CHAPITRE VI
à celui qu’on rendait en Égypte au Taureau Apis et aux autres animaux divins nourris dans les temples. Les dévots Hindous respectent les animaux sacrés; ils prennent garde de ne leur faire aucun mal, aucune offense; ils les font figurer parfois dans les cérémonies, mais ils ne leur adressent point de vœux, d’hommages ou de prières. Il y a sous ce rapport entre les deux religions une différence considérable, et qui me parait être à l’avantage du brahmanisme.
En revanche, le nombre des animaux sacrés ou respectables est dans l'Inde presque illimité. Il est môme évident que, pour être logiques, les sectateurs de Brahma et de Bouddha devraient respecter tous les animaux sans exception , s’abstenir de les tuer, de les réduire en servitude et de les astreindre au travail, ne manger ni \iande, ni gibier, ni poisson. Ainsi font ceux qui veulent observer en conscience les prescriptions des Yédas (livres sacrés). Ceux-là ne vivent que de substances végétales; ils se dérangent de leur chemin de peur d’écraser un Ver ou de déranger un Reptile; ils se laissent dévorer par la vermine plutôt que de tuer une Puce ou une Punaise. Mais, hélas! dans le brahmanisme comme dans toute autre religion, les vrais fidèles, les pratiquants scrupuleux ne forment qu’une infime minorité. La majorité en prend à son aise, cherche avec le ciel des accommodements, trouve moyen d’éluder la loi ou, plus souvent, affecte de s’y conformer ostensiblement , mais dans le particulier ne se fait faute de la violera chaque instant. Si bien que le nombre des animaux vraiment sacrés et inviolables est, en somme, assez restreint. Au premier
rang de ces bêles privilégiées il faut placer la Vache, puis l'Éléphant blanc et enfin les Singes, ou du moins certains Singes, carje ne saurais dire que tous les animaux de cette grande famille aient droit aux mêmes égards, à la même vénération.