‹ L'homme et la bêteChapitre 17 sur 232 · I.ES ANIMAUX CIVILISATEURS · texte numérisé non relu

I.ES ANIMAUX CIVILISATEURS

maux domestiques ( le Dingo, ou Chien d’Australie , ne se plie point à la domesticité), ne sont pas non plus anthropophages, ou ne le sont que très-exceptionnellement. D'autres insulaires, qui ont des Chiens, ne les font servir qu’à leur alimentation, concurremment avec des Cochons et des volatiles; évidemment, c'est comme s’ils n’en avaient pas.

En résumé, le Chien est pour beaucoup dans la première éclosion de la civilisation et dans l’adoucissement des mœurs; mais encore faut-il que les hommes qui le possèdent puissent et sachent l’utiliser, soit comme auxiliaire pour la chasse, soit comme gardien des troupeaux. Ce qui e»t, je crois, incontestable, c’est qu'on serait fort embarrassé de citer un peuple, une tribu ayant passé de l’état absolument sauvage à un commencement de civilisation sans le secours d’au moins une espèce domestique : ici le Chien Esquimaux), là le Renne (Lapons ', ailleurs le Buffle Veddahs de Ceylan ). Il est hors de doute aussi (pie les hommes qui ont le bonheur de posséder, outre le Chien , des animaux herbivores, tels que le Bœuf ou le Buffle, le .Mouton, la Chèvre, l’Ane, le Cheval, ont dé beaucoup plus tôt que les autres adopter un genre de vie régulier, devenir pasteurs, agriculteurs, constituer la propriété, se donner, en un mot, un état social dignede ce nom. La preuve de ce fait nous est fournie par les Hottentots, qui sont les moins sauvages des Nègres de l’Afrique Australe, parce qu’ils ont le Chien, le Bœuf et le Mouton.

1 Les Esquimaux tuent le Renne il la chasse pour manger sa chair et se vêtir de sa peau; mais ils n'ont d'autre animal domestique que le Chien.

Le monde avant l'Homme. — rouilles exécutées à Pikermi (Attique) par M. Albert Gaudry. — La faune pliocène. — Les colosses du règne animal. — La nature d’autrefois. — Pai\ et Liberté. — Le Maître.

En nous appuyant sur les considérations qui précèdent et sur les récentes découvertes de l’archéologie antéhistorique et de la paléontologie, nous pouvons reconstituer d’une manière assez exacte l’histoire des rapports de l’IIomnie primitif avec les animaux ses contemporains. Car les mêmes causes produisent partout et en tout temps les mêmes effets, et il est permis d’aflirmer que les premiers habitants de cette Europe, aujourd’hui couverte de champs cultivés, de cités florissantes, de chemins de fer et de réseaux télégraphiques, ont passé par les mêmes phases de sauvagerie absolue et de civilisation rudimentaire dont les peuplades actuelles de la Polynésie, de l’Afrique, de l’Amérique et du cercle polaire nous offrent le spectacle. En Europe, en Asie comme partout où il a suivi son évolution normale, l’Homme a été tour à tour chasseur, pasteur, agriculteur; c’est-à-dire qu’il a été d’abord en guerre avec tous les animaux, puisqu’il a commencé à se soumettre quelques-uns d’entre eux, qu’il a de plus en plus appropriés à ses besoins et associés à ses travaux.

Les ossements fossiles, les armes, les outils, les débris de toutes sortes qu’on a retrouv és en grand nombre depuis quelques années dans leseavernes et dans les profondeurs

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(lu sol, ne laissent aucun doute à cet égard, et nous apprennent quels ont été successivement avant les temps historiques les compagnons de l’Homme, ses ennemis, ses victimes et ses serviteurs. Nous pouvons même remonter jusqu’à l’époque qui a précédé l’apparition de notre espèce sur le globe , et nous représenter l’Europe telle qu’elle était alors, avec sa végétation luxuriante et sa faune prodigieusement nombreuse et variée.

11 nous suffira pour cela de suivre un instant M. Albert Gaudry sur ce « lambeau de terre montagneux » où fleurirent les plus beaux génies de l’antiquité, où se déroula l’histoire , si glorieuse et si féconde en enseignements, d’un petit peuple qui, dans la poésie, les arts, la philosophie, la guerre et la politique, fut le premier du monde. J’ai nommé l’Attique. Là se trouvent enfouies, à une faible profondeur au-dessous du sol foulé jadis par les héros et les sages d’Athènes, des quantités énormes d’ossements fossiles. Le terrain qui recèle ces précieux débris se rapporte à l’époque pliocène, dernière phase de la période tertiaire. L’Attique alors ne ressemblait point à ce qu’elle est depuis les temps historiques. L’Homme n’y avait pas encore paru ; mais la nature déployait sur un sol maintenant aride, toute l’exubérance d’une fécondité que n’égale aucune des contrées aujourd’hui connues , pas même l’Amérique ou l’Afrique équatoriale. Chose étrange ! ce petit coin de terre avait pour habitants les plus grands Mammifères qui aient jamais existé, et ces animaux-géants s’y trouvaient en nombre incalculable. M. Gaudry a fouillé à Pikermi un espace long de trois cents pas, large de soixante; il en a retiré I,ü00 mor-

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