CHAPITRE VIII
minée où le divin Reptile y avait été installé, personne ne l’avait jamais revu. Aussi est-il fort probable qu’il n’v avait même pas de Serpent dans le temple; ou s’il y en avait un, ce n’était certainement pas celui de la légende. Mais à défaut de ce Serpent fantastique chacun pouvait et peut encore contempler sa nombreuse postérité ; c’està-dire que l'espèce dont il est considéré comme le premier père s’est multipliée sans obstacle à l’abri de la vénération dont elle est l’objet. Il n’est pas un Nègre bien pensant qui ne se tienne pour très-heureux et très-honoré de rencontrer un Serpent rayé , de le loger et de le nourrir. Si c’est une femelle et qu’elle soit pleine, on lui fait un nid où elle puisse mettre ses petits au monde et les élever jusqu’à ce qu’ils soient en état de chercher leur pâture, — si tant est du moins que les Serpents rayés dont il s’agit soient vivipares et prennent soin de leur progéniture.
Quiconque s’aviserait de faire le moindre mal à un Serpent sacré serait puni de mort. Bosman et des Marchais assurent que les premiers Anglais qui fondèrent un comptoir à Wydah, ayant tué et jeté devant la porte de leur magasin un Serpent qu’ils y avaient trouvé la nuit, furent massacrés jusqu’au dernier, et que la population furieuse détruisit par le feu leur comptoir et toutes les marchandises qu’il renfermait.
Un marchand portugais, ayant eu la curiosité de se procurer un Serpent fétiche, l’enferma dans une boite qu’il voulait emporter au Brésil. Comme il se rendait en canot à son navire, l’embarcation vint à chavirer. Le Portugais se noya; mais des Nègres repêchèrent la boite et l’ouvrirent, croyant y trouver des objets précieux. Grande
LE CL’ LTE DES SEUPENTS.
fut leur déception, et non moins grande leur indignation lorsqu’ils en virent sortir un de leurs dieux. L’auteur du sacrilège ayant péri, on ne manqua pas d'attribuer sa mort à la vengeance de la divinité outragée; mais ce châtiment ne suffit pas à apaiser la colère des Nègres. Ceux-ci s’en prirent à tous les Portugais qui fréquen-
Massacre de cochon» à \\ iiLih.
taient leur pays, et il fallut force présents pour que les prêtres et les chefs de la nation consentissent à permettre aux Portugais de continuer leur commerce.
l'ne autre fois ce furent les Cochons importés par des Hollandais qui furent l’objet d’une proscription générale