CHAPITRE II
immédiatement, tandis que dans d’autres cas ils conservent les corps jusqu’à un état de décomposition avancée 1 . »
Cet exemple de cannibalisme sensuel procédant uniquement, ce semble, d’un goût passionné pour la viande humaine, n’est pas le seul que je pourrais citer. Les voyageurs en ont constaté bien d’autres en Océanie, dans l’archipel indien et sur le continent africain. Toutefois il y a lieu de penser que le plus ordinairement l’anthropophagie a pour cause première l’insuffisance de nourriture, surtout de nourriture animale. Nous ne devons pas omettre de remarquer, à l’appui de cette supposition, que le fléau dont nous parlons est particulièrement un fléau des lies, et que la condition des habitants de ces îles n’est pas sans analogie avec celle des naufragés de la Méduse sur leur radeau. Confinés dans un espace de peu d’étendue que l’Océan cerne de toutes parts, et ne disposant que d’une quantité restreinte de substances alimentaires, ces malheureux Sauvages redoutent pardessus toute chose l’accroissement de la population. De là vient que le meurtre sous toutes ses formes est devenu en quelque sorte une de leurs institutions fondamentales, et qu'ils trouvent tout simple de faire servir les morts à la nourriture des vivants. On conçoit donc que ce ne soient pas les rares animaux domestiques, Chiens, Cochons, volailles, que possèdentles naturels de quelques-unes des îles de l'Océanie, qui puissent les détourner de leurs ha-
1 John Hubbock, L’Homme avant l'Histoire, traduit par E. Barbier, i vol. in-8»; Paris, 1807.