‹ L'homme et la bêteChapitre 102 sur 232 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

humains, qu’elles roulent avec une adresse et une patience surprenantes, jusqu’à ce qu’elles aient trouvé un terrain favorable pour les y ensevelir. Ces boulettes sont des provisions de bouche que la mère prévoyante a recueillies et préparées pour les petites larves qui sortiront de ses œufs. Les Ateuchus sont figurés sur un très-grand nombre de monuments, et souvent avec des dimensions gigantesques. On les a aussi découverts en nature, embaumés et desséchés, dans les tombeaux et les hypogées. Les Égyptiens les portaient suspendus à leur cou, comme amulettes ou talismans. II est curieux de remarquer que la croyance superstitieuse au pouvoir magique ou divin des Ateuchus existait |aussi chez les Étrusques. Les prêtres égyptiens avaient-ils remarqué la bizarre industrie pratiquée par ces Coléoptères au profit de leurs larves, et jugé utile de protéger des animaux qui se chargeaient ainsi du soin de faire disparaître les matières immondes ; ou croyaient-ils que le travail des Ateuchus pouvait contribuer à augmenter la fertilité du sol ? Ces suppositions ne sont peut-être pas plus invraisemblables que tant d’autres, par lesquelles on a tenté de justifier ou d’excuser les dogmes et les pratiques bizarres des religions anciennes.

Le culte des Scarabées coprophagcs ne semblera pas à beaucoup de gens plus étrange que celui des Cynocéphales, et il serait hardi de prétendre que la vénération dont ces affreux Quadrumanes étaient l’objet eut sa raison d’être dans des services quelconques rendus par eux aux peuples de l’Égypte. Cette explication toutefois ne doit pas être écartéed’une manière absolue, sans préjudice,

bien entendu, de celles qui ont été proposées d’ailleurs, et que de très-bons esprits ont jugées suffisantes.

Mais avant de rechercher les causes possibles ou probables d’un genre de zoolàtrie qui n’est pas, comme nous le verrons bientôt, un cas isolé dans l’histoire des superstitions, résumons en quelques mots l'histoire naturelle du Singe sacré de l’Égypte antique.

Les Cynocéphales (du grec K-Jtov, gén. *uvô;, Chien, et tète ) sont ainsi nommés à cause de la conformation de leur tète et surtout de leurs mâchoires, qui leur donne une certaine ressemblance avec le Chien. Cette ressemblance n’est pourtant que très-imparfaite, et si l’on veut bien comparer ensemble les deux types, on reconnaîtra que l’avantage est tout entier du côté du Chien, dont l’honnète physionomie contraste sensiblement avec la face intelligente sans doute, mais en même temps impudente et féroce, du Cynocéphale.

11 n’est pas juste de dire, avec M. Brehm, que les Cynocéphales « occupent le plus bas degré de l’échelle des Singes ». Sous le rapport des facultés mentales et delà force physique, ils ne se montrent inférieurs qu’aux grands Anthropomorphes; et encore n’est-il nullement prouvé qu’ils n’aient pas plus d’intelligence que le Gorille. En tous cas, quelles que soient leur férocité et leur sauvagerie natives, ils ne se montrent pas, comme celui-ci, rebelles à toute éducation :bien au contraire. Pris jeunes, non-seulement ils s’apprivoisent, s’attachent à leur maître et lui obéissent, mais ils deviennent aisémentdes « Singes savants », et apprennent à exécuter toutes sortes de tours et d’exercices. Ils ne se corrigent jamais, a la vérité, de

Page 1