CHAPITRE VII
septième incarnation de Vishnou, reçut du roi des Singes, Hanouman, dans sa guerre contre le géant Ravana , que les Brahmanes ont voué aux Singes une vénération singulière , et que la loi védique assure à ces animaux une inviolabilité absolue. Mais ici, comme dans les autres cas précédemment cités, la croyance a la métempsj cose exerce certainement une grande influence sur l’esprit superstitieux des Hindous et des Indo-Chinois ; car le le respect pour les Singes n’est pas moins grand au delà qu'en deçà du Gange, et la légende de Rama et de son allié Hanouman a été conservée par la tradition bouddhique. De part et d’autre on reconnaît les Singes pour des êtres supérieurs, qui se placent dans la hiérarchie animale immédiatement après la \achc selon les Biahmanes, après l'Éléphant blanc selon les Bouddhistes, et qui ne doivent rccéler dans leur corps velu que des âmes de haute distinction. Des voyageurs parlent même de « temples magnifiques » élevés aux Singes-dieux dans certaines villes de l'Hindoustan ; mais il est probable que le mot « temple » est au moins ici une hyperbole, et désigne seulement des fondations pieuses, des édifices plus ou moins vastes et somptueux, où des Singes sont hébergés aux frais de particuliers opulents, ou de communautés religieuses comme il en existe en grand nombre dans les pays bouddhistes. C’est ainsi qu’Amehdabad , ville du Goudjerate, possède, — ou du moins possédait il y a quelques années trois hôpitaux ou hospices où des Singes malades étaient soignés par des médecins et des infirmiers.
Partout ces animaux jouissent d’une entière liberté
et d’une sécurité parfaite. Jamais, quoi qu’ils puissent faire, un Hindou ne se permettrait de les frapper ou de les rudoyer, et un Européen qui se montrerait moins tolérant à leur égard verrait toute la population s’ameuter contre lui. D’où il résulte que dans ces contrées les Singes se multiplient à l’aise, et leur effronterie ne connaît point de bornes. Ils envahissent les cités par troupes immenses, et, sûrs de l’impunité, pénètrent dans les maisons, où ils s’emparent de tout ce qu’ils trouvent à leur convenance; de sorte qu’en maint endroit les habitants sont obligés de griller leurs fenêtres pour préserver leurs demeures du pillage. Dans les villes où cette précaution est générale, les Singes établissent ordinairement leur quartier général dans le voisinage des marchés et des bazars.
« Un jour, à Calcutta , raconte un voyageur anglais , je m’amusai à en examiner un qui s’était posté en face d’une boutique de confiseur. Il faisait semblant de dormir ; mais à chaque instant il soulevait doucement la tète pour regarder tour à tour les piles appétissantes de fruits confits rangés sur le comptoir, et le marchand, qui était assis et fumait sa pipe sans négliger la surveillance de sa propriété. Au bout d’une demi-heure, le Singe se redressa comme s’il venait de se réveiller, bâilla, étendit nonchalamment ses membres, et alla s’asseoir quelques pas plus loin , affectant de jouer avec sa queue , mais regardant toujours de temps en temps , par-dessus son épaule, les sucreries, objet de sa convoitise. Enfin le marchand fait un mouvement; le Singe se rapproche. Le marchand entre dans son arrière-boutique;