CHAPITRE VIII
existe encore chez plusieurs tribus de l’intérieur de l’Afrique et de la cote de Guinée, particulièrement à Wydah , qui est aujourd’hui , si je ne me trompe, le chef-lieu d’une province du Dahomey. Déjà, au siècle dernier, le président de Brosses, dans sa dissertation sur le Culte des dieux fétiches, donnait, d’après les voyageurs Atkins, Bosman et des Marchais, des détails circonstanciés sur l’origine, l’histoire et l’organisation de cette singulière religion. Selon cet auteur, le Serpent qu’on adorait à Wydah (de Brosses écrit Juidah ) était « un bel animal, de la grosseur de la cuisse d’un homme, long d’environ sept pieds, rayé de blanc, de bleu , de jaune et de brun, la tête ronde, les yeux beaux et fort ouverts, sans venin , d’une douceur et d’une familiarité surprenantes avec les Hommes. Les Reptiles de cette espèce, continue de Brosses , entrent dans les maisons, se laissent prendre sans défiance, et n’attaquent que les Serpents venimeux , longs, noirs et menus, dont ils délivrent souvent le pays ». D’après la tradition reçue à Wydah, tous ces Serpents rayés descendent d’un seul individu, qui, vivant depuis plusieurs siècles et ne cessant point de grandir, est arrivé à une taille prodigieuse. Ce Reptile était dans l’origine le dieu protecteur des Nègres d’Ardra; mais ceux-ci s’étant, parleur méchanceté, par leurs crimes, rendus indignes de ses bontés, il se décida un jour à les abandonner pour passer chez ceux de Wydah. Ce fut au moment même où une bataille allait se livrer entre les deux nations que le Serpent-dieu accomplit cette résolution et passa d’une armée à l’autre. Les gens de Widah , loin d’être effrayés en le voyant s’avancer parmi
Le Serpent-dieu et le grand prêtre de Wydah.
eux, lui trouvèrent un air si paterne qu’ils se sentirent de suite portés à lui faire fête. Leur grand prêtre, le prenant dans ses bras, le souleva de terre pour le montrer à toute l’armée. Le dieu se laissa faire de la meilleure grâce du monde; les guerriers de Wydah, pleins d’admiration et de reconnaissance, se prosternèrent devant lui et l’adorèrent; puis, s’élançant avec ardeur au combat , ils n’eurent pas de peine à culbuter leurs ennemis.
Rentrés dans leurs foyers, ils s’empressèrent de bâtir à leur nouveau dieu un temple où ils le transportèrent en grande cérémonie sur un tapis de soie (ces sauvages a\aient donc de la soie?... Enfin je donne la légende telle qu’elle est...; , avec tous les témoignages possibles de respect et d’allégresse. On lui vota un budget; on lui donna pour le servir des prêtres et des prêtresses, et il fut dès lors l’objet d’un culte fervent, qui naturellement se traduisait surtout par des offrandes. Naturellement aussi c’étaient les prêtres qui se chargeaient de recevoir et de faire agréer à la divinité ophidienne ces présents, qui étaient souvent fort considérables. C’étaient, dit de Brosses, des marchandises d’Europe, des pièces de toile de coton, des liarils d’eau-de-vie, quelquefois des troupeaux entiers. Les fidèles recevaient en échange, toujours par l’entremise des prêtres, les remerclments du dieu, les assurances de sa haute protection et les réponses aux questions que les donateurs lui avaient adressées louchant le succès de leurs entreprises.
Nul profane, pas même le roi ou chef de la nation, n’était admis dans le temple; et depuis l’époque indéter-