’étudier et de contrôler ce qui a été vu par des savants sérieux, dignes de respect. Tous ceux qui, au lieu de s’appliquer à prouver que les somnambules n’ont jamais réalisé de miracles, ont cherché à voir par eux-mêmes les phénomènes physiologiques, tous ceux-là ont été convaincus que, bientôt, par l’influence des passes ou de la üxation du regard, il se produit une névrose spéciale avec des caractères bien déterminés. Il est facile de nier telle ou telle histoire grotesque. Mais que prouvera-t-on,- sinon qu’il y a des dupes,

l’homme et l’i.ntrli.igence.

et des fripons mêlés à ce problème de physiologie pathologique ? Il semble même, à voir tant d’erreurs si répandues, que nombre de vérités doivent s’y trouver mêlées. Si tout était fantasmagorie et simulation, non seulement le magnétisme n’aurait pu s’établir, mais il ne se serait pas propagé, et aurait disparu sans laisser de traces. L’erreur ne peut triompher qu’à la faveur des vérités qui s’y mêlent.

D’ailleurs, nous n’avons pas, sur la nature et les fonctions du système nerveux, des notions tellement parfaites et précises que nous puissions nier la possibilité de tel ou tel phénomène. La méthode expérimentale doit toujours nous servir de guide, et les négations à priori doivent, aussi bien que les affirmations à priori, être bannies des discussions scientifiques. A vrai dire, en matière de somnambulisme, les négations ont toujours été à priori. Je ne crois pas qu’un expérimentateur, appuyé sur un nombre quelconque de faits, ait conclu à la non-existence du somnambulisme. On s’est appuyé, pour nier, sur des raisonnements, et non sur des expériences. Personne encore, que je sache, n’est venu dire : « J’ai essayé d’endormir quatre personnes à différentes reprises, en employant les procédés habituels, et je n’ai rien obtenu. » Jusqu’ici, l’on s’est contenté de sourire et de dire ; « C’est impossible. » C’est là une réfutation qui paraît insuffisante.

2® objection. — Tout ce qu’on observe est inconstant, in’égulier, mobile (1). Nulle règle fixe ; les phénomènes observés varient avec chaque observateur et avec chaque sujet. Ce

(1) Dans un article du Times où l’on analysait mon étude sur les démoniaques d’aujourd’htn et d’autrefois, on m’a objecté qu’il est impossible de décrire les phénomènes changeants et fugaces de l’hystérie. Autant vaudrait, disait le critique, essayer de fixer sur une plaque photographique la surface agitée de l’Océan. L’e.vemple est devenu mauvais ; car les photographies instantanées permettent maintenant de fixer des spectacles aussi

qu’on annonce ne se produit pas, et ce qu’on n’annonce pas se produit.

Qu’il y ait chez les divers somnambules de notables différences, on ne peut le nier. Mais ces dissemblances ne portent que sur des phénomènes secondaires. Au fond l’état somnambulique est le même chez tous. On peut le caractériser d’un mot en disant que c’est de Vautomatisme. Quoi de surprenant que cet automatisme revête différentes formes, suivant la personnalité du somnambule d’une part, et, d’autre part, suivant les procédés qu’on a employés pour provoquer le sommeil ?

D’ailleurs la diversité, l’inconstance, l’irrégularité, s’expliquent parfaitement par la prodigieuse complexité des phénomènes de l’esprit. Le cerveau est assurément un appareil raille fois plus compliqué qu’une flûte, et toutefois un ignorant ne saurait jouer de la flûte, s’il n’en a, par un long usage, appris d’abord le maniement. « Vous voudriez jouer de moi, dit Hamlet aux émis- « saires du roi son oncle, vous voudriez avoir l’air de connaître « mes soupapes, vous voudriez me faire r^onner depuis ma note « la plus basse jusqu’au haut de ma gamme. Il y a beaucoup de « musique, il y a une voix excellente dans ce petit tuyau, et « pourtant vous ne pouvez le taire parler. Par la sambleu 1 pensez- « vous qu’il soit plus aisé de jouer de moi que d’une flûte ? »

Ces paroles d’Hamlet peuvent s’adresser à ceux qui trouvent les phénomènes psychiques du somnambulisme trop inconstants pour être scientifiquement décrits. Supposons cinquante individus inexpérimentés essayant tour à tour de jouer le même air sur une même flûte ; ils ne vont en tirer que des sons discordants

mobiles que celui des vagues. A cette observation, on joignait un autre reproche assez singulier ; c’est de parler de choses qu’on devrait taire; de provoquer, par la description de l’hystérie, des accès de cette maladie ; de contribuer, en un mot, non à la connaissance, mais à l’extension du mal. Voilà, il me semble, de la pruderie scientifique.

