‹ L'homme et la bêteChapitre 131 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les uns, — c'est le plus grand nombre, — portent sur le dos, dans toute leur longueur, deux lignes brunes, tandis que d’autres sont irrégulièrement tachetés... La queue allongée et prenante et la facilité de quelques-uns d’entre eux à grimper pourraient les faire admettre dans le genre Leptophis, de Duméril et Bibron. »

M. Répin a visité à Wydah le temple où sont logés ces Reptiles. « Ce curieux édifice, dit-il, est une rotonde de dix à douze mètres de diamètre, et de sept à huit de hauteur. Ses murs, en terre sèche comme ceux des habitations, sont percés de deux portes opposées, par lesquelles entrent et sortent librement les divinités du lieu. La voûte de l’édifice, formée do branches entrelacées qui soutiennent un toit d’herbes sèches, est constamment tapissée d’une myriade de serpents. » Les uns montent ou descendent, enlacés à des troncs d’arbre disposés à cet effet le long des murailles; les autres, suspendus par la queue, se balancent nonchalamment en l’air; d’autres eneore dorment roulés en spirale sur le sol ou dans les herbes du toit. La nourriture ne manque pas à ces animaux; les fidèles en font les frais, comme de juste, et assez largement pour que les prêtres du temple, qui exercent en outre la double profession de sorciers et de médecins, y puissent trouver de quoi vivre au moins aussi bien que leurs dieux.

I)e Brosses fait remarquer que le culte du Serpent est très-répandu dans toute la IS'igritie et dans d'autres parties de l’Afrique, et cela dès la plus liante antiquité. « Il était, dit-il, l’objet de la religion des Éthiopiens dans le quatrième siècle de l’ère vulgaire, lorsque Frumentius

alla leur prêcher la foi chrétienne, et vint à bout de les convertir en détruisant le Serpent qui avait été jusqu’alors le dieu des Axumites. » On raconte que ce Serpent, d’une taille monstrueuse, s’appelait, dans la langue du pays, Arvve-.Midre, et que, selon une tradition reçue parmi les Abyssiniens, c’était la divinité que les premiers Éthiopiens adoraient de toute antiquité.

Les Nègres emmenés esclaves dans les colonies européennes y importèrent le culte du Serpent sous sa forme la plus abjecte et la plus odieuse, et leur apparente conversion au christianisme ne le leur fît point abandonner. Cette sorte de fétichisme, accompagnée de cérémonies horribles et mystérieuses et do sanglants sacrifices, devint dans plusieurs colonies, et particulièrement à Saint-Domingue, le lien d’une secte ou société secrète dont les chefs, grand prêtre et grande prêtresse, exerçaient sur tous les adeptes une autorité absolue. Quiconque y était affilié s’engageait à exécuter aveuglément tous leurs ordres, et ces ordres étaient presque toujours des arrêts de mort. Le culte du Voudou tel était le nom de cette horrible divinité se célébrait la nuit dans une vaste cabane servant de temple. Le Serpent-dieu habitait un coffre en bois odorant, orné de coquillages et de verroteries, autour duquel se réunissaient scs adorateurs. La cérémonie commençait par des danses frénétiques accompagnées d’une musique infernale. Puis la prêtresse, en proie au délire sacré, rendait des oracles et faisait connaître aux adeptes les volontés homicides du dieu, et l’on préludait au meurtre des personnes vouées ainsi à la mort par le sacrifice d’un chevreau. On procédait ensuite à la réccp-

Page 1