‹ L'homme et la bêteChapitre 111 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

béant , déchirait d’abord la gorge du Crocodile , puis, se frayant un chemin avec ses dents et ses ongles, arrivait jusqu’au cœur, qu’il dévorait. Certes, un aussi vaillant animal était bien digne de la vénération des peuples de l’Egypte. De quelle divinité était-il l’emblème? C’est ce que je ne saurais dire. Ni Champollion ni M. J. Henry

Citasse à ricUucuraon en Egypte.

ne s’expliquent sur ce point; mais il parait certain que richneumon partageait avec le Chat, le Milan, l’Ibis et d’autres animaux réputés amis et protecteurs de l'Homme, les honneurs cl les privilèges attachés à la qualité divine. Sans prendre au sérieux les fables ridicules débitées sur son compte par ses panégyristes grecs et latins, la plu-

part des ailleurs modernes ont admis qu’il rendait réellement d’importants services en détruisant des Serpents, des Rats, en dévorant les œufs de Crocodile, ou même les jeunes Crocodiles nouvellement éclos. Malheureusement, les observations des naturalistes et des voyageurs modernes ne confirment pas cette opinion. Les Crocodiles étant devenus fort rares en Egypte, on ne peut guère savoir si l’Ichneumon mange leurs œufs ou leurs petits. Quant aux Serpents venimeux, il n’a garde d’y toucher. Il dévore, du reste, tous les animaux sur lesquels sa force, son agilité et scs dents aiguës lui donnent la supériorité : Lièvres, Lapins, Rats, Lézards, Oiseaux sauvages ou domestiques. Il est, comme chez nous la Fouine et la Relette, le fléau des basses-cours. Aussi les fellahs d’aujourd’hui, loin de professer à son égard le moindre respect, l’ont-ils en exécration et lui font-ils la chasse sans trêve ni merci.

a Les rapines auxquelles se livrent les Iclincumons, dit M. Brehm, ont valu à ces animaux toute la haine des paysans égyptiens; ils pillent leurs basses-cours, détruisent surtout les œufs des poules , qui dans ce pays nichent en liberté comme les autres Oiseaux. Ils ne leur sont, par contre, d’aucune utilité.... Détruire l'Ichneumon est pour les Égyptiens une œuvre pieuse. Il suffit d’entrer dans un village et d’annoncer qu’on veut "chasser les Nims (c’est le nom que les Arabes lui ont donné) pour que chacun , jeune et vieux, soit prêt à vous venir en aide. Le paysan, dans les champs, abandonne sa pelle et sa pioche, le tisserand se lève de son métier, l’arroseur donne du repos à ses bœufs et laisse les champs avoir

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