CHAPITRE V
constante fidélité, et se consacrent au soin de leurs couvées, qui sont de deux à trois petits, jusqu’à ce que ceux-ci soient en état de voler et de pourvoir eux-mèmes à leur subsistance. Ces particularités avaient peut-être contribué plus qu’on ne croit à rendre l'Ibis respectable aux yeux des Égyptiens ; mais Savigny attribue à d’autres causes plus décisives le culte dont il était l’objet. Ce naturaliste fait remarquer que les Ibis sont des Oiseaux migrateurs; ils arrivaient régulièrement chaque année lorsque le Nil commençait à grossir, et disparaissaient quand les eaux étaient rentrées dans leur lit. « Au milieu de l’aridité et de la contagion, fléaux qui de tout temps furent redoutables aux Égyptiens, ceux-ci, dit Savigny, s’étaient aperçus qu’une terre rendue féconde et salubre par les eaux douces était incontinent habitée par l’Ibis. » La présence de cet Oiseau était donc inséparablement liée dans leur esprit au bienfaisant phénomène de l’inondation. Par une erreur de raisonnement habituelle aux esprits peu philosophiques, et qui consiste à prendre l’effet pour la cause, et réciproquement, les Égyptiens se persuadèrent sans doute que c’était l'Ibis qui amenait l’inondation, tandis que c’était la transformation de la vallée du Nil en un vaste marécage qui ramenait périodiquement les Ibis en Égypte.
Depuis que le culte des anciens dieux a été remplacé dans ce pays par l’islamisme, les Ibis y sont devenus de plus en plus rares : probablement parce qu’au lieu d’v être entourés de respect, ils y sont traités comme un vulgaire gibier, bien que leur chair soit un manger des [tins médiocres.