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et cinquante fois différents. Pourquoi s’étonner alors que des médecins ou des observateurs, tous très-ignorants de la nature intime du système nerveux, n’obtiennent que des résultats contradictoires ? A mon sens, il est même surprenant que, malgré la diversité presque infinie des conditions expérimentales, il y ait encore tant d’analogie entre les phénomènes observés. Nous devrions être, en réalité, frappés par les ressemblances plus que par les différences, car celles-ci sont peu de chose relativement à ce qu’elles devraient être.

Pour ma part, procédant toujours de la même manière, j’ai toujours obtenu des résultats assez concordants, malgré les énormes différences individuelles des sujets mis en expérience.

Les divers aspects d’une même maladie sont quelquefois plus marqués que les divers aspects du somnambuhsme. Pourquoi donc ne pas l’assimiler à une maladie ? Il a une période de début, une période d’état et une période critique, des symptômes fondamentaux et constants, des symptômes accessoires ou inconstants. Toujours il se ressemble à lui-même.

Il faut aussi savoir que sur les manifestations du sommeil magnétique la direction donnée par l’expérimentateur exerce une grande influence.

En effet, la première fois qu’une personne est endormie, elle se trouve dans un état spécial qui comporte une véritable éducation. Selon qu’on désire provoquer tel ou tel phénomène normal du somnambulisme, on pourra y diriger l’attention du sujet, et, grâce à cette espèce d’éducation, faire en sorte que ce phénomène se produise plus facilement que les autres. Cela signifie simplement que la volonté, l’habitude, l’éducation, jouent un rôle important dans les manifestations de la névrose somnambulique.

Que l’on insiste par exemple sur les phénomènes névro-mus-

LE SO.MNAMBULISME PUOVOQUÉ.

fulaires, catalepsie, contracture, etc., à chaque nouvelle séance, non seulement on reproduira tout ce qu’on a observé chez le même somnambule dans les séances antérieures, mais encore on pourra presque toujours ajouter quelque nouveau phénomène, qui deviendra peu à peu de plus' en plus net. De m'êm'e, si l’on insiste sur les phénomènes psychiques (hallucinations), plus on fera de tentatives dans ce sens, de manière à exercer l’intelligence du somnambule, plus l’intelligence de celui-ci deviendra déliée. Les hallucinations finiront par se produire très-facilement, et par devenir extrêmement nettes. Si la recherche porte sur les phénomènes de l’automatisme, chaque séance amènera un progrès nouveau dans l’automatisme ; et il finira par devenir très-manifeste, alors qu’au début il était à peine marqué.

L’exercice et l’éducation font que divers somnambules, endormis à plusieurs reprises ‘par la même personne, se ressemblent beaucoup ; car l’expérimentateur a développé les mêmes facultés, a perfectionné les mêmes phénomènes, a rendu de plus en plus nets, par l’habitude et l’éducation, les mêmes symptômes. Ces somnambules, dirigés tous dans le même sens, seront au contraire assez différents de tous les autres, de ceux, par exemple, qui auront été exercés et éduqués par un autre expérimentateur.

Ces faits n’ont rien de surprenant pour ceux qui savent l’inlluence prépondérante de l’exercice et de l’habitude sur les phénomènes psychiques.

3® objection. — Si le magnétisme animal était un fait réel, on ne verrait pas les somnambules, guidés par les charlatans, fairu toutes les singeries dont ils sont coutumiers. Personne ne peut nier qu’il y ait beaucoup d’imposteurs. Souvent aussi certains somnambules, regardés d’abord comme sincères, ont avoué plus

tard qu’ils avaient joué la comédie.

KICHBT. — L’homme et V inteliojeuce .

l’hommk et l’intelligence.

