CHAPITRE X
travail sur les Procès faits aux animaux , publié en I8t6 dans le tome XII' des Mémoires de la Société académique de Savoie. « L’affection des Esprits malins pour les formes d’animaux était jadis une chose tellement connue, dit M. Ménabréa, qu’il ne faut en aucune façon s’étonner qu’une croyance vraie au fond et parfaitement orthodoxe, se mêlant aux rêves de la philosophie hermétique, ait donné lieu à des abus et contribué à propager l’usage des pratiques superstitieuses... On ne doutait pas qu’aux yeux des possédés les démons ne prissent des figures de bêtes sauvages ou de Heptiles tortueux, lorsque les exorcismes les forçaient à sortir du corps de ces infortunés. Enfin l’affection particulière du Diable pour les formes de Boucs et de Chats est encore de nos jours un fait si notoire, que je me dispense d’en parler. »
On ne doutait pas non plus que les sorciers, les sorcières, et en général tous ceux qui s’étaient placés sous la puissance de Satan, ne pussent euxaussisc transformer en bêles, et particulièrement en Loups ; et l’on sait que cette croyance, très-ancienne, puisqu’elle remonte à la légende biblique de Nabuehodonosor et à la fable païenne de Lycaon , s’est conservée dans nos campagnes, où les histoires de Loups-Garous sont encore prises au sérieux par beaucoup de gens. La Lycanthropie , du reste, comme presque toutes les autres superstitions démoniaques, était à la fois une erreur superstitieuse chez les uns, et une forme d’aliénation mentale chez les autres ; car de même que la plupart des sorciers croyaient réellement aller au Sabbat et s’y livrer à d’horribles orgies; de même que les déinonomanes se croyaient réellement
LA SUPERSTITION AU MOYEN AGE
possédés du diable; de même aussi bon nombre d'individus étaient convaincus qu’à certains moments ils se transformaient en Loups, soit par un acte de leur propre volonté, soit sous l’influence du pouvoir infernal auquel ils étaient soumis. C'est ainsi qu’au XVI e siècle un nommé Gilles Garnier fut condamné au dernier supplice par le parlement de Dole, pour avoir, « en forme de Loup-Ga- *rou, dévoré plusieurs enfants et commis d’autres crimes encore, » et cela, Je son propre aveu. La science des sorciers enseignait d’ailleurs divers procédés pour se métamorphoser en bête. Par exemple, une femme n’avait, pour se changer en Chatte, qu’à manger de la cervelle de cet animal, préparée d’une certaine façon, et à se frotter l’échine avec un petit morceau de chair enlevé à la région ombilicale d'un enfant nouveau-né.
11 va sans dire que les sorciers qui avaient acheté de Satan le pouvoir de donner des maladies aux gens, ou de les faire périr, ou d’attirer sur eux toutes sortes de calamités, exerçaient également ce pouvoir sur les animaux. En Hi8o, le sénat de Savoie condamna plusieurs individus comme coupables d’avoir ensorcelé des Bœufs, des Vaches, des Brebis, des Juments, des Cochons. Un certain Claude Morct, qui était au nombre des inculpés, avoua qu’il allait au Sabbat; un autre, Claude Garot, qu’il était Loup-Garou ; un autre encore s’accusa d’avoir « donné le baptême et l’Eucharistie à des Crapauds. »
On avait heureusement la ressource d’opposer aux influences malignes des démons et des sorciers l’intervention bienfaisante des saints. Un théologien du XV e siècle, Félix Ilcmmerlein, connu sous le nom de Malleolus, rap-