CHAPITRE II
foule dans l’enceinte et coururent sus au gibier, chacun tuant et emportant ce qu’il pouvait. Un autre jour le même empereur livra ainsi au peuple, dans l'amphithéâtre, cent Lions et Lionnes, cent Léopards , cent Panthères de Syrie et trois cents Ours. Tous ces animaux furent égorgés; mais bon nombre des combattants, comme on le pense bien, restèrent sur le sable. Quelques-uns des animaux môme franchirent l’enceinte du podium, -en sorte que les spectateurs s’enfuirent dans un désordre effroyable, et que plusieurs périrent aussi dans la bagarre; ce qui fit dire à l’historien Flavius Vopiscus que ce spectacle avait été plus grandiose qu’agréable*. On le croira volontiers.
On reste confondu lorsqu’on cherche à supputer approximativement le nombre des animaux qui furent ainsi égorgés à Rome et ailleurs, — car plusieurs grandes villes de l’empire avaient aussi leurscirqucs, leurs amphithéâtres et leurs jeux « à l’instar de la capitale » — depuis le milieu environ du III* siècle avant J.-C. jusque vers la fin du V* siècle de l’ère vulgaire ; lorsqu’on songe aux difficultés formidables que devait présenter la capture de tant d’animaux vivant dans les contrées les plus lontaines ; aux frais énormes que devaient occasionner leur envoi à Rome,en un temps où les voies de communication et les moyens de transport étaient si imparfaits , et leur entretien dans les ménageries publiques ou privées. « Pour expliquer, dit M. le colonel Armandi, cette effrayante consommation d’animaux, que l’on ne pourrait concevoir aujourd’hui, il faut d’abord nécessairement admettre que les
1 Majnum mayis constat spectaculum fuisse qmm gratum. (Probus, 19.)
bêtes sauvages étaient alors plus nombreuses qu’elles no le sont maintenant. » Cela est hors de doute. On sait notamment que les Lions, les Panthères, les Tigres même étaient, au temps des Romains, très-communs dans plusieurs pays de l’Asie et même de l’Europe, d’où ils ont, de nos jours, complètement disparu. « D’ailleurs, continue 51. Armandi, les Romains, maîtres des plus belles parties de l'Europe, de l’Asie, de l’Afrique, étendaient aussi leur influence sur d’immenses régions à demi sauvages, et par conséquent plus riches en animaux. Des bandes, j’ai presque dit des armées do chasseurs, soit romains, soit barbares, parcouraient incessamment les forêts, les montagnes et les déserts , pour réunir le plus grand nombre possible de bêtes fauves et les envoyer à Rome. Les proconsuls, les préteurs et les autres ofliciers des provinces n’avaient souvent pas de plus grande affaire que d’approvisionner le cirque et l'amphithéâtre. 51. Cœlius, voulant donner des spectacles pour son édilité, ne cessait de prier Cicéron, alors gouverneur de la Cilicie , de lui envoyer des Panthères; et dans une de ses lettres, Cicéron lui affirme qu’il s’est occupé de sa commission , et a mis pour lui un grand nombre de chasseurs en mouvement'. »
Le luxe des exhibitions et des massacres d’animaux, déjà exorbitant sous le gouvernement du Sénat et des consuls, s'accrut encore sous les empereurs. 51. Fulvius avait le premier, en l’an de Rome 567 (186 av. J.-C. ), exposé dans le cirque des Lions et des Panthères. Dix-huit ans
1 Uktuire militaire des Éléphants : Appendice, I.