On ne peut nier en effet qu’il y ait des imposteurs, mais pour peu qu’on ait assisté avec quelque soin, comme j’ai essayé de le faire, aux scènes acrobatiques que les magnétiseurs de profession présentent au public, on demeure convaincu, d’une part, que les sujets sont vraiment endormis, d’autre part, qu’ils se livrent à des jongleries. Ce sont des somnambules qui simulent. Ces deux termes ne sont pas contradictoires, comme on le supposerait à tort. En effet, une fename endormie n’est pas tellement différente de ce qu’elle est à l’état de veille qu’elle ne puisse comprendre sa situation, réfléchir et simuler. Elle est endormie, comme le prouvent tous les phénomènes physiologiques qu’elle présente (catalepsie, contracture, anesthésie, mouvements fibrilaires des paupières, convulsions des yeux, suppression des mouvements de déglutition). Mais, tout en étant endormie, elle joue son rôle ; essaie de deviner l’avenir, de lire distinctement dans le corps des malades qui la consultent, de deviner par une boucle de cheveux, l’âge, le caractère et la santé de quelqu’un. Ces divinations font partie de sa tâche. Elle le sait, et s’y conforme. Elle est cependant réellement endormie, et c’est même grâce au somnambulisme qu’elle peut accomplir tous ces exercices. Si elle était éveillée, elle serait forcée de dépenser une activité d’esprit prodigieuse et de supporter une fatigue musculaire insupportable. On a vu des imbéciles simuler la folie ; de même il y a des somnambules, réellement endormies, qui simulent le sommeil lucide, ll^faudrait des prodiges d’adresse et de force musculaire à un acrobate pour faire la moitié des exercices étonnants que peut facilement accomplir une somnambule, grâce à l’état cataleptique de ses muscles. La fameuse Lucile. que tout le monde a vue à Paris il y a deux ou trois ans, était réellement endormie. Mais, quoiqu’étant endormie, elle se rendait bien compte (|u’ellc était sur la scène, jouant son rôle de-

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vaut le public, et réussissant ses tours de force, avec la régularité d’une actrice qui fait honnêtement son métier.

Les aliénistes comprendront parfaitement qu’il n’y a pas dé contradiction entre ces deux faits : somnambulisme et simulation de la lucidité.

Lorsqu’un fou raisonne, réfléchit, médite, il fait preuve souvent de beaucoup de logique. Dira-t-on qu’il n’est pas fou ? 11 n’y a que les gens tout à fait étrangers à la médecine qui pourraient penser ainsi. En etfet, un fou, un somnambule, raisonnent, réfléchissent, méditent, simulent, et il serait absurde d’en conclure que leur folie ou leur somnambulisme sont simulés.

Souvent même, on voit certains phénomènes psychiques bizarres qu’il est nécessaire de connaître. Quelques sujets endoi mis se rendent compte que leurs hallucinations sont des fictions, et que ce qu’ils voient devant eux, avec des formes qui paraissent réelles, n’est pas la réalité. Gela s’observe dans le rêve et aussi dans la folie. Souvent nous rêvons de monstres si étranges et de visions si absurdes que nous ne pouvons y croire. Il se fait alors une sorte de dédoublement dans la conscience : nous rêvons, et nous savons avoir afiaire à un rêve ; et nous faisons de grands efforts pour chasser la vision qui nous obsède. De même des hallucinés entendent des voix qu’ils savent fort bien être subjectives. De même aussi certains somnambules ont conscience de leur état, de sorte qu’il s’établit en eux un curieux antagonisme. Leur imagination leur présente la forme réelle des choses, et leur intelligence en comprend l’absurdité. Voilà pourquoi ils ont souvent des contradictions qui, pour un observateur superficiel, sembleraient révéler la simulation. Le fait était très-frappant chez une malade de Beaujon, une toute jeune lille, que j’ai endormie à plusieurs reprises avec la plus grande facilité. Je lui annonçais

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que j’allais lui pratiquer une opération douloureuse, l’amputation du bras, par exemple ; "elle poussait des cris de douleur, pleurait abondamment, et croyait voir couler le sang ; mais, presque au même moment, elle comprenait que c’était une fiction, et riait à travers ses larmes. Souvent aussi, lorsqu’on faU faire des voyages imaginaires aux sujets endormis, ils sa^^nt parfaitement qu’ils sont dans leur fauteuil ou dans leur lit, et pourtant ils voient les régions où l’on a eu la fantaisie de les conduire, comme, dans le sommeil ordinaire, nous nous trouvons transportés dans les contrées lointaines, sans oublier cependant que nous sommes tranquillement endormis dans notre chambre.

