CHAPITRE V
veiller au bonheur et au salut du peuple égyptien, comme si le dieu Thôth, après avoir fait élection de domicile dans le corps d’un de ces Oiseaux , eût confié spécialement à l’espèce entière le soin de continuer son œuvre bienfaisante. L’Égvpte, disait-on, était incessamment menacée d’une effroyable invasion : des légions de Dragons, de Serpents ailés cernaient son territoire du côté du désert, n'attendant qu’une occasion pour s’y abattre. Mais par bonheur l’Ibis s’en allait chaque année faire la guerre à ces monstres et les exterminer; ils n'en reparaissaient pas moins l’année suivante, et l’Ibis recommençait sa besogne sans jamais se lasser. On croyait aussi que le seul contact des plumes de l’Ibis faisait périr ou frappait de stupeur et de paralysie lesSerpents et les Crocodiles. Enfin, l’art médical était, assurait-on, redevable à cet Oiseau de certain remède interne qui ne se prend point par la bouche, et que l'Ibis savait très-bien s’administrer, sans le secours d’aucun instrument étranger, grâce à la longueur de son cou et de son bec recourbé, bref, l'Ibis avait par toute l’Égvpte ses temples et ses prêtres; on lui prodiguait pendant sa vie les soins les plus attentifs; on le gratifiait après sa mort d'un embaumement de première classe, et la loi punissait de la peine capitale le meurtre, même involontaire , d’un de ces vénérables Échassiers.
Or, les commentateurs et les interprètes des croyances antiques ont pensé d’abord que dans les fables relatives à l’Ibis il y avait, comme dans beaucoup d'autres, un fonds de vérité, et que si cet Oiseau ne faisait pas la guerre aux Dragons et aux Serpents ai lés, c’était néanmoins pour l’Homme un utile allié contre des animaux réels et nui-
siblcs, tels que les Serpents venimeux, les Scorpions, les Criquets, les Limaces. M. J. Henry adopte cette opinion. « L’Ibis, dit-il, contribuant à débarrasser l’Égypte des Insectes et des vermisseaux que faisaient pulluler les eaux de l’inondation lors de leur rentrée dans le Nil, était un des bienfaiteurs les plus réels de ce pays... » La vérité, parfaitement établie par les consciencieuses recherches
lbàs noir et Ibis blanc.
du naturaliste Savigny, est (pie l’Ibis ne mange point de Serpents. Il se nourrit principalement d'insectes aquatiques et de Mollusques nus, de Vers et aussi, dit-on, d’herbes tendres. C’est, du reste, un Oiseau fort estimable. Ses mœurs sont honnêtes et douces. Le mêle et la femelle, une fois unis, observent l’un envers l'autre une