CHAPITRE II
ment admirable jusque dans ses plus tristes jours, ne se distingua pas moins de tous les autres par la douceur do ses mœurs que par la supériorité de son génie. Ses spectacles nationaux eurent toujours un caractère noble et artistique. Le poésie, la musique, les courses de chars et de chevaux, les jeux et les luttes où l’Homme déploie sa force et son adresse en faisaient seuls tous les frais, et l’arène, pas plus que le théâtre, ne devait être tachée d’une seule goutte de sang. Les Grecs eurent leurs coureurs, leurs athlètes : ils n’eurent jamais de gladiateurs ni de bestiaires.
11 en était autrementen Orient , et Rome eut cette honte d’emprunter aux barbares de l’Asie des plaisirs sanguinaires que les Hommes libres doivent laisser aux despotes et aux esclaves. Et qu'était-ce, au surplus, que le peuple romain, sinon un peuple de tyrans! Convaincus que leur destinée était de subjuguer le monde, les Romains en devinrent en effet les maîtres; mais ce fut pour faire peser sur les nations vaincues un joug odieux et pour tomber ensuite eux-mèmes dans la pire des servitudes. Leurs législateurs, préoccupés avant tout de développer en eux L’esprit martial, pensèrent que l’habitude de voir couler le sang était éminemment propre à atteindre ce résultat, et que les divertissements d’un peuple appelé à grandir par les armes devaient toujours être, autant que possible, des images de la guerre. C’est dans ce but qu’ils empruntèrent aux Étrusques la coutume de célébrer les funérailles des personnages illustres en forçant des esclaves ou des prisonniers à s’entr’égorger devant le bûcher. Telle fut l’origine des combats de gla-
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LES AMMAUX DA>S LE CIUQLE. 374
diatcurs , inaugurés, 2Gi ans avant J.-C., par Marcus et Decimus Brutus aux funérailles de leur père.
Les magistrats de la république, et plus tard les empereurs, jaloux de capter la faveur du peuple, s’efforcèrent à l’covi de varier ce spectacle et d’en accroître la magnificence. Ils élevèrentpour cet usage ces cirques et ces amphithéâtres immenses, dont les ruines attestent encore leur fastueuse prodigalité. Ce n’était pas assez que des criminels condamnés judiciairement, de malheureux captifs représentant toutes les nations vaincues, et même des citoyens libres , des chevaliers et des sénateurs se livrassent, dans les arènes, de véritables batailles : il fallait que la Nature entière concourût à l'amusement du peuple-roi. On s'avisa donc d’ajouter au spectacle de la guerre celui de la chasse ( vénal io ) , c’est-à-dire de lâcher dans le cirque ou dans l’amphithéâtre des animaux sauvages, et de les faire combattre soit entre eux, soit avec des Hommes. La première venatio dont les historiens fassent mention eut lieu en l’an de Rome 502 ( 251 av. J.-C.) , lorsque le Sénat, voulant montrer au peuple combien les Éléphants étaient peu redoutables, fit pourchasser dans le cirque, à coups de bâtons, puis massacrer une centaine de ces animaux, que L. Métellus avait pris en Sicile aux Carthaginois. Mais il est probable que déjà auparavant des spectacles de ce genre avaient été donnés avec des animaux d’Europe, tels que des Cerfs, des Daims, des Sangliers, des Loups et peut-être des Ours.
Quoi qu’il en soit, l’exhibition des Éléphants de Métellus dut rendre le peuple fort exigeant sur le choix et le nombre des animaux que l’on faisait combattre devant