CHAPITRE VU
dit encore M. Dubois de Janeignv, après l’audience solennelle qu’ils curent du roi, on conduisit les étrangers, selon l’étiquette, au palais des Éléphants blancs. Ces animaux ont, aux yeux des Siamois, une valeur inestimable, parce que dans tous les pays bouddhistes, où l’on croit à la métempsycose, les Éléphants blancs sont vénérés comme des animaux sacrés, dans le corps desquels résident les Ames des grands ancêtres. Il est ordonné, en conséquence, toutes les fois qu’il s’en montre un dans les forêts, de l’emmener à la cour, où il est logé le plus près possible du palais du roi. Si plusieurs se montrent à la fois, c'est un bon augure pour la famille royale. Celui qui a le bonheur de découvrir un Éléphant ' blanc reçoit une couronne d’argent et une dotation en terres, qui ne paye aucun impôt et qui est héréditaire jusqu’à la troisième génération. En 1822 il y avait à Siam six Éléphants blancs : plus que le roi n’en avait possédé depuis bien longtemps; ce que l’on considérait comme un signe évident de la faveur céleste. On en montra quatre aux Anglais; tous avaient été pris dans les provinces de Laos et de Cambodje, mais aucun dans le pays de Siam. Les États tributaires malais n’ont jamais fourni d’Éléphants blancs. Leur rareté augmente ainsi leur valeur, et plusieurs circonstances entretiennent les idées superstitieuses qui s’attachent à la possession de ces animaux. Chaque Éléphant blanc a son établissement à part et son titre royal. Le roi de Siam lui-même ne monte jamais un Éléphant blanc, attendu que celui-ci, comme on le disait un jour à un jésuite, pourrait bien être une majesté aussi grande que le roi lui-même. Cha-
cun d’eux, à Bangkok, avait son écurie à lui seul et dix domestiques à son service ; leurs défenses étaient ornées d’anneaux d’or ; ils avaient sur la tète un réseau d’or, et un coussin de velours sur le dos. Mais, comme leurs frères de couleur, ils étaient punis par leurs domestiques toutes les fois qu’ils commettaient un vol ou une autre faute. »
Les Éléphants blancs sont-ils d’une espèce ou d’une variété supérieure à leurs congénères gris foncé? Nullement. Il y a même lieu de croire, — et c’est l’opinion des auteurs compétents, — que leur blancheur n’est point un caractère spécifique, pas même un caractère de race, mais une anomalie analogue, sinon tout à fait semblable, à celle qu’on observe chez beaucoup d’autres animaux, et que l’on connaît sous le nom d 'albinisme. Les Éléphants blancs seraient donc tout simplement des albinos, et l’on sait que cet état physiologique n’est nullement, pour les animaux qui le présentent , une garantie de force, de santé et d’intelligence. Chez l’Homme, l’albinisme s’accompagne ordinairement de divers phénomènes pathologiques inhérents aux constitutions débiles, lymphatiques, avec tendance aux scrofules. H en serait de même, dit-on, des Éléphants blancs : ils sont de petite taille et généralement souffreteux, et leur peau blanche est souvent affectée d’éruptions dartreuscs, de crevasses, de pustules et d’abcès. Il parait cependant que ceux qu’on fit voir aux ambassadeurs anglais Crasvfurd et Finlayson étaient d’une grandeur ordinaire et d’une santé parfaite.
C’est, dit-on, en souvenir du secours décisif que Rama,