Une analyse attentive des phénomènes, telle que peuvent la faire des hommes instruits et iiitelligents qui ont consenti à se soumettre à l’action du magnétisme, montre combien il est difficile, même au sujet endormi, de se rendre compte qu’il ne simule pas. Pour faire ces observations, il ne faut pas que le sommeil soit très-profond, il est nécessaire de ne pas dépasser la première période, celle qu’on pourrait appeler période à'en^ourdiSsement. A cétte période du sommeil, la conscience est cous'ervée, et cependant il y a un commencement d’automatisme très-manifeste.

Un médecin de Breslau avait affirmé à M. Heidenhain* que le magnétisme ne ferait aucune impression sur lui ; mais, après qu’il eût été engourdi M. Hansen, le magnétiseur, il ne put prononcer une parole. 'Réveillé, il déclara qu’il aurait très-bien pu parler, et que, s’il n’avait rien dit, c’est parce qu’il avait voulu ne rien dire. Nouvel engourdissement par quelques passes ; nouvelle impuissance de la parole. On le réveille encore, et il est forcé de reconnaître que, s’il ne parlait pas, c’est qu’il ne pouvait pas parler.

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Un de mes amis, étant seulement engourdi, et non tout à lait endormi, a bien étudié ce phénomène d’impui$;5ance cpïncidant avec l’illusion de la puissance. Lorsque je lui indique un mouvement, il l’exécute toujours : même lorsque, avant d’être magnétisé, il était parfaitement résolu à me résister. Cependant, dès qu’il est engourdi, il ne peut plus résister. C’est ce qu’il a le plus de peine à comprendre, à son réveil. — « Certainement, me dit-il, je pourrais résister, mais je n’ai pas la volonté de le faire. » Aussi est-il quelquefois tenté de croire qu’il simule. « Quand je suis engourdi, me dit-il, je simule l’automatisme, quoique je puisse, ce me semble, faire autrement. J’arrive avec la ferme volonté de ne pas simuler, et malgré moi, dès que le sommeil commence, il me paraît que je simule. » On comprendra que ce genre de simulation d’un phénom,ène se confond absolument avec la réalité de ce phénomène. L’automatisme est prouvé par le seul fait que des personnes de bonne foi ne peuvent pas agir autrement que des automates. Peu importe qu’elles s’imaginent pouvoir résister. Elles ne résistent pas. Voilà le fait qui doit être pris en considération, et non l’illusion qu’elles se font de leur soi-disant pouvoir de résistance.

On voit que les objections, faites, hardiment autrefois, timidement aujourd’hui, à la réalité du somnambulisme, ne peuvent être de quelque poids en présence de l’ensemble imposant des preuves formelles, et, jusqu’ici, irréfutables, que nous avons indiquées plus haut.

En effet, si nous manquons d’une preuve absolue, au moins nous avons un ensemble de preuves qui démontrent manifestement combien l’hypothèse de la simulation est absurde. Le scepticisme scientifique est une excellente méthode ; mais il ne faut pas le pousser au point que tout soit illusion et duperie. Ad-

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mettre que des centaines d’observateurs, salaces et réservés d’ordinaire, se sont laissé abuser par des mystifications prolongées, que ces mystifications s’exercent sans cesse, n’apportant nul profit que des vexations insupportables à ceux qui s’y complaisent, et supposer que cette plaisanterie se soit répétée sans se modifier, pendant un siècle, dans les pays les plus divers, c’est tomber dans un excès de prudence. Pour tout homme qui a examiné la question, il est aussi ridicule de douter de la réalité du somnambulisme que de la réalité de l’épilepsie.

Au demeurant, s’il est encore des gens qui hésitent, qu’ils voient par eux-mêmes, qu’ils étudient, qu’ils expérimentent, ils seront bientôt convaincus que leur doute n’est pas justifié, tant les faits sont nets, éclatants, tant ils imposent à toute hésitation leur autorité supérieure. [I]

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