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CHAPITRE VII

Le culte des Animaux dans l’Inde. (Suite). — La Vache. — Pénitence pour le meurtre involontaire d’une Vache. — La queue de la Vache. — La graisse de Vache et l'Insurrection des Cipahis en 1857. — Culte de l'Éléphant blanc chez les Bouddhistes. — Le Seigneur de CKléphant blanc. — Les Éléphants blancs du roi de Siam. — Ce que sont les Éléphants blancs. — Vénération des Hindous pour les Singes. — Temples ou hospices à l'usage de ces animaux. — Le Singe et le confiseur. — Le Semnopithèque Entelle. — Les Entoiles, inviolables. — Le Fakir battu par les Singes. — La légende Birmane du dieu Hanouman.

Le fétichisme que le code de Manou impose aux croyants à l’égard de la Vache dépasse tout ce que l’imagination peut réver de plus grotesque. Nous avons vu qu’une Vache divine, Khamadenou, consubstantielle à la déesse Lackmi et nourrice de l’univers, était née du barattement de la mer de lait. Mais la vénération que lesBrahmanistesont vouée à cette béte idéale, le code de Manou l’étend à toutes les Vaches en chair et en os qui broutent l’herbe des prairies depuis le Gange jusqu’à l’Indus,* et qui sont considérées comme autant d’incarnations de la bienfaisante divinité, compagne inséparable du bon Vishnou. Toutefois, dans les temps védiques il était permis, en de certaines circonstances, de tuer une Vache; on en immolait quelquefois aux dieux, et l’on pouvait même faire à un hôte de distinction la galanterie d’égorger en son honneur un Veau ou une Génisse.

CHAI’ITHE VII.

Mais la superstition, avec le temps, fit des progrès, et à l’époque où fut rédigé le code de Manou elle s’était tellement développée et enracinée, que le Manhava- Dharina-Sastra' assimile le meurtre volontaire d’une Vache à l’assassinat d’un brahmane , c’est-à-dire an forfait «pie la loi religieuse des Hindous considère comme le plus exécrable et frappe des peines les plus rigoureuses. L’auteur d’un si noir attentat est, en conséquence, puni de mort. Quant au malheureux qui a tué une Vache sans le faire exprès, le législateur sacré veut bien user envers lui d’indulgence et lui permettre d’expier sa faute en se conformant aux prescriptions que voici : « Celui qui a commis le crime secondaire de tuer une Vache par mégardc doit, après s’ètrc rasé la tète entièrement, avaler pendant un mois des grains d’orge bouillis dans l’eau, et s’établir dans un pâturage de Vaches, en se couvrant de la peau de celle qu’il a tuée. Pendant les deux mois qui suivent, qu’il mange le soir, une fois tous les deux jours, une petite quantité de grains sauvages non assaisonnés de sel factice (?... ; qu’il fasse scs ablutions arec de l’urine de Vache pouah!). Qu’il suive les Vaches tout le jour, et que, se tenant derrière elles, il avale la poussière qui s'élève sous leurs sabots. Que la nuit, après les avoir saluées, il se place auprès d’elles pour les garder. Pur et exempt de colère, qu’il s’arrête quand elles s’arrêtent; qu’il les suive lorsqu’elles marchent; qu'il s’assoie lorsqu’elles se reposent. Si une

1 Livre sacré composé selon les uns par Manou, 1,200 ans avant J.-C., mais qui selon d'autres n'est qu'une compilation faitopar le collège des Brahmanes.

Vache est malade ou assaillie par des brigands ou des Tigres, ou si elle tombe ou s’empêtre dans un bourbier, qu'il la dégage par tous les moyens possibles. Pendant la chaleur, la pluie ou le froid, ou lorsque le vent souffle avec violence, qu’il ne cherche pas à s’abriter avant d’avoir mis les Vaches à couvert de son mieux. S’il voit une Vache manger du grain dans une maison, un champ ou une grange appartenant soit à lui-même, soit à d’autres, qu’il se garde d’en rien dire, de même que lorsqu’il voit un jeune Veau boire du lait. Le meurtrier d’une Vache qui se dévoue suivant cette règle au service d’un troupeau efface en trois mois la faute qu’il a commise...» Il n’en est pas quitte néanmoins, comme on pourrait le croire, pour ces trois mois passés à suivre les Vaches, à les servir, à les protéger, à se débarbouiller avec leur urine et à manger la poussière que soulèvent leurs pieds. Le saint législateur n'oublie pas les intérêts temporels du corps sacerdotal , car il ajoute, en manière de postscriptum, cette petite clause, qui n’a l’air de l ien et qui est tout : « En outre, lorsque sa pénitence est entièrement accomplie, (pie le coupable donne dix Vaches et un Taureau, ou, s'il n'en a pas le moyen, qu’il abandonne tout ce qu'il possédé à des brahmanes versés dans le Véda. »

Tout ce qui est de la Vache, tout ce qui en vient, tout ce qui la touche possède, suivant le code de Manou, un caractère sacré et des vertus éminemment purificatives; en sorte qu’il n’est pas rare de voir les Hindous se livrer, sous prétexte de purification, aux pratiques les plus dégoûtantes, les (tins malsaines et les plus ridicules.

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