‹ L'homme et la bêteChapitre 110 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

fleury J'ajoute seulement que, plus heureux que ses anciens confrères en divinité, le Chat a su conserver dans l’Égypte musulmane des amis et des protecteurs zélés. C’est ce qui ressort du passage suivant, communiqué à M. Champfleury par un égyptologue distingué , M. Prisse d’Avesnes :

a Le sultan El-Daher-Beybars, qui régnait en Egypte et en Syrie vers 608 de l’hégire ( 1200 de J.-C.) , et que Guillaume de Tripoli compare à César pour la bravoure et à Néron pour la méchanceté, avait aussi, dit M. Prisse d’Avesnes, une affection toute particulière pour les Chats. A sa mort il légua un jardin appelé Ghevt-el-Gouttah (le verger du Chat , situé près de sa mosquée, en dehors du Caire, pour l’entretien des Chats nécessiteux et sans maîtres. Depuis celte époque, sous prétexte qu’il ne produisait rien, le jardin a été vendu par l’intendant, revendu maintes fois par les acheteurs, et, par suite de dilapidations successives, ne rapporte qu’une rente honorifique de io piastres par an, qui est appliquée, avec quelques autres legs du même genre, à la nourriture des Chats. I.c kadi étant, par office, gardien de tous les legs pieux et charitables, fait distribuer chaque jour à l’usr (heure de la prière, entre midi et le coucher du soleil), dans la grande cour du tnehkémeh, ou tribunal, une certaine quantité d’entrailles d'animaux et de rebuts de boucherie coupés en morceaux, qui servent de pâture aux Chats du voisinage. A l’heure habituelle toutes les terrasses en sont couvertes; on les voit, aux alentours du

1 Les Chats, 1 vol., Paris, in-18, 1869, el in-8°, 1870.

Festin drs Chois ou Coiiv.

mékémeh, sauter d'une maison à l’autre, à travers les ruelles du Caire, pour ne pas manquer leur pitance, descendre de tous côtés le long des moucharabyelis et des murailles, se répandre dans la cour, où ils se disputent, avec des miaulements et un acharnement effroyables, un repas fort restreint pour le nombre des convives. Les habitués ont fait table rase en un instant : les jeunes et les nouveau-venus, qui n’osent participer à la lutte, en sont réduits à lécher la place. Quiconque veut se débarrasser de son Chat va le perdre dans la cohue de cet étrange festin. J'v ai vu porter des couffes pleines de jeunes Chats, au grand ennui des voisins. »

J’arrive à l'un des plus célèbres parmi lesanimaux sacrés de l’Égypte, à l’Ichneumon, dont les auteurs anciens, Hérodote, Strabon, Pline, Élien, ont raconté tant de merveilles. A les en croire, l’Ichneumon était au temps jadis un terrible destructeur de Reptiles. Selon Klien, il ne craignait pas d’attaquer les plus grands Serpents; mais il employait pour cela un singulier stratagème. Il se roulait dans le limon du Nil, et s’exposait aux rayons du soleil jusqu’à ce que ce limon fût desséché et formât sur son corps une sorte de cuirasse : c’est revêtu de cette armure, et ramenant encore sa queue en avant, en guise de bouclier, que l’Ichneumon s’en allait en guerre contre les Reptiles venimeux. Selon Pline, il faisait preuve d’un courage encore plus grand dans sa manière de combattre le Crocodile, lorsque ce monstre, repu de chair, s'étendait au soleil, les yeux fermés, la gueule ouverte, pour se faire curer les dents par le Trochilus, l’Ichneumon, audacieux et fluet, s’introduisait dans le gouffre

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