CHAPITRE X
« Il y avait une fois, » clans la vallée de Briançon, un prieuré Novalaisien où les Serpents s’étaient prodigieusement multipliés. Les moines, ne parvenant point à les détruire, furent du moins assez heureux pour trouver un saint à qui se vouer. Ce fut saint Eldrad, dont la réputation de prud'homie s’étendait au loin. Ce vénérable personnage arri\e d’aventure chez les religieux, qui lui exposent leur cas. — Ne vous inquiétez pas, leur ditil, mes bons pères : je nie charge de vos Serpents.
Il se met en oraison, puis somme les Reptiles de comparaître devant lui. En un clin d’œil il est entouré d’une multitude de Vipères qui viennent ramper à ses pieds. Loin de s’en effrayer, le saint prend son laiton, et se met en marche, docilement suivi par cet étrange troupeau.
Il arrive ainsi en un lieu désert, et ordonne aux Serpents d’entrer dans une profonde caverne qui se trouvait là. Les Serpents obéissent , et disparaissent pour jamais. M. L. Ménabréa ajoute que naguère encore cette caverne miraculeuse attirait une foule de pèlerins.
J’arrive aux procès criminels.
Les animaux qu’on voit figurer dans ces procès sont principalement des Porcs, des Boucs, des Chèvres, des Mulets, des Chevaux, des Chats, des Chiens, des Coqs.
Us sont appréhendés au corps et mis en prison ; ils comparaissent devant le tribunal; on les interroge; comme ils ne répondent pas — au moins d’une façon intelligible — on leur applique la question, et les cris que la torture leur arrache sont reçus comme des aveux. Le procès se termine donc nécessairement par une sentence de mort, et l’exécution a lieu au sortir de l’audience,
après lecture donnée au coupable de l'arrêt qui le condamne. La pauvre bête est souvent victime de la fatalité qui a voulu qu'elle appartint à un individu voué ltiimème au gibet ou au bûcher : Juif, Bohémien, démonomane, — ou qu’on lui fit jouer un rôle dans les
Sain! Kldrnd cl le» Serpents.
cérémonies magiques, dans les enchantements, dans les sortilèges. L’épisode introduit par M. Victor Hugo dans sa Notre-Dame Je Paris , la chèvre Djali jugée et condamnée avec sa maîtresse la Esmeralda, est tout à fait conforme à la vérité historique. l)e tels faits sont loin