CHAPITRE II
pour la chair de son semblable la moindre répugnance, il la trouve au contraire préférable à toute autre. De telle sorte que l’anthropophagie est pour certaines peuplades une affaire de goût plutôt que de nécessité, et qu’on ne peut même pas alléguer la famine comme circonstance atténuante de cette pratique abominable.
Les Vitiens, qui peuvent passer pour le type accompli d’une race cannibale, ne manquent pas d'aliments autres que la chair humaine. Ils ont du poisson , des Crustacés, des Tortues, même des Porcs et de la volaille, et leurs îles produisent en quantité des Ignames, des Bananes, des noix de Coco, du lato, du mandrai, etc. Williams rapporte que dans une solennité les Vitiens offrirent à leur dieu de la guerre « dix mille ignames pesant chacune de (5 à 12 liv.), trente Tortues, quarante racinesde yaliona, dont plusieurs très-grosses, plusieurs centaines de poudingsdu pays (deux tonneaux), cent cinquante Huîtres géantes, quinzcmelonsd’eau, des noix deCoco, uncgrande quantité de Crabes de terre violets, de taro et de bananes mûres. Le même voyageur vit, dans une autre circonstance, deux cents hommes occupés pendant six heures à réunir, pour un repas public, des aliments apprêtés. « Il y avait, dit-il, six monceaux d’ignames, de taro, île vakalolo, de Porcs et de Tortues. Le tout montait à environ cinquante tonneaux d’ignames cuits et de taro, quinze tonneaux de pouding doux, soixante-dix Tortues, cinq charretées deyakona et environ deux cents tonneaux d'ignames fraîches. » Voilà des gens qui certes ne manquent pas de vivres, et qui pourtant s’entre-dévorent comme ne feraient pas des Hyènes et des Loups affamés. « Le cannibalisme est