CHAPITRE Vil
Pour le conquérir ou le conserver, ils ne reculent devant aucun sacrifice, et se font la guerre avec autant d’acharnement que s’il s’agissait d’une riche province ou de leur couronne même. « Cette distinction enviée, dit M. Dubois de Jancigny, a été depuis des siècles autant un objet d’ambition dans les États bouddhistes, que l'empire universel l'a été parmi les nations de la chrétienté. Le souverain de Tonghou était autrefois en possession de ce titre avec toutes ses prérogatives; il lui fut enlevé par le roi de Siam, de qui, après des torrents de sang versé, il passa à la monarchie des Talaïns. Aussi Vincent Leblanc, parlant des guerres continuelles qui ont désolé ces deux royaumes, assigne-t-il pour cause à cette lutte obstinée la seule possession de l’Éléphant blanc : <t Fatale et malheureuse hôte, qui a coûté la vie « à cinq rois'. » Et il mentionne parmi ces victimes royales le roi de Pégou, auquel l’Éléphant blanc a été pris par le roi d’Arracau. » Le môme auteur ajoute en note : « Nous trouvons duns les Annales siamoises la preuve de l’importance que les souverains de ce pays attachent à la possession non pas seulement d’un Eléphant blanc, mais d’un aussi grand nombre d'Éléphants blancs qu’il leur est possible de s’en procurer. Ainsi nous voyons qu’en 13i8 le roi de Siam se gloriliait d’avoir en sa possession sept Éléphants blancs : circonstance tout à fait extraordinaire, et qui ne pouvait être
* Si ce n'était que cela ! mais les milliers île pauvres gens qui ont péri dans ces guerres, victimes de la sottise de leurs maîtres, voilà ceux dont, à mon sens, Vincent Leblanc aurait dû déplorer le sort.
attribuée qu’à la faveur divine 1 .» En 1508, le roi de Pégou , alors puissant, offrit à son voisin, le roi de Siam , une somme énorme pour l'acquisition de deux Éléphants blancs. Le marché n’ayant pas été accepté, le roi de Pégou, sans déclaration de guerre, se mit en marche à la
Éléphant blanc du roi du Siam.
tête d’un armée, s’empara de la capitale du royaume de Siam, et du même coup se rendit maître des animaux que son confrère avait refusé de lui vendre.
« Lorsque Crawfurd et Finlayson étaient à Bangkok ,
1 Ouvrage citi', p. 230.