CHAPITRE IV
certains vices dégoûtants, qui forment en quelque sorte le fond de leur caractère. A mesure qu’ils avancent en Age, leur violence et leur perfidie naturelles reprennent le dessus, et obligent le plus souvent leurs possesseurs à s’en défaire. Mais ils ont cela de commun avec beaucoup d’animaux, et notamment avec la plupart des autres Singes. À l’état sauvage, ils sont de tous, sans exception , les plus redoutables, à raison de leur force, de leur audace, de leur astuce , des armes terribles dont la nature les a pourvus, et aussi parce qu’ils semblent avoir compris que l’union fait la force. Au lieu de s’isoler comme les Gorilles, les Orangs et les Chimpanzés, ils se réunissent en troupes nombreuses et bien disciplinées; ils ont une tactique; ils se soutiennent dans l’attaque, dans la défense et dans la fuite, avec un dévouement et une énergie qu’on ne rencontre pas toujours parmi les hommes. Leur voisinage est pour les planteurs africains un véritable fléau , car ce sont d’habiles et effrontés voleurs, qui viennent la nuit piller vergers, potagers et vignobles, en ayant soin de placer en observation des sentinelles dont la vigilance n’est jamais en défaut. On assure qu’ils font la chaîne pour se passer les fruits de main en main , et qu’au premier signal d’alarme ils se bâtent d’arracher tout ce qu’ils ont sous la main et de cacher leur butin en dehors de l’enclos, pour revenir le chercher plus tard et l’emporter dans leurs repaires. Tout cela certes n’est point le fait de Singes inférieurs. Que les Cynocéphales soient des bandits, qu’ils aient, selon l’expression de Scheittlin , « l’âme méchante, » soit ; mais on ne peut leur contester la force, ni l’intelligence, ni
Cj nocéphalcs au pillage.
même, de l’aveu M.de Brehm, quelques bonnes qualités. « Ils ont, dit cet auteur, les uns pour les autres, et principalement pour leurs enfants, un amour extraordinaire; ils aiment aussi l’homme qui les a soignés et élevés, et se rendent môme utiles de diverses manières. »
Vous allez voir quo nous arriverons peu à peu à découvrir une foule de raisons plus satisfaisantes les unes que les autres pour expliquer les honneurs divins décernés en Égypte aux Cynocéphales. La première de toutes est la double ressemblance de ces Singes avec l'Homme et avec le Chien ; la seconde c'est leur intelligence, de beaucoup supérieure à celle de tous les animaux connus des Égyptiens; c’est leur malice môme qui, jointe à une vigueur et à une adresse extraordinaires, devait les faire considérer comme des démons incarnés, comme des génies dont on avait beaucoup à craindre, mais peut-être aussi beaucoup à espérer. Puis, si les Cynocéphales sont incommodes et malfaisants pour l’Homme , ils ne sont guère moins redoutables pour les animaux, et leur présence était peut-être une garantie contre les attaques des Lions et des Panthères.
En effet, ils ne sont point sylvieoles comme la plupart des autres Singes : ils habitent les rochers nus, les montagnes arides et peu élevées. Ils devaient être nombreux dans les chaînes qui enserrent la vallée du Nil, c’est-à-dire l’Égypte habitable et cultivée. C’en était assez pour que les bêtes de proie ne pussent s’y établir. Car les plus terribles carnassiers hésitent à les attaquer ; ou , s’ils osent s’emparer d’individus isolés, ils ont bientôt eux-mêmes à se défendre contre toute la nation, qui se