LES CHIENS A LA GUERRE
faire à l’Indienne un accueil des plus menaçants; mais celle-ci prit une attitude suppliante, montra sa lettre, disant qu’elle était envoyée vers le gouverneur, et suppliant le terrible gardien de la laisser passer. Le Chien parut comprendre. Comme pour rassurer la malheureuse femme, il vint lui lécher les mains et l’accompagna jusque chez son maître, à la grande stupéfaction des spectateurs et au vif désappointement du seigneur Senadza. Cette histoire prouve que rilomme a beau dresser le Chien au meurtre, il ne peut réussir à le rendre aussi méchant que lui.
I.eoncello se distingua dans les expéditions dirigées par Halboa à travers l’isthme de Darien : expéditions qui eurent pour résultat la découverte de la mer du Sud. Son père et lui moururent au champ d’honneur : le premier, atteint d’une flèche empoisonnée, dans une rencontre avec les Caraïbes; le second, percé de plusieurs flèches dans un combat contre les Indiens de la terre ferme. J’ajoute à regret que la gloire de ces deux vaillants animaux fut ternie par des actes odieux, dont la honte, à la vérité, doit retomber tout entière sur leurs maîtres. Ceux-ci, en effet, les condamnèrent plus d’une fois au rèle de bourreaux, en leur faisant égorger des prisonniers. On peut voir, dans la collection des Grands el petits voyayes de Théodore de Bry, une gravure représentant une de ces horribles exécutions.
Les Chiens de guerre des conquérants du N'ouveau- Monde ont laissé des descendants plus ou moins directs à Cuba, oii ils ont été longtemps employés par les planteurs Espagnols à la chasse des Nègres marrons. Les An-
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glais , les Anglo-Américains et même les Français se sont aussi servis de ecs animaux, soit contre les esclaves fugitifs ou révoltés, soit contre les Indiens. On raconte même qu’à la fin du siècle dernier, les nègres de la Jamaïque s’étant révoltés, le général anglais Walpole fil venir de Cuba une centaine de chasseurs avec leurs Chiens. Voulant passer en revue ce nouveau bataillon, il se rendit, accompagné du colonel Skinner et d’une compagnie de soldats, dans un endroit appelé les Sept Rivières, oii les chasseurs cubains et leurs Molosses étaient rangés en bataille. 11 s’agissait de montrer au général de quelle façon ces animaux se comportaient au feu. Les soldats anglais ayant fait une décharge à poudre dans la direction des chasseurs, les Chiens s’élancèrent sur eux avec tant d’impétuosité que leurs maîtres, qui les tenaient en laisse, furent entraînés et ne purent les empêcher de saisir et de mettre en pièces les fusils des Anglais. Le général lui-même faillit être dévoré! Lorsque les Nègres insurgés se trouvèrent en présence de ces terribles Limiers, ils n’osèrent pas engager la lutte, et s’empressèrent de faire leur soumission.
M. Brehm, dans sa f ie des animaux illustrée, donne sur la façon dont on s’y prenait à Cuba, à Saint-Domingue, à la Louisiane et ailleurs, pour dresser les Molosses à la chasse au Nègre, et sur les horribles effets de cette éducation, des détails qui font dresser les cheveux sur la tète. « On confinait, dit-il, ces animaux dans un chenil grillé comme une cage. Jeunes, on les nourrissait du sang d’autres animaux, mais en petite quantité. Quand ils commençaient à grandir, on leur montrait de temps