CHAPITRE X
compensation aux angoisses et aux tristesses poignantes de la vie réelle. La crédulité prit alors les caractères et les proportions d’une maladie endémique, à laquelle n’échappèrent pas même les esprits supérieurs et relativement éclairés. Il n’y eut pas de supercherie grossière, d’aberration malsaine, de rêverie insensée qui ne réussît à séduire les uns, à effrayer les autres. La faculté attribuée à l’Homme d'entrer en commerce avec les Esprits infernaux , de s’allier avec eux contre Dieu et d’accomplir avec leur aille des prodiges surnaturels, fut universellement admise, et l’on vit, jusqu'à une époque très-voisine de la nôtre , de malheureux fous envoyés au bûcher par des juges tout aussi fous et tout aussi coupables qu’eux , puisque comme eux ils croyaient à la réalité de leurs sortilèges*.
La zoolâtrie même vint s’ajouter à tant d’autres su-
1 ■< La croyance il la sorcellerie a persiste ilurant tout le moyen âge
jusque vers le milieu du dix-septième siècle Mais ce fut à l'époque
de l'agitation religieuse causée par la Réforme que cette croyance produisit ses effets les plus désastreux. Il y eut alors une véritable épidémie de demonomanie. On ne vit partout que des sorciers et des possédés. On créa des tribunaux pour juger ces malheureux; on dressa des échafauds, on alluma des bûchers et l’on brûla des milliers de coupables Sous Charles IX on comptait, dit-on , 30,000 sorciers à
Paris seulement. A cette époque, il y avait bien |ieu d'hommes, même parmi les plus éclairés, qui doutassent de la réalité de la sorcellerie ,
et il eût été dangereux de manifester scs doutes Au dix-septième
siècle on continua de condamner un assez grand nombre d'individus comme coupables de sortilèges. P. de I .ancre, conseiller au parlement de Bordeaux, placé ii la tète d'une commission chargée de poursuivre les sorciers, en fit conduire au supplice cinq cents dans la seule année 1010.» (Dictionnaire français et Encyclopédie universelle de B. Dupiney de Vorepierre, art. Sorcellerie .)
LA SUPERSTITION AU MOYEN' AGE
perstitions insensées; et l’on n’en doit pas être surpris, puisque la prétendue science des alchimistes, des astrologues et des magiciens se parait du nom de science hermétique et faisait remonter son origine jusqu’au divin Thôth , à l’ Hermès trois fois grand de la vieille religion égyptienne.
Les animaux, à la vérité, n’étaient plus dieux ; mais ils pouvaient être Diables, c’est-à-dire que les Esprits malins, qui eux-mêmes n'étaient pour la plupart que d’anciens dieux païens réduits à la condition de Démons, re\ étaient souvent, pour tromper, corrompre ou effrayer les mortels, la forme de divers animaux, ou prenaient possession de leur corps. C’est ainsi que des Diables, sous forme de Boucs ou de Béliers, transportent les sorciers aux assemblées du sabbat, où un Bouc gigantesque, qui n’est autre que Satan lui-même, reçoit les hommages de ceux qui lui ont vendu leur âme. Le serpent Python (renouvelé des Grecs) est devenu le chef des Esprits de mensonge, qui inspirent les faux prophètes. Souvent les animaux nuisibles sont considérés comme les instruments directs du Démon , et ce rôle est particulièrement attribué au Serpent, que l’on se flatte de réduire à l’impuissance par cette formule d’exorcisme : « Au nom do Celui qui t’a créé, je t’adjure de rester immobile. Si tu refuses d’obéir, je te maudis de la malédiction dont le Seigneur t’a maudit. »
11 est étrange de voir ces croyances trouver un apologiste dans un écrivain contemporain fort érudit, et que j’aurai d’ailleurs l’occasion de citer dans ce chapitre : M. Léon Ménabréa, auteur d’un très-curieux