CHAPITRE X
procliaient beaucoup plus du sublime que du ridicule.
Mallcolus raconte qu’aux environs de <k>irc, dans l’électorat de Mayence, il y eut une irruption de Vers blancs (larves de Hannetons). Les habitants, dit-il, firent citer ees insectes devant le tribunal. Naturellement les Vers blancs ne répondirent point à la citation. Le tribunal, passant outre, leur constitua un avocat et un procureur, puis on procéda contre eux avec toutes les formalités requises. Finalement, le juge, « considérant que lesdites larves étaient « créatures de Dieu »; qu'elles avaient le droit de vivre ; qu’il serait injuste de les priv er de subsistance, les relégua en une région forestière et sauvage, aiin qu’elles n’eussent plus désormais prétexte pour dévaster les fonds eullifs. « Et ainsi fut fait. »
Le même auteur parle d’un procès semblable intenté aussi par les habitants de Coire aux Cantharides. Le juge s’empressa tout d’abord de nommer à ces Coléoptères, attendu leur petitesse et leur éloignement de l'âge de majorité, un curateur et orateur qui les défendit très-dignement, et obtint qu’en les chassant du pays on leur réservât un territoire où ils pussent se retirer. « Et au- « jourd’hui encore, ajoute Malleolus, les habitants pasci sent chaque année un bon contrat avec les Cantha- « rides susdites, et abandonnent à ces Insectes une « certaine étendue de terrain; si bien que les Scarabées « s'en contentent et ne cherchent point à sortir des <c limites convenues. »
Chorier, historien exact, qui puisait aux sources officielles, parle d’un procès qui eut lieu en 1585, et où des Chenilles, amenées devant le Grand- Vicaire du dio-
cèsede Valence, furent, les parties entendues, sommées d’avoir à vider le diocèse.
En 1690, des Chenilles furent jugées de même dans un canton de l’Auvergne, et il leur fut enjoint de se retirer sur un petit terrain qu'on leur désigna. Ce correctif à la condamnation se retrouve dans tous les procès du même genre, et la plupart des auteurs qui les rapportent donnent à entendre , s’ils ne le disent explicitement, que les animaux condamnés obéissaient à l’injonction, ou que, par l'effet de l’excommunication, ils disparaissaient sans qu’on pût savoir ce qu’ils étaient devenus. Quelquefois même le fait miraculeux est affirmé catégoriquement. Ainsi Chassanéc ouMalleoIus (je ne sais plus lequel des deux rapporte qu'au XVI' siècle une portion du littoral était infestée par des Rats. On assigna ces Rongeurs devant l’autorité ecclésiastique, et le procès suivit sa marche accoutumée. Lorsqu’il s’agit de prononcer la sentence, l’évêque saisi du litige se rendit, accompagné de son clergé, au sommet d’un promontoire, et là enjoignit aux Rats de s’en aller. Les Rats accoururent de toutes parts, se mirent bravement à la nage, et traversèrent le bras de mer qui séparait la côte d’une petite île déserte, où ils restèrent dès lors confinés.
Seuls les Serpents, bêtes maudites, n’obtenaient point de pitié. On ne se croyait pas obligé envers eux aux mêmes ménagements qu’envers les autres animaux nuisibles ou incommodes, et l’exil équivalait pour eux à la proscription. Je trouve à ce sujet, dans le travail de M. L. Ménabréa, une légende dont le héros est saint Eldrad, apôtre de la Novalaise.