CHAPITRE IX
de purifier. Ces sacrifices étaient appelés en grec Tpcr-rJa, et en latin suovetaurilia.
Les victimes de toutes espèces étaient désignées chez les Grecs sous le nom générique de Uptiov. Mais les Latins distinguaient la victime sacrifiée aux dieux comme offrande expiatoire, pour apaiser leur colère, de celle qu’on leur offrait pour les remercier de leurs bienfaits. La première était appelée hostia; la seconde, viclima. Du reste les usages relatifs au choix de la victime et à l’accomplissement des sacrifices étaient à Rome à peu près les mômes que chez les Grecs.
En général, avant de mettre à mort la victime, on lui versait sur la tète un mélange de farine d’orge grillée et de sel ( mala salsn). Les personnes qui offraient le sacrifice se couronnaient de fleurs et portaient en outre à la main des guirlandes semblables. La victime elle-même était couronnée de fleurs, et si c’était un Bœuf, un Bélier, une Chèvre, on avait coutume de lui dorer les cornes. Avant de la frapper, on lui coupait sur le front une touffe de poils qu’on jetait dans le feu en guise de prémices.
Les animaux de grande taille étaient d’abord étourdis d’un coup de massue, après quoi on les saignait avec le couteau; ou bien on les frappait avec la hache. Quant aux animaux dont on se rendait maître aisément , le sacrificateur leur plongeait immédiatement son glaive dans la gorge. Lorsque la victime était offerte aux dieux de l’Olympe ou dieux d’en haut (super i), on lui tenait la tète relevée vers le ciel. C’était, au contraire, la tète courbée vers la terre, que les vic-
PRÉSAGES
times étaient immolées aux dieux infernaux ( inferi ).
Dans les temps héroïques, les rois ou chefs « pasteurs des peuples » étant revêtus de la dignité pontificale, accomplissaient eux-mêmes les sacrifices. Plus tard cette fonction fut dévolue aux prêtres. Plus tard encore ceuxci se contentèrent de présider au sacrifice, laissant la besogne sanglante à des aides. Le popa frappait le Taureau ou la Génisse avec la massue; le cullrarius lui plongeait le couteau dans la gorge; les victimarii préparaient les ustensiles, allumaient le feu, dépeçaient l’animal tué, faisaient en un mot, — qu’on me passe ces expressions triviales — la cuisine et le ménage du sacrifice. Lorsque la victime était morte, on extrayait ses entrailles, on les arrosait de vin, on les saupoudrait de farine et d’orge; puis on ajoutait quelques fragments d’une résine odorante et l’on brûlait le tout sur l’autel, à moins que le sacrifice ne fût dédié à quelque divinité de la mérou des fleuves : dans ce cas les entrailles étaient jetées à l’eau.
La croyance à la divination , aux prophéties , aux oracles, aux présages, n’est pas dans l’antiquité moins universelle que l’usage des sacrifices, et ceux-ci étaient, en même temps qu’un acte de soumission ou de gratitude envers la divinité, un des moyens dont se servaient les Grecs et les Romains pour demander aux dieux la révélation de l’avenir. L’aspect des entrailles de la victime, leur combustion plus ou moins rapide dans le feu allumé sur l’autel, la fumée plus ou moins abondante qui s’en dégageait, la direction que le vent imprimait à cette fumée ou à la flamme du foyer étaient autant do signes propices ou funestes; et l’interprétation de ces phéno-