‹ L'homme et la bêteChapitre 153 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

d’ètre rares dans les annales judiciaires du moyen âge.

Cependant, on trouve aussi des animaux envoyés au supplice pour des méfaits qui leur sont propres, pour avoir tué ou blessé des personnes. L’espèce porcine est celle qui fournit le plus fort contingent à cette catégorie de criminels. Les Cochons ont, à ce qu’il parait, toujours eu du goût pour la chair humaine, et en particulier pour celle îles petits enfants.

Berriat-Saint-Prix , l’éminent jurisconsulte, a relevé à peu près tous les procès de ce genre qui ont eu lieu depuis le XII e jusipi’au XIII' siècle inclusivement, et il a donné le texte de plusieurs des sentences prononcées, avec le compte des frais de la procédure et de l’exécution Voici quelques exemples empruntés à son savant et curieux mémoire.

En 12(58, par arrêt des ofliciers de justice du monastère de Sainte-Geneviève de Paris, « Porcelars, » c'est-àdire petit Cochon brûlé, pour avoir mangé un enfant. En 1 38(5, Truie condamnée par le juge de Falaise à être mutilée à la jambe et à la tète, puis pendue, pour avoir déchiré au bras et au visage, puis tué un enfant. C’est, on le voit, la peine du talion. La Truie fut exécutée en habit d'homme sur la place de la ville. L’exécution coûta dix sols six deniers, plus un gant neuf donné à l’exécuteur.

En 1 17 1, un Coq est condamné par le magistral de Bâle, en Suisse, à être brûlé pour avoir pondu un oeuf; l’œuf

1 Rapport et recherches sur les procès et jugements relatifs aux animaux : travail imprimé dans le tome VIII des Mémoires de lu Société royale des Antii/uuircs île France : in-8", 1 820.

Supplice d’une Truie.

fut brûlé aussi. Il va de soi que c’était un œuf de poule.

En H99, le bailliage de l’abbaye tle Beaupré, de l’ordre de Clteaux, près Beauvais, condamne à être pendu jusqu’à ce que mort s’ensuive un Taureau coupable d’avoir « par furiosité occis un joine fils de I i à lu ans » dans la seigneurie de Cauroy, dépendante de cette abbaye.

Voici le texte même d’un arrêt prononcé dans la même année par le bailli de l’abbaye de Josapbat, commune de Sèves près Chartres, contre un Cochon, duquel lecture fut donnée à haute voix au condamné :

« Vu le procès criminel fait devant nous à la requestc du procureur des religieux, abbé et couvent de Josapbat, près Chartres, au sujet de la mort d'un enfant du nommé Gilon, âgé d’un an et demi, à peu près, qui a été mis à mort par un Porc âgé de trois mois; vu l’instruction faite par le procureur liseal de cette juridiction ; tout vu et entendu; en ce qui regarde ledit Porc et pour les motifs résultant du procès, nous l’avons condamné et condamnons à estrc pendu à l’isseue de l’audience, dans l’étendue de la juridiction des sieurs demandeurs. Donné sous le scel de nostre bailliage, le 19" jour d’apvril de l’an de grâce mil quatre cent nouante neuf. — Signé Brise, b E n 1565, un Mulet est envoyé au bûcher avec un Homme. Ce Mulet, dit Ranchin, était vicieux : Muluserat viliosus et calcitrosus. On lui coupa d’ahord les quatre pieds, puis on le jeta au feu avec son maître et complice. De quoi étaient-ils convaincus ? — D’un crime, dit encore Ranchin, cujus ipsa nominalio crimen est. N’en demandons pas davantage.

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